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Temps de travail, paperasse, défis de santé… ce que révèle le premier atlas des généralistes européens

Le Collège de la médecine générale (CMG) dévoile ce mercredi la première édition de l'Atlas européen de la spécialité. Au-delà des statistiques, il met en lumière les combats de la profession.

01/07/2026 Par Aveline Marques
Démographie médicale Wonca/CMG 2026
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La grande famille des médecins généralistes européens a désormais son album photo. A l'occasion du 30e congrès de la Wonca Europe, qui se tient jusqu'au 2 juillet à Paris (Palais des congrès de la porte Maillot), le CMG publie le premier "Atlas européen" de la spécialité. Un projet titanesque porté par le Dr Michaël Rochoy. De mi-novembre à fin mars, ce généraliste installé à Outreau n'a pas compté ses heures pour colliger les données de 53 pays, du Vatican à la Russie, en passant par la Roumanie : démographie des professionnels de santé, indicateurs de santé publique, couverture vaccinale, parcours de soins, organisation des études de médecine... et portrait de la spécialité.

"J'avais commencé à faire une fiche modèle sur la France, avec des données nationales issues de l'Insee ou de l'Assurance maladie, mais au bout d'un mois je me suis aperçu que je n'allais pas pouvoir faire ça avec tous les pays. Déjà parce que je ne parle pas roumain, et ensuite parce que j'allais avoir des bases différentes*." C'est donc sur les bases de données d'Eurostat et de l'OMS que s'est appuyé le généraliste, qui a ensuite sollicité des confrères européens pour compléter et corriger certains éléments.

"L'herbe n'est pas plus verte ailleurs"

L'atlas démontre à quel point "notre médecine générale est à la fois unifiée et diversifiée", souligne le Pr Paul Frappé, co-président du comité organisateur du congrès et ancien président du CMG, qui a lancé l'idée. "Il nous aide à nous sentir moins seuls face aux défis que rencontrent la profession et, peut être parfois, nous fait réaliser que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs", souligne le généraliste stéphanois dans la préface.

Les tableaux comparatifs présentés dans l'atlas bousculent plusieurs idées reçues. "La Suisse a la meilleure espérance de vie, mais pas la meilleure espérance de vie en bonne santé. Le Kazakhstan a une mortalité moins élevée que Monaco, où la population est plus âgée", illustre Michaël Rochoy. Quant à la France, "on a toujours l'impression que c'est le pays qui dépense le plus pour la santé avec des résultats qui ne sont pas à la hauteur, mais non : il y a pas mal de pays qui dépensent plus, notamment les pays nordiques" (Suède, Norvège, Danemark…). 

Globalement, la France se situe "autour de la moyenne" européenne, et parfois dans le haut du classement, s'agissant par exemple de la prévalence de l'obésité, de la densité de médecins généralistes ou encore du pourcentage de fumeurs quotidiens. Même si, pour cette dernière donnée, "nous pourrions nous inspirer de ce que font les pays nordiques, où le taux est encore moindre", relève Michaël Rochoy.

Source : Atlas européen de la médecine générale 2026

 

En matière d'arrêts de travail, le mauvais élève n'est pas celui que l'on croit. Avec 58.6% de la population active qui a pris au moins un arrêt maladie dans l'année, c'est l'Allemagne qui décroche la palme de l'absentéisme. "La France fait partie des pays qui ont le moins d'arrêts de travail en Europe occidentale. Et malgré cela, on continue de penser que tous les salariés sont des fraudeurs et que les arrêts sont indus…", lâche Michaël Rochoy. 

Source : Atlas européen de la médecine générale 2026

 

En revanche, les Français se classent parmi les plus forts consommateurs d'alcool (11.2 litres par an, par personne de plus de 15 ans). Et le taux de suicide national est "l'un des plus élevés", signale le généraliste. "C'est peut-être là qu'il faut axer les efforts", commente-t-il. 

Autre cliché balayé par les chiffres : celui de la trop faible rémunération des généralistes français, comparée à celle de leurs confrères européens. Si l'on considère le PIB par habitant, les Français arrivent en réalité en troisième position, leur rémunération étant plus de 3.5 fois supérieure. "Effectivement, si on libère les frontières, les médecins suisses sont mieux payés que les Français, mais si on redistribue les richesses, on n'est pas si mal", note Michaël Rochoy.

En revanche, les praticiens français sont ceux qui travaillent le plus en Europe, avec des semaines de 53 heures en moyenne, contre un peu moins de 34 heures, à l'extrémité du classement, pour leurs voisins italiens. "Certes, ce sont des données déclaratives... mais pour les autres pays aussi", commente l'auteur de l'Atlas.

Source : Atlas européen de la médecine générale 2026

 

La charge administrative y est sans doute pour quelque chose. La première édition de l'atlas présente un focus sur ce sujet, cheval de bataille de Michaël Rochoy, dont le CMG s'est emparé en 2023 avec une campagne contre les "certificats absurdes". Les éléments recueillis auprès des membres de la Wonca Europe confirment que les généralistes français font partie de ceux qui subissent le plus lourd fardeau administratif, avec de nombreux certificats inutiles encombrant les consultations. Si de nombreux pays sont dans le "même bateau", comme l'Italie (certificat attestant l'absence d'allergie aux produits laitiers en vue d'une visite à la ferme, par exemple) ou la Pologne (certificat médical requis pour l'admission dans une école d'art ou de musique), "il y a quand même aussi pas mal de pays qui ont écouté leurs médecins et ont libéré du temps médical" en permettant aux salariés d'autodéclarer les arrêts de travail courts (Malte, Portugal, Belgique, Royaume-Uni…), une mesure plébiscitée par le généraliste français. 

"Au Danemark, il y a un climat de confiance envers les salariés qui n'existe pas en France"

Mais le champion toutes catégories reste le Danemark, où les salariés peuvent prendre jusqu'à 30 jours d'arrêts de travail sans fournir un document du médecin et ce, sans limitation dans l'année. "Le Danemark, ils ont dû nous prendre pour des fous, plaisante Michaël Rochoy. Il y a un vrai respect pour le temps médical et un climat de confiance envers les salariés qui n'existe pas en France."

A l'instar de la Belgique et de la France, dans de nombreux pays (Suisse, Italie, Slovénie…), la profession se soulève contre la paperasse, montre l'Atlas. Un combat européen qui illustre l'ambition de cet ouvrage : au-delà de l'exercice statistique, devenir un levier de transformation des systèmes de santé.

 

*Certaines bases incluent les retraités et/ou les médecins en exercice, d'autres non. 

 

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