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"On a préféré garder notre indépendance" : le cabinet "secret" dédié aux patients sans médecin traitant, c'est fini
A Angers, des généralistes se relayaient depuis début 2025 pour assurer la prise en charge des patients sans médecin traitant orientés par le 15. Leur mission : les réinsérer dans le parcours de soins. Mais l'expérimentation, financée par l'ARS, s'est arrêtée en juin dernier. Joint par Egora, le Dr Olivier Leroy revient sur les raisons de cet échec.
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"Ça s'est arrêté, c'est comme ça. C'est dommage", soupire le Dr Olivier Leroy. Président de l'Association des professionnels de santé angevins (Aspa), ce généraliste a dû se résoudre, en juin dernier, à fermer les portes d'un cabinet pas comme les autres. Ce lieu de soin, dont l'adresse était tenue secrète du grand public, était destiné à prendre en charge les patients sans médecin traitant. "On voulait que l'orientation des patients se fasse uniquement via les professionnels de santé, et non en accès direct. Ça a complexifié un peu les choses et l'activité n'a pas décollé à hauteur des besoins", reconnaît le porteur du projet.
Durant les 18 mois qu'a duré l'expérimentation, financée à hauteur de 250 000 euros par l'ARS, quelques 600 patients ont consulté au cabinet. Trop peu au regard des 28 000 patients sans médecin traitant que compte le chef-lieu du Maine-et-Loire – 40 000 si l'on prend en compte toute l'agglomération. "Le chiffre peut paraître ridicule, commente Olivier Leroy, mais il faut le pondérer aux horaires d'ouverture." Le cabinet n'était ouvert que "2 à 3 heures par jour", et restait fermé certains jours, faute de praticien disponible, souligne-t-il.
Les généralistes volontaires se relayaient en effet pour assurer des courtes vacations, prenant "sur leur temps personnel" ou empiétant sur leur "activité principale". Si au départ, "une trentaine" de praticiens s'étaient montrés "emballés" par le projet, la "faible activité" aura eu raison des bonnes volontés de la moitié d'entre eux. "Ils préféraient rester au cabinet que voir une ou deux personnes par vacation, ça s'entend", admet le président de l'association. "A la fin, on tenait le cabinet à une quinzaine. Sans soutien institutionnel plus fort, on se serait essoufflés."
Convaincus du bien-fondé du dispositif, l'association aurait souhaité prolonger l'expérimentation de 18 mois, le temps nécessaire, selon Olivier Leroy, pour prouver son efficacité. L'ARS* n'a pas souhaité leur accorder les 210 000 euros de subvention réclamés pour poursuivre l'activité. "Elle nous a proposé de devenir une CPTS pour obtenir le budget" nécessaire, ces structures étant financées pour leurs missions en faveur de l'accès aux soins.
Mais les membres de l'Aspa, soucieux de préserver "leur indépendance", refusent de rentrer dans ce cadre. "On ne voulait pas toucher quatre fois plus d'argent public qu'on en avait besoin sous prétexte qu'on avait les bonnes initiales. On préfère porter des projets qui répondent à des besoins locaux que se conformer à des objectifs nationaux", lance Olivier Leroy. "Quand ça vient d'en haut, soit ça dysfonctionne, soit ça coûte beaucoup d'argent pour un résultat pas terrible… comme le SAS", tacle le généraliste.
Ce dernier regrette également de ne pas bénéficier des aides dédiées aux consultations avancées, réservées aux praticiens intervenant en ZIP. Angers, qui compte 180 généralistes (soit une densité de 11.3 pour 10 000 habitants, nettement supérieure à la moyenne nationale de 8.2), n'est pas considérée comme "une zone désertique", souligne Olivier Leroy.
D'un "commun accord", ARS et Aspa ont donc décidé d'en rester là. "La décision a été compliquée, parce qu'on a consacré beaucoup de temps au projet, on a levé les verrous les uns après les autres, noué des partenariats avec la médecine du travail, avec l'université...", confie Olivier Leroy.
Surtout, le dispositif poursuivait un idéal : redonner sa place à la médecine générale, à l'heure où les "centres de soins non programmés s'ouvrent à droite et à gauche et peuvent désorganiser le parcours de soins" et où la téléconsultation encourage la "consommation de soins", déplore Olivier Leroy. "On prenait le temps de faire un point complet. Les consultations pouvaient durer 20 à 30 minutes, pour avoir une bonne vision des problématiques de santé, sociales et médicosociales des patients qui venaient nous consulter. Et derrière on essayait de prioriser", relate le généraliste. "On a identifié une cinquantaine de patients qui avaient un vrai besoin de reprise d'un suivi, rapidement." Après avoir bénéficié d'un bilan plus poussé dans un centre de l'Assurance maladie, les patients ont été orientés vers un généraliste qui acceptait de prendre de nouveaux patients. "On a réussi à quasi tous les replacer, idéologiquement c'est satisfaisant", se félicite Olivier Leroy.
Fidèles à leurs idéaux, les membres de l'Aspa projettent désormais de se concentrer sur la prise en charge des personnes âgées, afin de relever le défi de la transition démographique.
*Contacté par Egora, l'ARS Pays-de-la-Loire n'a pas souhaité commenter l'arrêt de l'expérimentation.
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