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Election présidentielle : retour sur une campagne à part

C’est une drôle de campagne qui a vu l’élection d’Emmanuel Macron pour un deuxième mandat. La crise sanitaire, une entrée en campagne tardive du Président sortant et pour finir la guerre en Ukraine... c’est plutôt à une non-campagne à laquelle nous avons assisté. Il faut se réjouir que, dans ce contexte, la santé n’ait pas été oubliée après les plus de deux années de pandémie que la France vient de traverser. Elle a même été, contrairement aux élections précédentes, plus présente dans le débat.

 

 

Rien de plus logique à cela, les enquêtes d’opinion révèlent que la santé fait partie, avec le pouvoir d’achat, l’environnement et la sécurité, des sujets qui préoccupent le plus les Français. Elle occupera même, bien avant la crise sanitaire, la première place du podium lors d’une enquête de l’Ifop en septembre 2019 avant que le pouvoir d’achat ne lui dame le pion sur la fin. Elle est devenue au fil du temps « une préoccupation majeure mais aussi un sujet d’inquiétude », selon Brice Teinturier, le directeur général de l’institut Ipsos[1]. Si les Français continuent à estimer majoritairement que le système de santé est de bonne qualité, ils ont, par contre, le sentiment que les choses se dégradent. C’est le cas notamment de l’accessibilité aux soins et de l’hôpital, dont la situation est jugée mauvaise par près de 65% d’entre eux. Un record !

Ceux qui ont suivi les campagnes précédentes savent qu’on y a peu parlé de santé, les postulants à la magistrature suprême préférant s’écharper sur l’immigration ou la sécurité. Covid-19 oblige, il ne pouvait qu’en être différemment, cette fois-ci, même si cela semble encore insuffisant, 7 Français sur 10 estimant que les sujets de santé n’étaient pas assez pris en compte par les candidats, selon une enquête de l’Ifop pour la Fédération Hospitalière de France (FHF).

L’explication tient sans doute au fait que les questions de santé par leur technicité rebutent souvent les candidats qui restent également prudents de peur de s’aliéner des électeurs dans un secteur miné par des corporatismes et de multiples intérêts. Comme l’a fait remarquer Chloé Morin de la Fondation Jean Jaurès, de manière générale, les candidats se sont davantage exprimés sur l’accès aux soins et l’hôpital. Ils seront moins diserts, par contre, sur des aspects plus complexes comme l’innovation thérapeutique[2].

A l’inverse, les propositions émanant du milieu de la santé ont été légion. On avait déjà observé une telle effervescence, lors des échéances précédentes, le Président apparaissant davantage comme un chef de gouvernement depuis l’instauration du quinquennat. La mobilisation fût, cette fois-ci, particulièrement dense, à la hauteur de la place occupée par la santé dans l’actualité de ces deux dernières années, contraignant du même coup les candidats à se positionner avec des propositions concrètes.

 

Un concert de propositions

Fédérations professionnelles, syndicats, think thanks, associations de patients ont très tôt affûté leurs armes et fait connaitre leurs propositions avec force conférences de presse, webinaires, colloques et autres grands oraux...

Du côté hospitalier, la puissante FHF sera la première à dégainer une plateforme intitulée « Ambition Santé 2022 » censée refonder le système de santé. Pour ne pas être en reste, la Fédération de l’hospitalisation privée fera de son côté ses propres propositions. La Fehap, qui regroupe les établissements privés à but non lucratif, innovera en lançant La Voix Solidaire, une plateforme destinée à recueillir directement les propositions des citoyens.

Pour la médecine de ville, ce sont surtout les syndicats médicaux qui vont s’exprimer. Chaque grand syndicat formulera ses propositions. Il s’agit surtout de peser sur les futures négociations conventionnelles. Onze syndicats représentatifs de professionnels de santé libéraux vont même se regrouper pour élaborer un « texte de loi ambitieux » pour le quinquennat à venir ! L’Ordre des médecins « constatant une inertie politique à faire de la santé une des priorités de la campagne présidentielle » formulera, de son côté, une cinquantaine de propositions pour transformer le système de santé, après une grande concertation auprès de plus de 15 000 médecins.

Les associations de patients feront également entendre leur voix. France assos qanté voudra centrer davantage le système de santé autour du patient. Parmi ses propositions, il faut surtout retenir l’instauration «progressive» d’un régime unique de Sécurité sociale couvrant à 100% toutes les dépenses santé. Il est question, comme on l’a deviné, du projet de "grande Sécu" évoqué par la Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie, une piste de réforme vite passée aux oubliettes chez la plupart des candidats, y compris chez le Président sortant, alors que son ministre de la Santé s’y était montré plus ouvert. Seuls Jean-Luc Mélenchon, Jean Lassalle et Fabien Roussel proposeront de mettre fin à l’intervention des mutuelles, la Sécurité sociale prenant à sa charge l'intégralité du remboursement des frais de santé. Des propositions plus ciblées concernant la prise en charge de certaines pathologies émaneront également d’associations telles que la Fédération française des diabétiques et son plan Diabète 2022-2027 ou Vaincre la mucoviscidose.

Les industries de santé ne resteront pas inactives. Le Leem (Les Entreprises du médicament) formulera, très tôt, 27 propositions et lancera même un comparateur des programmes de santé des candidats : www.lasantecandidate.fr. « La santé est au cœur des préoccupations des Français. Elle doit maintenant être placée au cœur des choix politiques », affirmera Frédéric Collet, son président, qui organisera un grand débat d’experts à un peu plus de deux semaines du premier tour. Son homologue des dispositifs médicaux, le Snitem (Syndicat national de l’industrie des technologies médicales), et le G5, qui se veut le porte-voix des industries de santé françaises, rendront également publiques leurs propositions. Pour les industriels dont le blason a été redoré par la crise sanitaire, la stratégie est de surfer sur la vague de la souveraineté sanitaire et de l’accès à l’innovation, des thèmes qui parlent désormais un peu plus au grand public depuis la crise du Covid-19.

Diverses contributions vont aussi émaner des nombreux think thanks qui gravitent dans l’univers de la santé ou d’organismes comme la Fondation Jacques Chirac qui, à travers son livre blanc sur l’autonomie, va plaider pour un grand ministère du même nom, une proposition non dénuée d’intérêt !

La liste serait longue si on voulait passer en revue toutes les contributions. Chacun a voulu profiter de la campagne pour sortir son cahier de doléances habituel, derrière la volonté affichée de mettre la santé au cœur des priorités du quinquennat. Il s’agit souvent de plaidoyers pro domo qui n’ont pas beaucoup influé sur le programme des candidats. A quelques rares exceptions, il n’y a pas eu de propositions véritablement nouvelles et la plupart du temps les plateformes vont ressembler à des listes « à la Prévert ».

 

Les candidats ont parlé santé

Ils ont été douze à briguer le suffrage des Français. Comme d’habitude, il y a eu les grands candidats qui préféreront rester au niveau des déclarations de principe par souci de consensus et ceux qui portent des candidatures de témoignage qui, pour se démarquer ou par conviction, vont chercher à se singulariser par des propositions choc.

Témoin de la frilosité des candidats, seuls Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Fabien Roussel et Valérie Pécresse viendront présenter leurs engagements sur la santé et la protection sociale au grand oral de la santé organisé le 1er mars 2022 par la Mutualité française. Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins se plaindra même que, pour la première fois, son instance n’aura été contactée par aucun des candidats.

Dans sa lettre aux Français, le Président sortant n’y consacrera qu’un petit paragraphe où il ne sera question que de trois sujets assez consensuels: grand âge, prévention et déserts médicaux !

Sur le fond, l’accès aux soins a été en bonne place dans les programmes des candidats. « C’est le sujet sur lequel on trouve le plus de propositions, dans tous ses aspects même si la question particulière de l’accès aux médicaments et de l’innovation médicale a été moins présente », remarque Chloé Morin[3].

Alors que 30 % de la population française vit dans un désert médical et que 11 % des Français de 17 ans et plus n’ont pas de médecin traitant, la question des déserts médicaux n’aura pas eu la place qu’elle aurait méritée dans le débat et la plupart des candidats vont faire preuve d’une grande timidité pour ne pas heurter les syndicats médicaux, dont ils connaissent l’hostilité à toute remise en cause de la liberté d’installation. Seuls Fabien Roussel et Yannick Jadot se hasarderont sur ce terrain miné en proposant d’interdire l’installation des médecins dans les zones denses, sauf en cas de départ de confrère pour le premier ou en mettant en place de façon temporaire et transitoire une obligation d’effectuer la dernière année d’internat et les deux premières années d’exercice dans des territoires sous-denses, pour le second.

L’idée d’un conventionnement sélectif a néanmoins...

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