Royaume-Uni : le vaccin de Pfizer/BioNTech déconseillé aux sujets à risque de réaction anaphylactique

09/12/2020 Par Marielle Ammouche
Infectiologie
Alors que s'ouvrait au Royaume-Uni la deuxième journée de vaccination des seniors, les autorités sanitaires britanniques ont déconseillé mercredi d'administrer le vaccin de Pfizer et BioNTech contre le Sars-CoV-2 aux personnes ayant eu dans le passé d'« importantes réactions allergiques », c’est-à-dire les sujets ayant un risque de réaction anaphylactique, quelle qu’en soit l’origine (vaccin, médicament, nourriture, …).

  Cette décision fait suite au signalement de réactions allergiques chez deux personnes présentant des antécédents connus d’allergie sévère. Elles présentaient en effet un risque de réaction anaphylactique qui les obligeait à avoir un stylo d’adrénaline sur elles en permanence. Ces deux personnes ont « mal réagi » au vaccin contre le Sas-CoV-2, a indiqué Stephen Powis, directeur médical du service national de santé (NHS) pour l'Angleterre. Mais, « les deux se remettent bien », a-t-il ajouté. Le Royaume-Uni a été le premier pays à autoriser ce vaccin et a commencé mardi une campagne massive de vaccination, dirigée pour l'instant vers les soignants et les personnes âgées. L'agence britannique du médicament, la MHRA, a émis une recommandation afin de ne pas vacciner « toute personne ayant un historique de réaction allergique importante à des vaccins, des médicaments ou de la nourriture (comme des réactions anaphylactiques ou ceux à qui il a été conseillé de porter un injecteur d'adrénaline) ». Quelque 800.000 doses de ce vaccin sur les 40 millions commandées par le gouvernement seront administrées dans un premier temps. Malgré la célérité à le mettre sur le marché, « nous n'avons pas rogné » sur la sûreté, avait assuré mardi le patron de Pfizer, Albert Bourla, au cours d'une table ronde virtuelle à Genève.

Le Royaume-Uni est le pays européen le plus endeuillé par la pandémie avec plus de 62 000 morts. La réussite de la vaccination s'annonce cruciale pour le gouvernement de Boris Johnson, très critiqué sur sa gestion de la pandémie et confronté à la colère de certains élus face aux restrictions imposées dans une grande partie du pays, avec un coût économique et social énorme. Interrogé par une commission parlementaire, le médecin-chef pour l'Angleterre, Chris Whitty, a estimé mercredi que « trois ou quatre vaccins » devraient être disponibles d'ici à mi-2021 au Royaume-Uni. Selon lui, il y aura « d'importants choix éthiques, politiques mais aussi cliniques » à faire pour déterminer qui y aura accès, après que les quelque 20 millions de personnes prioritaires, dont les soignants et les plus vulnérables, auront été vaccinées, ce que les autorités espèrent avoir réalisé d'ici au printemps. Devant la même commission, la directrice de la MHRA, June Raine, a indiqué que l'instance était en train d'évaluer « de manière intensive et avec une grande rigueur scientifique » le vaccin développé par AstraZeneca et l'université britannique d'Oxford. Ce dernier est devenu mardi le premier à voir ses résultats d'efficacité validés par la revue scientifique de référence The Lancet, qui confirme son efficacité à 70% en moyenne. En attendant, a estimé Chris Whitty, il est « prématuré » de lever les restrictions en place, qui impliquent la fermeture des pubs et restaurants dans certaines parties du pays ou l'interdiction pour différents foyers de se rencontrer à l'intérieur. « Nous n'aurons pas suffisamment de protection durant les trois prochains mois », particulièrement délicats en plein hiver, a-t-il déclaré, soulignant que la levée progressive des restrictions serait « une décision politique guidée par la science ».

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