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"L'argent ne fait pas le bonheur" : médecin généraliste, il a quitté la Suisse pour revenir en France
Attiré par "l'eldorado Suisse", le Dr Andrianantenaina Razafimahatratra a vite déchanté. Certes mieux payé qu'en France, le médecin généraliste a été choqué par une prise en charge des patients dictée par les assurances privées. Après six mois d'exercice en territoire helvétique, le médecin a plié bagage pour ouvrir un cabinet libéral à Groissiat, dans l'Ain.
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"J'ai 52 ans, je suis d'origine malgache. J'ai fait mes études à Madagascar, où j'ai obtenu mon diplôme de médecin. Après avoir exercé deux ans dans l'humanitaire, je suis arrivé en France. Le processus d'équivalence pour devenir médecin a été très long, près de 10 ans. Pendant cette période, j'ai même validé un diplôme d'Etat d'infirmier.
J'ai exercé dans plusieurs centres hospitaliers français. Les dix dernières années, j'ai exercé à l'hôpital d'Oyonnax (Ain). J'y ai commencé comme praticien attaché associé, puis clinicien hospitalier et à la fin j'étais praticien hospitalier contractuel.
J'ai quitté l'hôpital d'Oyonnax en janvier 2024, et c'est là que je suis parti en Suisse. C'est l'aspect financier qui m'a motivé. D'autant que la ville d'Oyonnax est située à une heure de Genève. Tout le monde le sait : on gagne le double en Suisse par rapport à la France. En plus lors de mon départ de l'hôpital d'Oyonnax, j'avais signé une clause de non-concurrence et je ne pouvais m'installer à moins de 10 kilomètres, à vol d'oiseaux, de l'établissement. Quitte à faire une heure de route pour exercer, autant aller en Suisse et être bien payé.
Je me suis vite rendu compte qu'à Genève, il y a énormément de médecins. La ville est très convoitée. En Suisse, j'ai trouvé deux postes. Le premier était dans un cabinet libéral situé dans le Jura Suisse, à trois heures de route de chez moi. L'autre était à Neuchâtel, dans un hôpital privé en tant que médecin de premier recours, à deux heures de route. J'ai choisi la seconde option.
"J'ai été attiré par l'eldorado suisse"
Je comptais faire la route les deux premiers mois puis déménager avec ma famille en Suisse, si tout se passait bien. Mes journées étaient donc très longues. Je me levais à 4h et je rentrais le soir vers 22h. Comme tout le monde, j'ai été attiré par l'eldorado suisse. Mais dès la première semaine, j'ai senti que ce n'était pas le mode d'exercice que je souhaitais.
Les conditions d'exercice là-bas sont complétement différentes, notamment au niveau de la prise en charge. En France, la majorité des patients sont couverts par l'Assurance-maladie. Les Suisses ont des assurances privées. Certaines concernent les maladies et d'autres les accidents. Pour les accidents, en général, c'est l'assurance de l'employeur qui prend en charge. En ce qui concerne la maladie, la couverture dépend de l'assurance de chacun. La franchise médicale est autour de 300 francs (environ 322 euros) pour les patients qui ont de bonnes assurances. Mais pour ceux qui ont peu de moyens, elle s'élève à 2 500 francs (environ 2684 euros). Concrètement, les patients doivent donc s'acquitter du montant de leur franchise avant d'être remboursés. Cela joue énormément dans la prise en charge.
"Les patients ne sont pas égaux"
Dans le cas d'un patient couvert par l'assurance de base et qui souffre d'une méniscopathie, normalement on pratique une IRM. Mais il ne pourra pas la payer, donc c'est un frein. Ce genre de cas arrive au quotidien. La première question posée par les spécialistes lors de l'interrogatoire est "qu'avez-vous comme assurance". C'est un autre mode de fonctionnement, qui correspond bien au système suisse mais qui est choquant pour nous en France. Les patients ne sont pas égaux.
En termes d'exercice médical pur et d'éthique, c'est donc mieux en France. Le fait que la couverture médicale soit universelle engendre une meilleure prise en charge. Il n'y a pas de discrimination selon les ressources. Le système suisse est très individualisé.
Mais d'un point de vue financier, les actes sont beaucoup mieux valorisés. Beaucoup de médecins français exercent en Suisse. Donc on ferme les yeux. En salaire brut, un médecin qui exerce dans un centre hospitalier français touche en moyenne 5 000 à 7000 euros, pour un temps plein. En Suisse, au même poste, le salaire brut tourne entre 12 000 et 15 000 euros. Il s'agit là vraiment d'une moyenne. En ce qui concerne le libéral, la consultation en France vaut 30 euros et autour de 120 euros en Suisse.
J'ai discuté avec beaucoup de médecins suisses qui sont satisfaits de ce mode de fonctionnement. Au contraire, ils critiquent le système français estimant qu'en France les gens vont aux urgences pour rien et que si les patients payaient, cela fonctionnerait mieux.
Finalement le déménagement ne s'est pas fait, à cause d'une incompatibilité avec ma vie familiale. J'ai donc présenté ma démission à l'hôpital au bout de trois mois. Je suis resté en poste six mois au total, le temps que l'hôpital trouve quelqu'un pour me remplacer. Car les déserts médicaux ne concernent pas que la France. En quittant Neuchâtel, j'ai trouvé un poste à Genève. Mais les autorisations d'exercices fonctionnent par canton en Suisse, et à Genève je n'avais pas le droit de facturer avant trois ans.
Finalement, j'ai complétement arrêté l'exercice en Suisse. J'ai décidé d'ouvrir mon cabinet médical en libéral le 5 janvier dernier à Groissiat (Ain), dans un désert médical. Je travaille à mi-temps en libéral et le reste du temps dans le centre médical départemental de l'Ain, à Nantua.
Je pense que je suis plus utile ici. Et finalement l'argent n'apporte pas le bonheur."
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