"Boucherie", "vie bousillée" : le travail d’un chirurgien esthétique de stars de la téléréalité dénoncé par six patientes

05/05/2022 Par Marion Jort
Faits divers / Justice
Un chirurgien esthétique parisien, très influent sur les réseaux sociaux et proche de beaucoup de stars de la téléréalité, est mis en cause par six patientes. Nos confrères du Parisien révèlent que ces jeunes femmes ont toutes été opérées et ont reçu des injections dans son cabinet du XVIème arrondissement de la capitale.

 

 

Elles veulent lancer un “cri d’alerte”. Six patientes d’un chirurgien esthétique francilien ont décidé de se confier au Parisien, photos et examens médicaux à l’appui, pour dénoncer des interventions “ratées” après un remodelage des seins, des fesses, une correction de nez. L’une d’elles témoigne même d’une “boucherie” après une opération de la poitrine notamment.  

Ce médecin de 41 ans, spécialiste en chirurgie plastique, esthétique et reconstructrice, exerce dans un cabinet du XVIème arrondissement de la capitale ainsi que dans plusieurs cliniques. Connu de la presse à sensation, il est proche de nombre de stars de la téléréalité. Le quotidien rapporte que sur son site, il vante une “médaille d’argent de thèse” et un titre de “lauréat de la faculté de médecine de Paris”.  

Entre 2017 et 2018, le praticien disparaît des radars, interdit d’exercer deux ans (dont un avec sursis) par l’Ordre. Une sanction pour avoir “violé le secret médical et déconsidéré la profession” à plusieurs reprises. Le médecin avait notamment accepté que ses interventions soient filmées pour des émissions télévisées et pour un blog, sans que le secret médical du patient ne soit protégé. En février dernier, rebelote : il est suspendu un mois pour le même motif par la chambre disciplinaire de première instance d’Île-de-France. L’Ordre a d’ailleurs fait appel de cette décision. Il n'hésite pas, par ailleurs, à faire la promotion de ses interventions sur son compte Instagram, où il est suivi par plus de 54.000 abonnés.  

Mais depuis plusieurs mois, c’est donc une nouvelle affaire qui le vise. Les six patientes veulent “l’arrêter” et ont décidé de prendre un avocat pour dénoncer leurs interventions. L’une d’elles, ayant participé à l’émission "Les Marseillais", a, par exemple, été hospitalisée huit fois, dont deux en soins intensifs, après des injections de Hyacorp, un gel d’acide hyaluronique, visant à galber son fessier. Elle affirme aujourd’hui que le produit lui a été injecté directement dans les muscles, une pratique déconseillée, et le regrette. Des regrets associés à une colère froide, car l’intervention a eu lieu dans la chambre d’une villa à Dubaï, sans conditions d’hygiène, lors d’une soirée où tous deux étaient invités.  

Star du petit écran elle aussi, Emilie Amar est devenue accro aux corticoïdes par sa faute, selon elle. Elle explique au Parisien qu’elle a souffert d’une grave infection et que le médecin lui aurait envoyé des ordonnances à distance, sans passer par une consultation. Elle ne pouvait plus se passer d'antibiotiques.  

D’autres femmes, qui ne sont pas connues du grand public, sont dans le même cas. L’une d’elles, âgée de 26 ans, a désormais la narine droite “de travers” après une opération du nez. Elle a subi une nouvelle intervention en Tunisie, pour “corriger”. Le chirurgien qui l’a prise en charge “n’en revenait” pas”, rapporte-t-elle. “La peau de mon nez était collée à l’os !” Les témoignages s'enchaînent dans les colonnes du Parisien avec celui d’une aide-soignante de 28 ans, qui raconte qu’elle s’est fait opérer des petites lèvres de la vulve. La nuit de l’opération, elle fait une hémorragie. Le lendemain, aux alentours de 16h, le médecin serait arrivé pour la prendre à nouveau en charge au bloc “complètement stone”. “Dans ma chambre, il m’a enlevé les points de suture sans anesthésie et il a appuyé fort sur les caillots de sang pour tout faire sortir. Ensuite, il a refermé et fait de nouveaux points, toujours sans anesthésie”, assure-t-elle.  

Enfin, le quotidien livre le récit d’une dernière patiente de 30 ans, venue consulter pour une augmentation mammaire. Lors d’une première opération, elle se retrouve avec un sein plus haut que l’autre. Après une seconde opération, également ratée, elle se rend compte au bout de quelques jours que l’un de ses tétons a nécrosé.  

Contacté par Le Parisien, le médecin dénonce, de son côté, “une vendetta”, sous-entendant que les femmes mènent “une cabale contre lui”. Il est toujours en exercice, et se défend en expliquant que les complications post-opératoires “font partie du métier”. Il aurait opéré plus de 6.000 femmes et regrette “une ère procédurière”. Celui qui est par ailleurs devenu “le plus jeune chef de clinique à 27 ans”, en 2007, promet “d’attaquer” toute personne qui “osera porter atteinte à [sa] réputation”

[avec Le Parisien]  

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Valérie Briole

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