Maison de santé

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"Beaucoup de vacances" et "peu de charge mentale" : comment cette petite commune a réussi à attirer 5 généralistes

5 généralistes, bientôt deux docteurs juniors, plusieurs infirmières, des jeunes pharmaciens, une dentiste… La petite commune rurale de Neuvy-Saint-Sépulchre (Indre) est une oasis médicale au cœur d'un immense désert. L'un des médecins, à l'origine de ce succès, confie à Egora les clés d'un modèle libéral qui fonctionne.  

01/09/2026 Par Sandy Bonin
Déserts médicaux
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Neuvy-Saint-Sépulchre, 1 800 habitants, situé à 2h30 en voiture de la fac de médecine de Tours, au sud de l'Indre, l'un des départements les plus désertifiés en médecins… A 28 ans, le Dr Christophe Ruiz, originaire de Nouvelle-Aquitaine, débarque dans la commune par hasard. "J'avais une amie qui remplaçait à Neuvy-Saint-Sépulchre, mais qui devait partir en mission pour Médecins sans frontières, j'ai donc fait le remplacement au pied levé", se souvient le généraliste, aujourd'hui âgé de 61 ans. En 1996, il s'associe avec un confrère de la commune et ensemble ils décident de créer une maison de santé sur leurs "propres fonds". "A ce moment-là, les maisons de santé n'existaient pas. On avait décidé de la faire un peu plus grande que pour nous deux. Mon modèle de l'époque c'était le National Health écossais, qui envisageait le travail en pluriprofessionnalité", se remémore le Dr Ruiz.  

Maître de stage universitaire et professeur associé au département de médecine générale de la fac de Tours, Christophe Ruiz attire les internes et les remplaçants au gré des rencontres. Deux nouveaux médecins rejoignent rapidement la maison de santé. "Nous n'avons eu de cesse de la remplir jusqu'à ce qu'elle devienne vraiment trop petite. C'était la 'Station Mir'. On s'était retrouvés à 4 médecins, 2 infirmières Asalée et 2 secrétaires dans 130 m2", s'amuse le généraliste. La décision est donc prise d'agrandir les lieux. 

"On en a parlé à la mairie qui nous a proposé de construire une MSP", retrace Christophe Ruiz. Les nouveaux locaux ouvrent en avril 2021. Quelques mois plus tard, un cinquième généraliste décide de s'y installer. "La première fois que j'ai découvert le cabinet c'était en stage de niveau 1. J'étais avec Christophe Ruiz. J'avais bien accroché avec l'équipe en place", se souvient le Dr Karim Benhamadi, 39 ans, dernier arrivé. Originaire de Narbonne et après des études à Montpellier, rien ne prédestinait le jeune généraliste à une installation dans la commune de l'Indre. "Ils m'avaient parlé de leur projet d'extension de la maison médicale et je me voyais bien travailler avec eux", confie le praticien qui décide donc de faire son internat à Tours. "Beaucoup de maisons médicales sont simplement regroupées pour mutualiser les charges. Ça n’est pas le cas ici. Ils avaient un fonctionnement un peu atypique, une salle d'attente commune, la possibilité de voir les patients des confrères indisponibles, j'ai trouvé le fonctionnement sympa", ajoute Karim Benhamadi.  

On a toujours pris beaucoup de vacances

"Nous partageons tous les mêmes valeurs, avec le souci de construire quelque chose ensemble. Les choses se sont faites naturellement. Ça n'a pas été si pensé que cela, cela s'est créé au fur et à mesure", analyse Christophe Ruiz.  

Visites à domicile, maîtrises de stage... Si rien n'est rendu obligatoire, les praticiens du cabinet partagent la même façon de voir le métier. "On adore notre spécialité, nous n'avons pas de lassitude par rapport au travail et c'est communiquant", constate le Dr Ruiz. "On donne une image lucide et réaliste des difficultés bien sûr, mais les jeunes voient notre passion", tempère le généraliste.  

Une passion qui ne les empêche pas de souffler. "On a toujours pris beaucoup de vacances. Pour ma part, c'est une semaine tous les deux mois, puis 4 à 5 semaines l'été. Nous avons des remplaçants réguliers qui font partie de l'équipe et qui sont, pour la plupart, des anciens internes", note le Dr Ruiz, qui insiste sur le modèle "purement libéral" de la MSP. 

Aujourd'hui la maison de santé compte 5 médecins et 11 collaborateurs : 2 infirmières de santé publique, 4 assistantes médicales, 2 IPA et 3 secrétaires. "Avec les internes nous sommes une vingtaine de personnes qui se coordonnent entre elles dans l'aile de médecine générale", calcule Christophe Ruiz.  

Une autre aile de la MSP regroupe kiné, infirmier, diététicienne et psychologue. "On a aussi intégré les associations d'auxiliaires de vie qui sont parties prenantes véritablement de la MSP. Elles n'hésitent pas à venir frapper à la porte des cabinets ou à prévenir une assistante médicale qu'un patient ne va pas très bien", se félicite le généraliste. Une jeune dentiste s'est également installée dans les anciens locaux de la maison de santé et deux jeunes pharmaciens de 28 ans ont repris l'officine du bourg. 

Si depuis son installation, "le travail n'a pas vraiment diminué en volume, au niveau de la charge mentale c'est complètement différent", constate le praticien qui n'a jamais été aussi épanoui dans le travail. Les médecins de la MSP acceptent de nouveaux patients et comptent une patientèle d'environ 2 300 personnes. "Le directeur de notre Caisse nous a dit que nous sommes le territoire de la région Centre où il y a le moins de patients sans médecin traitant. Ça nous a fait un plaisir énorme", sourit Christophe Ruiz.  

Seul bémol, les locaux sont devenus encore trop petits, d'autant que deux docteurs juniors vont prochainement faire leur arrivée, dont un qui a prévu de s'installer dans la MSP. "Nous avons besoin de 3 cabinets supplémentaires et une grande salle de réunion, la nôtre est devenue trop petite", s'amuse le praticien. Un projet d'extension est prévu pour l'année prochaine.  

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Thierry Wattelle

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