@pixarno/ Stock.adobe.com
Opération d'agrandissement du pénis ratée : le Conseil d'Etat alourdit la sanction d'un chirurgien
Le Conseil d'État a confirmé, dans une décision du 28 juillet 2026, plusieurs manquements déontologiques commis par un chirurgien plasticien à la suite de la prise en charge d'un patient ayant subi une pénoplastie. La peine du praticien a été alourdie. Il a été condamné à trois ans d'interdiction d'exercer dont deux avec sursis.
@pixarno/ Stock.adobe.com
En 2013, un jeune homme complexé par la taille de son sexe souhaite subir une dit, une opération chirurgicale destinée à agrandir son pénis. Le chirurgien pratique plusieurs intervention sans informer le patient des risques liés à l’injection d’acide hyaluronique. D’autant qu'il utilise du Macrolane, un gel "volumateur" depuis retiré du marché et dont l'utilisation dans le pénis déconseillé par le fabriquant "dès 2011", relève le Conseil d'Etat saisi pour la seconde fois dans cette affaire.
"Mon pénis est devenu très douloureux avec un sentiment de brûlure intense, racontait le patient dans Le Parisien en 2018. Des boules sont apparues et mes érections étaient de plus en plus inutilisables. J’ai aussi commencé à perdre des morceaux de peau." Aux urgences, le jeune homme est renvoyé vers le chirurgien, qui décide d'extraire le produit sous anesthésie locale. "Il s’agissait de faire des incisions à la base de mon pénis et de presser dessus pour faire sortir le liquide, raconte le patient. En tout il est intervenu à six reprises entre février et mai 2015. Ces manipulations inacceptables et incontrôlées ont totalement détruit mon pénis. Je ne peux pas oublier ces interventions barbares."
Techniques d’allongement du pénis : balance bénéfice/risque négative, selon une méta-analyse
Au-delà du cas d'espèce, la Haute juridiction ra rappelé dans sa décision plusieurs principes fondamentaux de l'exercice médical : obligation d'information, respect des données acquises de la science, sécurité des soins, dignité du patient et secret médical.
En effet, la première faute retenue concerne le défaut d'information du patient. Si le chirurgien avait correctement recueilli le consentement éclairé avant l'intervention initiale, le Conseil d'État relève qu'il n'a pas démontré avoir délivré une information "loyale, claire et appropriée" avant une injection ultérieure de Macrolane destinée à corriger le résultat esthétique. Pour les juges, chaque nouvel acte médical impose une information spécifique sur ses bénéfices et ses risques.
La décision souligne également que le praticien a eu recours à un produit dont l'utilisation dans les organes génitaux était déconseillée par son fabricant et dont l'autorisation de mise sur le marché avait été retirée en France. Présentée au patient comme une alternative sans danger à une nouvelle intervention chirurgicale, cette injection méconnaissait, selon le Conseil d'État, les données acquises de la science.
Les juges reprochent en outre au chirurgien la manière dont il a pris en charge les complications. Des choix thérapeutiques qui ont fait courir au patient un risque injustifié.
La décision relève également plusieurs manquements périphériques à la prise en charge médicale. Le Conseil d'État sanctionne notamment l'établissement de feuilles de soins au nom du chirurgien pour des consultations assurées par une collaboratrice présentée comme psychologue, estimant que ces pratiques contrevenaient aux règles déontologiques relatives à la facturation des actes.
Les juges ont aussi retenu une atteinte à la dignité du patient. Après l'intervention, alors que celui-ci était encore sous anesthésie, le chirurgien avait photographié son sexe après avoir inscrit la mention "A380" sur sa cuisse. Un comportement jugé incompatible avec l'obligation de respecter la personne soignée.
Enfin, le Conseil d'État a considéré que le praticien a méconnu le secret médical en produisant, pour assurer sa défense devant la juridiction disciplinaire, un bilan psychiatrique du patient qui n'était pas strictement nécessaire à l'exercice de ses droits.
Estimant que l'ensemble de ces manquements révélait une particulière gravité, le Conseil d'État a aggravé la sanction disciplinaire prononcée par les juridictions ordinales et a infligé au chirurgien une interdiction d'exercer la médecine de trois ans, dont deux ans avec sursis. Le praticien a également été condamné à verser 3 000 euros au patient au titre des frais de justice.
La sélection de la rédaction
Faut-il diminuer le remboursement par l'Assurance maladie des médicaments à SMR faible ou modéré?
PETIT BOBO
Non
Supprimer le remboursement des spécialités à SMR faible est une fausse bonne idée. D'une part parce que le coût pour la sécu est... Lire plus