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Abcès dentaire en vacances : sur cette île, les pharmaciens prennent le relais des dentistes
Sur l'île d'Oléron, la population est multipliée par 13 durant l'été. Pour venir en aide aux dentistes et généralistes débordés par les urgences dentaires, un protocole de coopération a été mis en place. Il permet aux pharmaciens de prescrire le traitement adéquat.
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C'est le genre de douleur qui peut ruiner les vacances. "Une fois, un jeune patient m'a même dit qu'il avait pris une cuite la veille tellement il avait mal", se souvient Mehdi Djilani, pharmacien à Saint-Pierre-d'Oléron (Charente-Maritime). Sur l'île "lumineuse", se retrouver avec une douleur ou un abcès dentaire en pleine période estivale a longtemps viré au cauchemar. Alors que la population passe de 22 000 à 300 000 habitants en juillet et août, les 11 dentistes installés à Oléron, déjà "peu nombreux" en temps normal, se trouvent dans l'incapacité de faire face à la vague de petites urgences dentaires qui accompagne les hordes estivales. D'autant plus avec un effectif réduit par les congés des uns et des autres.
Le 15 saturé
Eux-mêmes débordés par l'infectiologie et la traumatologie des touristes, les 18 généralistes de l'île en avaient "un peu marre" de prendre en charge des douleurs et abcès dentaires, rapporte Mehdi Djilani, membre de la MSP multisites Oléron Nord, qui rassemble 50 professionnels. "Même si les urgences dentaires sont dans leur scope, ils préféraient consacrer le temps disponible à faire de la médecine", souligne-t-il.
Une problématique également déplorée par le 15, vers lequel se tournaient les patients sans solution, dirigés parfois vers les urgences du continent faute de mieux. "Il y avait un goulet d'étranglement, le parcours des patients était complexe et souvent long avant de pouvoir obtenir le traitement adéquat", évoque le pharmacien de Saint-Pierre.
Lors d'une réunion du Codamups*, en juillet 2023, Mehdi Djilani avance une solution : déléguer la prise en charge de ces petites urgences dentaires aux pharmacies de l'île, ouvertes 7 jours sur 7, avec une équipe "renforcée" l'été. S'inspirant d'un projet de l'URPS de Corse, les professionnels de la MSP rédigent un protocole de coopération local, embarquant les généralistes et le dentiste de la structure en tant que "déléguants".
Les pharmaciens "indemnisés"
Après validation de l'ARS, l'ensemble des 22 pharmaciens de la MSP, ainsi que deux infirmiers, suivent une formation dédiée, leur permettant de traiter certaines algies dentaires (intensité inférieure à 7/10) et les abcès dentaires des patients de plus de 15 ans, en suivant un arbre décisionnel et en conduisant un interrogatoire simple. "Il y a des critères d'exclusion, explique Mehdi Djilani, venu présenter l'initiative à la dernière Journée de l'exercice coordonné (Jexco), organisée le 11 juin dernier à Paris par nos collègues de Concours Pluripro. On ne traite pas tout ce qui relève de la traumatologie dentaire et les saignements importants."
Suivant les recommandations en vigueur, les professionnels peuvent prescrire, sur délégation des généralistes et du dentiste, des antalgiques de pallier 1 voire de pallier 2 si la douleur est forte, des bains de bouche, et des antibiotiques (amoxicilline ou clindamycine, en cas d'allergie) pour traiter les abcès, caractérisés par la présence d'un gonflement douloureux à la pression.
"Ça nous prend environ 15 minutes. Ce n'est pas forcément plus long que quand on passait du temps à écouter le patient et à essayer de lui trouver une solution sans y parvenir", relève Mehdi Djilani. L'acte était initialement rémunéré 16 euros, ce qui correspond davantage "à une indemnisation du temps passé qu'à une véritable rémunération", observe le titulaire. La rémunération a, depuis, été relevée à 25 euros. "Avec une quarantaine de patients par an, ce n'est pas ça qui nous change la vie sur le plan financier, reconnaît le pharmacien. En revanche, on a une très forte satisfaction des patients, qui ont pu être pris en charge rapidement."
Plus de 500 patients soulagés
En trois ans, "plus de 500 patients" ont ainsi pu être soulagés en officine, sans qu'aucun événement indésirable ne soit déploré. Les "retours" des dentistes de l'île, amenés à prendre en charge certains patients dans un second temps, sont également positifs, relève Mehdi Djilani. "Ils ne peuvent pas intervenir lorsqu'il y a un abcès", explique le pharmacien. "Tout le monde s'y retrouve !"
Fort de ce succès, la MSP a mis l'an dernier son protocole de coopération à disposition de 23 CPTS et MSP situées partout en France, qui ont pu l'adapter aux réalités et besoins de leur territoire. Si à Oléron, 60 % des patients pris en charge dans le cadre du protocole le sont entre avril et septembre, en Creuse, l'intervention des pharmaciens permet de pallier la problématique de la démographie médicale, tout au long de l'année.
*Comité départemental de l'aide médicale urgente, de la permanence des soins et des transports sanitaires.
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