octobre rose

Cancer du sein : le rôle potentiellement transformant des biomarqueurs

Les D’après une conférence de presse de l’Institut Curie (24 septembre) sont susceptibles de faire évoluer la prise en charge du cancer du sein à toutes les étapes, du diagnostic au suivi des traitements. Leur efficacité sur la survie n’est cependant pas encore validée pour qu’ils soient recommandés en pratique courante et remboursés.

01/10/2025 Par Dre Anaïs Charon
Cancer du sein
octobre rose

À l’occasion d’Octobre Rose, l’Institut Curie met en lumière ses avancées les plus récentes dans la lutte contre le cancer du sein, le premier cancer féminin en France, avec plus de 60 000 nouveaux cas chaque année. Au cœur de leurs travaux : les biomarqueurs circulants, piliers d’une médecine dite ‘’de précision 2.0’’. L’ambition est clairement exprimée par le Pr Steven Le Gouill, directeur de l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie : « mieux diagnostiquer et adapter les traitements pour une prise en charge toujours plus précise et personnalisée de chaque patiente à tous les stades de la maladie, et arriver avant la fin de ce siècle à traiter tous les cancers curables ». 


Des technologies de pointe 


La biopsie liquide est une « technique non invasive détectant des biomarqueurs tumoraux dans le sang, explique le Pr Le Gouill. Ces biomarqueurs, également appelés objets circulants tumoraux, peuvent se présenter sous différentes formes : fragments d’ADN tumoral, cellules tumorales circulantes entières, et, à un stade encore exploratoire de la recherche, ARN tumoral ou vésicules extracellulaires. » 
Pour les mettre en évidence, l’Institut Curie dispose de deux principales techniques. La première est la PCR numérique : une méthode d’amplification de l’ADN plus sensible qu’une PCR classique, avec une limite de détection à 0,1%, permettant de détecter des mutations même très rares. La seconde est le NGS pour Séquençage Nouvelle Génération, technique de séquençage à haut débit donnant lieu à un panorama complet du génome tumoral.
Ces découvertes offrent de nombreuses perspectives, et « l’Institut Curie a lancé de nombreux essais cliniques pour démontrer que l’utilisation des nouvelles techniques d’analyse et de ces biomarqueurs peuvent changer le devenir des patientes », souligne le Pr François-Clément Bidard, responsable du groupe de recherche translationnelle sur les biomarqueurs tumoraux circulants à l’Institut Curie. 
Parmi eux, l’essai Mondrian (2021–2026) évalue la réponse précoce à la chimiothérapie chez des patientes atteintes de cancer du sein métastatique triple négatif, en s’appuyant sur le suivi de l’ADN tumoral circulant, afin d’interrompre rapidement le traitement si jugé inefficace.
Les biomarqueurs peuvent également jouer un rôle d’aide à la stratégie thérapeutique : l’essai Eclectic, lancé en 2024, vise ainsi à déterminer si l’association des cellules tumorales circulantes et du PET FES - un radiotraceur ciblant les récepteurs hormonaux - peut guider le choix entre une chimiothérapie potentiellement agressive et une hormonothérapie plus ciblée.
Un autre domaine d’application concerne la détection de mécanismes de résistance en cours de traitement : l’essai Pada-1, mené entre 2017 et 2019, a démontré qu’une biopsie liquide détecte précocement les mutations responsables de résistance à l’hormonothérapie, bien avant l’apparition de signes radiologiques, permettant ainsi une adaptation plus rapide du traitement.

 

Impact sur la survie non étayé


Grâce à sa faible invasivité, la biopsie liquide permet un suivi répétitif sans impact sur la qualité de vie des patientes, tout en offrant un potentiel d’utilisation à chaque étape du parcours de soin, du dépistage au suivi post-thérapeutique. Pour la Pre Anne Vincent- Salomon, pathologiste à l’Institut Curie, directrice de l’Institut des Cancers des Femmes: « Cette innovation vient en complément des analyses tissulaires classiques dont nous disposions jusqu’ici et apportent un niveau de précision dans l’analyse du pronostic et du risque de rechute jamais égalé à ce jour. Les biomarqueurs circulants sont avant tout une avancée conceptuelle, qui permettra une prise en charge personnalisée, en fonction de l’âge de la patiente, de sa morphologie et de ses autres comorbidités. » 
Toutefois, un défi majeur dans l’utilisation des biomarqueurs persiste : « il faut désormais passer de la validité clinique à l’utilité clinique, déclare le Pr Jean-Yves Pierga, oncologue médical à l’Institut Curie et directeur du Centre d’Investigation Clinique 1428 (Inserm/Institut Curie). En d’autres termes, réussir à tirer profit des biomarqueurs circulants pour améliorer réellement la qualité de vie ou la durée de survie des patientes. » En effet, les études n’ont pour le moment pas pu prouver que la détection de la rechute tumorale améliore la survie des patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique par exemple. De fait, ces innovations technologiques restent à valider à grande échelle et ne sont pas encore appliquées en pratique courante. Ainsi, de nombreux tests basés sur les biomarqueurs circulants ne sont pas encore remboursés, et leur accès reste limité aux patientes incluses dans des essais cliniques. Leur prise en charge financière reste une étape incontournable pour intégrer pleinement ces avancées dans la lutte contre le cancer du sein en France.

Références :

D’après une conférence de presse de l’Institut Curie (24 septembre)

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il y a 4 mois
On ne parle que de dépistage, ce qui fait des "cas en plus" si on parlait de VRAIE prévention et pas dépistage précoce ? Rien qu'un beau taux de vitamine D3 ça aide... Et doucement avec le dépistage car d'après les études du Dr Daniel CORCOS (ex-INSERM) le protocole de mammographie permet de trouver 6 cancers/1000 personnes mais fabrique 4 cancers pour 1000 personnes ... Cherchez... vous trouverez. Et si on privilégiait déjà les échographies par rapport aux mammographies ?
 
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