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"Les médecins hospitaliers ne vont pas bien et ça a des conséquences sur leur travail"
Présentés vendredi 19 juin, les résultats de l'enquête "What Health ?" du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi aux autres spécialités (SNPHAR-E) dressent un état des lieux préoccupant de la santé de ces professionnels.
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C'est un tableau "très sombre" que peint l'enquête "What Health ?", réalisée par le SNPHAR-E entre le 14 octobre 2025 et le 15 janvier 2026, et dont l'ampleur – plus de 3600 réponses obtenues*, en majorité de PH –, est décrite comme "inédite". Les résultats, présentés vendredi dernier à l'occasion d'un colloque dédié à la santé des praticiens hospitaliers, témoignent de la mauvaise santé globale de ces professionnels qui font tourner l'hôpital public, mais aussi de comportements à risque. "Je ne pensais pas qu'on allait tomber sur des résultats aussi inquiétants et affligeants", a d'emblée lancé le Dr Mathieu Brière, vice-président du SNPHAR-E et anesthésiste à Nîmes.
L'enquête s'est d'abord intéressée à l'état somatique des praticiens hospitaliers, soumis à d'importants facteurs de risque. Il ressort que 56 % des médecins sondés déclarent au moins un antécédent (maladies cardiovasculaires, auto-immunes, néoplasies, etc.), contre "25-30 % de la population générale" selon les études. "Cela montre que les médecins ont plus de problèmes de santé que dans la population générale", a résumé Mathieu Brière. Le SNPHAR-E pointe notamment une prévalence des pathologies cardiovasculaires (12,1 % des répondants contre 8 % environ en population générale), qui mériterait d'être plus finement analysée, concède-t-il.
Autre enseignement inquiétant : 37 % des répondants indiquent suivre un traitement pour une pathologie somatique, avec un recours massif à l'autoprescription (50 %) tandis que la prescription par un médecin traitant est très faible (14 %). Déjà documentée par d'autres études, cette autoprescription expose les praticiens hospitaliers à des risques de mésusage de médicaments, aux négligences de suivi, aux erreurs diagnostiques.
Des troubles anxieux plus fréquents
L'enquête s'est également intéressée à l'état psychiatrique des praticiens hospitaliers. Plus d'un quart des répondants (27,7 %) déclarent avoir des antécédents de pathologies psychiatriques ; un chiffre "comparable" à la population générale. L'enquête recense une proportion plus importante d'antécédents chez les praticiennes, et identifie deux pics de problèmes psychiatriques parmi les répondants, chez les moins de 30 ans et entre 55 et 59 ans.
"Si la proportion de dépression est comparable à celle de la population générale (15,6%), elle est supérieure à celle des CSP+ (13,2%) à situation financière perçue équivalente (9%)", précise l'enquête. Celle-ci fait par ailleurs état d'une fréquence "très supérieure" des troubles anxieux chez les praticiens hospitaliers (14,50 %) par rapport à la population générale (6,30 %) et aux CSP+ (5,60 %). Ceci peut être lié aux "nombreux facteurs de stress" et "situations traumatisantes" auxquels les praticiens hospitaliers peuvent être exposés.
En revanche, il ressort de l'enquête un taux de burn-out "particulièrement bas" (2,40 % vs 34 % en population générale), ce qui peut s'expliquer par le fait que "les praticiens en arrêt maladie pour burn-out n'ont pas eu accès à l'enquête" ou encore par une forme de "déni" au sein de la profession, avance le SNPHAR-E, qui appelle à s'interroger sur ce phénomène de sous-déclarations.
27 % des répondants concernés par un problème "psy" bénéficient d'un suivi. "Ce qui veut dire que les gens qui ne vont pas bien ne sont pas suivis suffisamment bien", a souligné Mathieu Brière. 9 % des praticiens suivent un traitement pour un problème psychiatrique. Là encore, la place de l'autoprescription est mise en exergue (38 %).
L'enquête nous en apprend plus également sur l'hygiène de vie des praticiens hospitaliers. 45 % des répondants rapportent, d'abord, une mauvaise qualité de sommeil, contre 13 % en population générale. Le SNPHAR-E identifie plusieurs facteurs de risque, comme le stress, la mauvaise hygiène alimentaire, la consommation de drogues et d'alcool, ou encore des horaires atypiques, et une durée de travail prolongée (garde de 24 heures, par exemple).
En outre, si 81 % des praticiens hospitaliers déclarent un bon équilibre alimentaire, ce "bon" taux cache une réalité plus préoccupante. "Dans 1 cas sur 2 les repas sont pris avec des horaires décalés ; un tiers des répondants n'ont pas de pause dédiée ; et 1 sur 4 n'a pas de lieu dédié", a précisé Mathieu Brière. Les médecins anesthésistes réanimateurs et les chirurgiens, qui travaillent au bloc, sont particulièrement confrontés à ces prises de repas dégradées. "Ils mangent quand ils peuvent…"
Autres enseignements : 43 % des répondants déclarent ne pas avoir d'activité sportive régulière, par manque de temps ou du fait de la permanence des soins. "Il faut être sacrément motivé pour aller faire un footing quand on sort de garde et qu'on n'a pas dormi de la nuit", a reconnu le vice-président du SNPHAR-E. S'agissant de la prise de toxiques, l'enquête relève un taux de tabagisme actif bien inférieur à la population générale (9 % vs 24 %), en revanche, pour la consommation d'alcool hebdomadaire, "on explose les scores" (58 % vs 37 % en population générale), a regretté Mathieu Brière.

"C'est abject de le dire, mais la grossesse est un frein dans une carrière"
Le SNPHAR-E a également consacré un pan de son enquête au sujet de la grossesse, qui, "et c'est abject de le dire, est un frein" dans la carrière des praticiennes hospitalières, a déploré Mathieu Brière auprès d'Egora. "Il y a un certain nombre de responsables médicaux et de managers – hommes comme femmes – qui se disent 'je vais plutôt flécher certains postes vers des praticiens hommes à certains âges ou périodes de la vie, pour être sûr qu'ils ne vont pas me planter avec un congé maternité'. C'est triste, mais c'est une réalité."
Le SNPHAR-E a cherché à mettre en lumière les interactions entre le déroulement de la grossesse et les conditions de travail. Sur 2332 répondantes, 70 % ont eu au moins une grossesse. L'enquête montre que le taux d'accouchement prématuré dans ce panel est nettement plus élevé que dans la population générale (14,7 % vs 6,6 %). Ceci pourrait s'expliquer, selon le syndicat, par l'âge des femmes au moment de la grossesse (pas demandé mais généralement avancé du fait des études longues) mais aussi des conditions de travail difficiles (station debout prolongée, participation à la permanence des soins et périodes de travail prolongées…). Dans l'enquête, plus de la moitié des praticiennes déclarent avoir poursuivi leur activité de PDS après leur 3e mois de grossesse (et près d'une praticienne sur 5 au-delà du 6e mois). Par peur de mettre l'équipe dans l'embarras mais aussi "pour raisons financières", selon Mathieu Brière.
A noter que depuis juillet 2025, les praticiennes hospitalières enceintes peuvent être dispensées dès le début de leur grossesse (contre à partir du 3e mois avant).
"Les femmes enceintes travaillent [à l'hôpital] plus longtemps et dans des conditions moins bonnes" qu'ailleurs, a poursuivi Mathieu Brière. Ainsi, 61 % déclarent avoir eu recours au congé pathologique, contre 48 % en population générale. Seules 17 % ont par ailleurs bénéficié d'une adaptation de leurs conditions de travail.
Un impact du travail sur la santé… et inversement
L'enquête s'est intéressée aux répercussions du travail sur la santé des praticiens hospitaliers. Pour 48 % des répondants, le travail a un impact négatif sur leur santé physique, 62 %, un impact négatif sur leur état psychologique, et 65 %, un impact négatif sur leur sommeil. Principal motif mis en cause, la charge de travail. Viennent ensuite le travail de nuit, le week-end, mais aussi la relation des praticiens avec leur gouvernance.
Le SNPHAR-E a également examiné l'influence inverse, et regardé l'impact de la santé sur le travail des praticiens hospitaliers. 41 % des répondants considèrent que leur état de santé physique a des répercussions sur leur travail ; 58 % que leur état de santé mentale a des répercussions sur leur travail ; et 67 % que la qualité de leur sommeil impacte leur manière d'exercer. "Les médecins hospitaliers ne vont pas bien et ça a des conséquences sur leur travail [...] Mais c'est excessivement tabou dans notre milieu, de dire que quelque chose fait que je vais moins bien faire mon travail, ça ne serait pas accepté par la population", a reconnu Mathieu Brière.
Ce tabou s'observe dans les comportements des PH. L'enquête montre par exemple qu'ils sont peu nombreux à s'arrêter en cas de "petit souci de santé". "C'est multifactoriel. C'est déjà le côté abnégation qu'on nous a appris pendant nos études. Ensuite, il y a le contexte actuel de pénurie des effectifs, qui fait que quand on s'arrête, l'activité va forcément retomber sur quelqu'un", a souligné Mathieu Brière. Plus globalement, 62 % des répondants déclarent un antécédent d'arrêt de travail. Fait étonnant, 15 % rapportent un arrêt dû à un burn-out alors que 2,4 % indiquent un antécédent de burn-out, souligne l'étude.
44,1 % des répondants ont, en outre, déclaré au moins un accident du travail, et 1,3 % déclarent avoir une maladie professionnelle.

Un suivi, pourquoi faire ?
Si les praticiens hospitaliers représentent "une population à risque et en mauvais état", leur suivi médical est pourtant "catastrophique", a pointé Mathieu Brière, indiquant qu'il s'agit là de l'un des enseignements les plus alarmants de cette enquête. 20 % n'ont ainsi pas déclaré de médecin traitant, et 18 % sont leur propre médecin traitant. Et si, contrairement aux libéraux, les PH disposent d'un service de santé au travail (SST), l'enquête montre un "désintérêt et/ou un manque de connaissance du SST par les praticiens". La moitié n'a jamais reçu de proposition de rendez-vous par leur SST. Et près de 70 % n'ont jamais demandé de rendez-vous.
Plus de 80 % des répondants déclarent ainsi ne pas avoir de suivi régulier par le SST. Seuls 3,1 % ont un suivi annuel, et 6,3 % un suivi tous les 2 ans. La faute à qui ? Pas à la médecine du travail selon le SPHAR-E, qui relève un manque d'effectifs : 4411 médecins du travail pour 1 million d'agents dans les établissements de santé et 30 millions d'actifs en France. Une équation impossible, donc. La faute aux médecins ? Un peu, selon le syndicat. "Certains considèrent qu'ils n'ont pas besoin d'avoir de suivi, c'est inquiétant", a souligné son vice-président. Une tendance qui pourrait changer : "Les jeunes générations, qui vont d'autant plus mal, assument peut-être plus de dire qu'elles vont mal."
Pour le SNPHAR-E, les résultats de cette enquête appellent à agir concrètement pour la santé des praticiens hospitaliers. Ils témoignent en effet "d'une résilience qui arrive à ses limites", avec, selon Mathieu Brière, le risque d'une "crise des vocations". "A un moment donné, il y a des endroits où ça ne tiendra plus. Certains praticiens nous expliquent déjà qu'ils sont deux à faire tourner une ligne d'astreinte à l'année. Ce n'est humainement pas tenable, physiquement et psychologiquement…" Pour le syndicat, ce n'est pas le plan annoncé il y a un mois par le ministère qui changera quoi que ce soit. "C'est un très joli paquet cadeau, mais avec rien à l'intérieur."
*Parmi les répondants, on dénombre 85 % de PH (5,6 % de HU), avec une surreprésentation des médecins anesthésistes-réanimateurs parmi le panel. Deux tiers des répondants étaient des praticiennes.. 75 % des répondants exerçaient à temps plein.
Le plan du SNPHAR-E pour prendre soin des PH :
Le SNPHAR-E a, de son côté, élaboré un plan en 5 axes pour prendre soin de ceux qui soignent. Le premier vise à insuffler une "culture de la santé des praticiens" dès la formation initiale, mais aussi tout au long de la carrière, dans le cadre de la formation continue. Le deuxième axe, orienté prévention, appelle à "lutter contre les volumes horaires excessifs", et préconise d'adapter la charge de travail au temps de travail "pour arrêter de demander aux praticiens de faire toujours plus" au risque de dégrader la qualité des soins. Par ailleurs, "il est indispensable d'encadrer et de limiter le nombre de gardes et d'astreintes mensuelles", défend le syndicat. Un "suivi spécifique" doit aussi être envisagé pour les praticiens participant à la permanence des soins. Pour le SNPHAR-E, il devient également "urgent" de s'intéresser à la durée maximale de travail consécutif de 24 heures. Le syndicat défend également une "réelle prise en compte de la grossesse", et envisage par exemple d'interdire la participation à la PDS pour les femmes médecins enceintes. Il convient également de réfléchir à des adaptations du travail pour ces professionnelles.
Le SNPHAR-E souhaite également que les préconisations des médecins du service de santé au travail soit "opposables" et "non indicatives" pour une meilleure prise en compte de la santé des praticiens hospitaliers. Les SST doivent, pour ce faire, être considérablement renforcés. Un cadre réglementaire doit venir garantir le suivi médical, avec notamment une visite d'accueil systématique et obligatoire, des entretiens réguliers obligatoires, des consultations d'urgence. "Des autorisations spéciales d'absence (au minimum une demi-journée par an) et des aménagements horaires doivent être accordés de droit pour permettre aux praticiens d’avoir un suivi adapté", insiste le syndicat. Le quatrième axe, dédié à la prise en charge et à l'accompagnement, propose par exemple de simplifier les démarches pour faire reconnaitre le caractère professionnel d'une maladie. Enfin, le 5e axe dédié à la reconnaissance plaide pour que la pénibilité de l'activité des praticiens hospitaliers soit prise en compte pour le calcul de leur retraite. Ils doivent également être reconnus travailleurs de nuit.
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