@VILevi/stock.adobe.com
Lits rouverts, activité en hausse mais finances dans le rouge... Les hôpitaux publics font le bilan
L'AP-HP a réussi à rouvrir une partie des lits qu'elle avait dû fermer suite au Covid et à l'exode de professionnels de santé. Pour autant, la situation reste complexe sur le plan financier. Un constat partagé par la FHF au sujet des hôpitaux publics.
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Une information qui résonne comme une bonne nouvelle. L’AP-HP, qui représente 38 hôpitaux publics de la région parisienne, a rouvert la moitié des lits qu'elle avait été contrainte de fermer après la crise sanitaire, souligne l'AFP. Ainsi, ce sont près de 1000 lits qui ont rouvert depuis le point bas post-Covid, atteint en 2023. L'AP-HP doit en ouvrir autant pour retrouver une offre comparable à celle de 2019.
Dans le détail, l'AP-HP a déjà rouvert 800 lits en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO), stratégiques pour désencombrer les services d'urgence. "70 % des lits ont été rouverts" dans ce secteur, a souligné l'institution. Environ 300 lits ont été ouverts dans les services de médecine, ainsi que près de 100 lits de soins aigus spécifiquement pour les personnes âgées et 170 lits en pédiatrie.
D'ici 2030, l'AP-HP va continuer de rouvrir des lits, notamment en MCO où 350 lits supplémentaires sont attendus d'ici 2027, mais aussi en soins de longue durée (320) et en soins médicaux et réadaptation (175 par an).
Ces fermetures étaient notamment liées aux départs de nombreux soignants de l'hôpital, en particulier des infirmières, épuisées par la crise sanitaire, et lassées du manque de reconnaissance salariale. Pour contrecarrer ces départs, le Gouvernement avait proposé des revalorisations salariales dans le cadre du Ségur de la santé, et l'AP-HP de son côté a mis en place en 2023 un plan en 30 leviers pour restaurer son attractivité.
385 millions d’euros de déficit
Parmi les mesures mises en place par l’institution : les attributions de logements aux professionnels ont été doublées, passant de 600 en 2022 à plus de 1 200 par an depuis 2024, la création de 440 postes pour "redonner du temps aux soignants" ou enfin l'ouverture d'espaces de dialogue sur le travail", énumère l'AP-HP, via un communiqué.
Ces décisions ont produit leurs effets : l'AP-HP, qui avait perdu 12 % de ses effectifs infirmiers début 2023, soit plus de 2 200 professionnels en moins, "est en passe" de les avoir reconstitués, "et les aura dépassés dès l'été 2026", a indiqué l'institution. "Certains métiers restent en tension", avertit-elle également, comme les infirmières de bloc opératoire ou du secteur de l'imagerie "qui restent en difficulté dans plusieurs hôpitaux".
Et côté finances ? L'AP-HP reste déficitaire en 2025 de 385 millions d'euros, après une perte de 465 millions d'euros en 2024. En 2026, l'objectif est de réduire le déficit à 285 millions d'euros, avant un retour à l'équilibre en 2030, souligne Laetitia Buffet, directrice adjointe de l'AP-HP.
Selon l'analyse de l'AP-HP, confortée par un récent rapport de l'Igas, une partie du déficit actuel s'explique par la sous-compensation par l’État des mesures salariales (Ségur et autres) décidées après le Covid. Cette sous-compensation représente une charge d'environ 133 millions d'euros en 2025 pour l'AP-HP, précise Laetitia Buffet.
La santé économique a aussi été abordée mardi 17 mars lors d'une conférence de presse de la FHF, évoquant donc, cette fois-ci, l’activité de tous les hôpitaux publics. Ainsi, la situation financière de ces établissements reste "très préoccupante", selon la FHF : le déficit prévisionnel est estimé à 2,5 milliards d'euros dans les hôpitaux fin 2025, 2,7 milliards en incluant les Ehpad et autres activités médico-sociales, après 2,9 milliards au total en 2024, a indiqué Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF.
Cela alors que l'activité des hôpitaux publics est restée "extrêmement dynamique" en 2025, selon la Fédération hospitalière de France : le nombre de séjours hospitaliers a progressé de 4,7 %, après déjà 4,3 % en 2024. En deux ans, entre 2023 et 2025, en excluant l'obstétrique, le nombre de séjours en médecine et chirurgie a même "augmenté de près de 10 %", note la FHF. Le nombre de séjours annuels dans les établissements publics est passé de 13,4 millions en 2010 à 17 millions en 2024. Le nombre de séjours ambulatoires (sans nuitée) augmente particulièrement vite : + 19 % en deux ans, contre +3,3 % pour les hospitalisations avec hébergement.
Présidentielle 2027
La déléguée générale a constaté "une très légère amélioration globale liée notamment à l'impact de la hausse d'activité et aux revalorisations ciblées demandées et obtenues" l'année dernière sur certaines activités "sous-financées" (réanimation, médecine et chirurgie lourdes, pédiatrie, soins palliatifs).
La dégradation de la situation financière observée depuis 2020 "ne résulte pas de dysfonctionnements internes, mais de décisions nationales insuffisamment compensées", a poursuivi Zaynab Riet. Ainsi, a-t-elle rappelé, les récentes revalorisations salariales des soignants, décidées notamment à l'occasion du Ségur de la santé, n'ont "pas été totalement compensées" dans le budget des hôpitaux.
La FHF estime le sous-financement de récentes décisions politiques à "1,7 milliard d'euros en cumulé fin 2024 hors inflation". Elle estime par ailleurs le sous-financement de l'inflation à environ 1,3 milliard d'euros "pour la seule année 2024".
Elle a appelé les pouvoirs publics et candidats à la présidentielle 2027 à réfléchir à des "réformes structurelles" pour mieux organiser les soins sur le territoire et "une loi de programmation en santé", pour garantir le bon financement des besoins de santé à long terme.
[avec AFP]
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