cancer du sein

Cancer du sein : pour la Cour des comptes, des efforts doivent être faits à tous les niveaux de la prise en charge

Insuffisance du dépistage, charge financière trop importante, inégalités sociales et territoriales pour les traitements mais aussi l'après-cancer, la Cour des comptes pointe, dans un rapport qu'elle vient de publier, d'importantes lacunes dans la prise en charge de ce cancer. Elle fait des recommandations visant à renforcer et améliorer l'offre de soins. 

29/01/2026 Par Dre Marielle Ammouche
Cancérologie
cancer du sein

La prise en charge du cancer du sein est loin d'être optimale. Des lacunes et des inégalités sont constatées à toutes les étapes, du dépistage à l'après-cancer. En outre, son coût est énorme et en augmentation. C'est ce qui ressort d'un rapport que vient de rendre public la Cour des comptes, qui avait été saisie par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, sur les problématiques liées à la prévention et la prise en charge de ce cancer, le plus fréquent et le plus mortel chez la femme.

De nouveaux outils pour renforcer l’accès au dépistage

Bien qu'ayant prouvé son efficacité sur la mortalité, le dépistage organisé du cancer du sein – mis en place depuis 2004 pour les femmes de 50 à 74 ans – souffre d'une participation insuffisante et en recul, ainsi que d'importantes inégalités géographiques mais aussi sociales. Dans son rapport, publié le 28 janvier, la Cour des comptes confirme d’importants "écarts d’accessibilité" qui sont liés à "la densité de radiologues et aux délais d’obtention des rendez-vous". L’âge, le revenu, le niveau de diplôme ou le lieu de résidence influent aussi sur la participation.

Autre facteur de la faible participation, la "concurrence" avec le dépistage individuel. Or, pour la Cour de comptes, ce dernier "ne présente pas les mêmes garanties de qualité". Les Sages recommandent plutôt de "renforcer l’adhésion au dispositif organisé, notamment en conditionnant la pratique de l’imagerie sénologique à la participation au programme, et d’anticiper ses évolutions". Son organisation pourrait aussi profiter du développement des outils numériques et de l'intelligence artificielle tout en maintenant une supervision humaine.

Garantir la sécurité des prises en charge

Concernant la prise en en charge, la Cour des comptes confirme la hausse importante des dépenses d'assurance maladie pour ce cancer, évaluées à 4,7 milliards d'euros de dépenses en 2023, contre 2,8 milliards d'euros en 2015 - soit +65% - alors que le nombre de patientes n’a augmenté que de 6%. Cette évolution est liée principalement à la hausse des dépenses de médicaments et d’hospitalisation. Le reste à charge reste aussi "significatif", affirme la Cour des comptes, évalué à 1 549 euros en moyenne, entrainant des renoncements de soins chez les plus démunis.

Le rapport pointe, par ailleurs, des résultats "globalement insuffisants" en matière de qualité et sécurité des soins, avec "un seul des 14 indicateurs nationaux de qualité et de sécurité des soins relatifs au cancer du sein [ayant atteint] la cible fixée. En cause, en particulier, des seuils d’activité chirurgicale trop bas, et la persistance d’activité dans des structures non autorisées. En outre, les délais de prise en charge se sont dégradés. La Cour recommande donc "un suivi renforcé des autorisations", "un relèvement des seuils d’activité chirurgicale" à 150 par an, et "un approfondissement des coopérations entre établissements".

L'après-cancer marqué par trop d'inégalités

Enfin, la période de l’après-cancer pose aussi des problèmes. Elle apparait ainsi "insuffisamment structurée" dans ce domaine. Les auteurs du rapport soulignent en particulier la grande fréquence de séquelles qui persistent longtemps après la fin des traitements, et qui sont à l’origine de répercussions sociales et professionnelles souvent majeures. Ils proposent de "rendre obligatoire pour les établissements de santé l’élaboration du programme personnalisé d’après cancer et en faire un critère d'autorisation d’exercer en cancérologie".

Tout au long du parcours, les inégalités territoriales et socio-économiques jouent un rôle majeur. Par exemple, parmi les femmes résidant dans des territoires ruraux ou dans des zones peu dotées en offre de soins, on constate un taux plus important de renoncement aux soins de support, contrairement à celles vivant dans les zones urbaines les plus favorisées. Après les traitements, on constate les mêmes disparités sur la qualité de vie.

La Cour recommande donc "un renforcement et une meilleure structuration de l’accompagnement après cancer, afin d’assurer une prise en charge plus cohérente et équitable dans la durée". Cela passe, en particulier, par le fait de "rendre obligatoire pour les établissements de santé l’élaboration du programme personnalisé d’après cancer et en faire un critère d’autorisation d’exercer en cancérologie".

Références :

Cour des comptes (28 janvier).

Si vous étiez maire, que feriez-vous pour la santé ?

A l'approche des élections municipales, Egora lance une grande consultation auprès de ses lecteurs. Accès aux soins, conditions d'exercice, prévention, étudiants... Sélectionnez une thématique et déposez vos propositions !

82 votes 27 participants 34 propositions
Photo de profil de pierre frances
2,1 k points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 1 mois
Une très bonne analyse. Octobre rose c'est amusant avec sa petite broche rose pour faire bien sur les plateaux télé (je parle des stars du PAF), mais il est important avant tout d'assurer un service pour réaliser l'essentiel: la mammographie. Dans notre département il faut un an d'attente!
Photo de profil de DELA LIE
2,2 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 1 mois
Je m'interroge : - auto palpation quasi jamais réalisée (même après apprentissage) -passage à tous les 5ans pour les >30ans du dépistage par recherche HPV pour le ccu; faisant que le palpé par un médecin passe lui aussi à tous les 5ans (rares sont les patiente continuant à venir annuellement "que pour ça" comme elles disent) .... Sur l'incidence du dépistage clinique avant 50ans ?
Photo de profil de Radiologue Lambda
443 points
Incontournable
Radiodiagnostic et imagerie médicale
il y a 1 mois
La mammographie est sans doute l’un des actes les moins rentables en imagerie et certainement l’un des plus risqué en terme médico-légal. Le dépistage est obligatoirement effectué au tarif opposable. Pourtant, scientifiquement parlant, la senologie reste passionnante et intellectuellement enrichissante.

Si vous étiez maire, que feriez-vous pour la santé ?

A l'approche des élections municipales, Egora lance une grande consultation auprès de ses lecteurs. Accès aux soins, conditions d'exercice, prévention, étudiants... Sélectionnez une thématique et déposez vos propositions !

82 votes 27 participants 34 propositions
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Décryptage Déontologie
Dépassements d’honoraires des médecins : "le tact et la mesure" à l’épreuve des abus
05/02/2026
29
Insolite
Pas d'adresse ni de téléphone... A Angers, ce cabinet qui accueille les patients sans médecin traitant est un...
22/01/2026
7
Concours pluripro
Maisons de santé
Arrêt brutal d'une expérimentation finançant 26 maisons et centres de santé qui luttent contre les inégalités...
04/02/2026
2
Enquête
"Ne plus en faire, c'est un deuil" : pourquoi les médecins renoncent aux visites à domicile
14/01/2026
31
Histoire
"Mort sur table" : retour sur l'affaire des "médecins de Poitiers", qui a divisé le monde hospitalier
15/12/2025
7
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2