Deux ans dans un désert : "Il en relève du patriotisme des médecins", clament les Républicains

24/01/2018 Par Sandy Berrebi-Bonin
Politique de santé

Guillaume Peltier, vice-président des Républicains a décidé de s'attaquer à la désertification médicale. Le député du Loir-et-Cher a déposé une proposition de loi en ce sens le 15 décembre à l'Assemblée nationale. Il en appelle au "patriotisme et au civisme" des médecins. Selon lui, il n'est pas illégitime de contraindre "deux ou trois ans" les jeunes praticiens dans la mesure où "les médecins bénéficient du système de remboursement de leurs actes".   Egora : Vous proposez une contrainte à l'installation des médecins, comment leur expliquez-vous votre démarche ? Guillaume Peltier : J'ai une profonde admiration pour la vocation si précieuse de nos médecins. Je veux trouver avec eux une solution juste et équilibrée. Deux années d'installation dans nos territoires sur une carrière de quarante ans ne remettent pas en cause fondamentalement leur liberté d'installation. Ma proposition se fonde sur deux constats : le manque de médecins dans de nombreux territoires, d’une part, et l’échec de politiques, plus ou moins incitatives, pour que de nouveaux médecins s’installent en zones sous-dotées. Mon objectif est que l’on puisse débattre, discuter et avancer afin de trouver de nouvelles solutions à même de répondre aux besoins sanitaires de l’ensemble des Français et des territoires en y associant l’ensemble des acteurs du monde de la santé, et en particulier les médecins et leurs représentants, mais aussi les élus locaux et tous les Français.   Est-ce votre expérience de maire qui vous a poussé à écrire cette proposition de loi ? Evidemment, mon expérience de maire d’une commune rurale, Neung-sur-Beuvron, m’a confronté à une réalité inconnue des grands centres urbains. Mais je tiens à souligner que j’ai réussi à faire construire un pôle de santé qui accueille des médecins, des infirmières et des spécialistes. J'en suis fier, c'est la victoire de la ténacité. Mais, si la réalisation de ce type de projets est possible, ils ne permettront pas de résoudre durablement la fracture sanitaire que connaît notre pays. Ma conviction est que si des médecins s’installent, par exemple dans le cadre d’une expérimentation de ma proposition pendant deux ans, ils ne repartiront pas tous car ils auront rencontré une clientèle et une qualité de vie qui les inciteront à rester. Sortons des clichés et des images tronquées : 51 % des Français vivent dans une commune de moins de 10 000 habitants. Il y a un mouvement historique de retour à une qualité de vie meilleure au sein des territoires ruraux et péri-urbains. Et les jeunes médecins qui nous rejoignent dans nos territoires en deviennent d'excellents ambassadeurs.   Selon vous, s'installer en zone sous-dense relève du "patriotisme et du civisme des médecins" ? C’est surtout conforme au serment d’Hippocrate. Mais plus récemment, Emmanuel Macron a redécouvert la célèbre phrase de Kennedy incitant chaque Français à se demander ce qu’il peut faire pour son pays. Ma proposition de loi est une piste qui va dans ce sens. Les médecins bénéficient du système de remboursement de leurs actes, insuffisant d’ailleurs vu le travail qu’ils accomplissent. Est-il totalement illégitime de demander en contrepartie de ce système que les médecins participent à une forme de solidarité qui est au cœur de leur vocation ? Je ne le pense pas et dans les très nombreuses réactions que j’ai reçues à la suite de ma proposition, de nombreux médecins, notamment dans le monde rural, ont soutenu mon idée. Je sais que d’autres, en revanche, y sont opposés, même s’ils ne sont pas concernés. Le débat est ouvert, c’est une bonne chose. Je souhaite un débat respectueux et constructif. Les outrances de quelques-uns me convainquent que j'ai raison de tracer cette nouvelle perspective.   Du fait de leurs études, considérez-vous que les médecins ont une dette envers la société ? Je ne conçois pas le débat de cette manière. Nous avons tous des droits et des devoirs et ma conviction est qu’il faut rééquilibrer les choses vers plus de devoirs. Les médecins, comme tous les Français doivent y participer. Ils bénéficient de frais de scolarité relativement faibles et c’est une bonne chose car c’est aussi un investissement de la société qui croit en eux et compte sur eux pour améliorer la santé du pays. En revanche, il est juste que l’exercice de la médecine libérale, mais aussi de l’ensemble des professions liées à la santé, je pense en particulier aux infirmières, soit correctement rémunéré. Ce n’est pas le cas et je soutiens qu’il faut augmenter ces rémunérations.   Contraindre les médecins à exercer dans des zones fléchées ne risque pas de les détourner de la médecine générale ? Je ne pense pas et, surtout, il faut sortir de l’idée que les zones sous-dotées soient des zones sinistres et sinistrées. Il fait bon vivre dans nos campagnes et nous devons saisir l'opportunité de préparer l'avenir de la ruralité. Le XXIème siècle sera le siècle de l'exode urbain : la France des villes moyennes et des territoires, c'est l'avenir de notre Nation. Par ailleurs, les incitations n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. Mais la question de l’incitation des étudiants en médecine à choisir la voie de l’exercice libéral en médecine générale peut faire l’objet du débat que j’appelle de mes vœux. Tout comme la question du conventionnement différencié.   Avant de contraindre l'installation des médecins, ne faudrait-il pas leur assurer un minimum de services publics (Poste, écoles, transports) dans les zones déficitaires ? C’est une question qui se pose : mes propositions de justice sociale et territoriale n’ont pas vocation à ne concerner que les médecins. Il faut un grand plan de développement des territoires. C’est un sujet sur lequel nous travaillons avec mes collègues de l’Assemblée nationale, en particulier avec Damien Abad et Christian Jacob, et en lien avec le président de notre famille politique, Laurent Wauquiez. Je regrette qu’Emmanuel Macron et son gouvernement ne s’intéressent pas à cette question. Pire, qu’il mène actuellement une politique contraire aux intérêts et au développement des territoires. Mais pour revenir à votre question, sortons des clichés. Au coeur de la Sologne, Neung-sur-Beuvron, la commune dont j’ai été maire, compte moins de deux milles habitants. On y trouve pourtant une poste, une banque, une école, un collège, une maison de services publics, plus d’une vingtaine de commerces et de services notamment, une pépinière d'une trentaine d'entreprises, et désormais un nouveau pôle de santé ! Je suis convaincu que l’avenir de notre pays sur le temps moyen et long, si l’on fait un peu de prospective, est dans un retour aux campagnes et aux petites villes. Il faut accompagner ce mouvement historique qui se dessine.   Vous parlez de "pression corporatiste de l'Ordre des médecins", qu'entendez-vous par là ? En tant que maire, j’ai réussi à faire venir un jeune médecin dans ma commune. Une fois installé, j’ai souhaité informer les habitants des horaires d’ouverture de ce praticien. Cela m’a valu, à l'époque, une lettre tout à fait déplaisante de l’Ordre des médecins. J’avais, alors, rédigé une tribune dans le Figaro pour évoquer cette affaire. Ce type de pratiques est pour le moins regrettable… L’Ordre des médecins aurait mieux fait de nous aider plutôt que d’agir avec de vieux réflexes corporatistes. Mais, depuis, nous avons pu discuter et je me réjouis de travailler à résorber la fracture sanitaire avec toutes les bonnes volontés.   Les Républicains se sont toujours rangés du côté de la liberté d'installation des médecins, comment expliquez-vous ce revirement ? Ce n’est pas un revirement. Je tiens à préciser que la liberté d’installation reste notre pilier. Il n’est pas question de revenir sur cela. Seulement, pendant deux années, les médecins qui voudront bénéficier d’un conventionnement devront exercer dans une zone sous-dotée. S’ils ne le veulent pas, ils ne seront pas conventionnés pendant deux ans. C’est un dispositif temporaire qui permet de trouver une solution concrète à un défi sanitaire majeur tout en laissant une grande liberté à chacun. Je crois fondamentalement en la liberté. Ce qui n'exclut en rien des régulations légitimes.   Ne craignez-vous pas de faire perdre une partie de l'électorat des Républicains avec cette proposition ? Je ne conçois pas mon rôle d’élu et de parlementaire comme devant se soucier de plaire à tel ou tel électorat supposé. C’est une vision clientéliste de la politique qui n’est pas la mienne et qui a fait beaucoup de dégâts à notre démocratie. D'ailleurs, de nombreux médecins me soutiennent : c'est bien la preuve que cette question transcende tous les électorats, même catégoriels. Moi, je crois à l'intérêt général et c'est notre bien commun que je veux servir.

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