"Marché noir" des RDV médicaux : DoctoChrono, la plateforme qui révolte les médecins

10/04/2019 Par Aveline Marques
Ethique
L'alerte a été lancée vendredi dernier par le Dr Jérôme Marty sur Twitter. Moins d'une semaine plus tard, la société DoctoChrono annonçait une suspension de ses activités de "conciergerie" médicale : moyennant 30 à 40 euros de frais "d'organisation", la plateforme propose à des patients pressés de dénicher des rendez-vous médicaux en moins de 48 heures. Une plainte a à l'ordre va être déposée.

  "Passer une IRM ou un scanner dès demain ? Consulter un spécialiste rapidement ? Et sans perdre de temps au téléphone ou sur les sites de rendez-vous ? C’est possible !", promet la "conciergerie" DoctoChrono. Lancée en mai 2018, la société "organise en 1h un rendez-vous en priorité, proche de chez vous, dans les prochaines 48h", moyennant "30 à 40 euros". Une somme, due uniquement si le créneau trouvé est accepté, visant à rémunérer le temps passé par "les coordinateurs" à dénicher le rendez-vous tant convoité. Comment la plateforme DoctoChrono accomplit-elle cette prouesse, alors que, souligne-t-elle, "les délais s'allongent et se comptent en semaines" ? Grâce aux "liens" tissés avec des centres d'imagerie et des spécialistes, assure-t-elle, se défendant d'avoir une quelconque "relation commerciale ou financière avec les professionnels de santé". "Nous disposons, auprès de nombreux centres de santé, de contacts privilégiés qui nous aident à trouver des créneaux dans les plus brefs délais, parfois en « surbookant » un rendez-vous en urgence", explique la société sur son site.  "Il nous arrive également d’avoir recours aux agendas en ligne de certains spécialistes afin de trouver et réserver des rendez-vous. Il arrive en effet que des créneaux se libèrent en cas de désistements de dernière minute d’un patient", Une explication encore visible hier, mais qui n'est plus accessible aujourd'hui : dans l'intervalle, le site de la société a été complètement expurgé. "Dans l’attente de l’étude des allégations sur l’activité de notre société, nous suspendons l’ensemble des services qu’elle propose ainsi que le fonctionnement du présent site", précise désormais DoctoChrono* sur sa page d'accueil. Depuis le 4 avril, en effet, la société fait l'objet d'une véritable bronca de médecins sur Twitter... Tout est parti d'un tweet du Dr Jérôme Marty, président du syndicat UFML. Pour ce dernier, DoctoChrono alimente "un marché noir" de rendez-vous médicaux et ce faisant "marchandise le soin, le rend inégalitaire et ouvre à des dérives".

Pour ses détracteurs, DoctoChrono favorise l'émergence d'une médecine à deux vitesses.

DoctoChrono s'adresse avant tout aux patients qui ont "petites urgences médicales" : examens d'imagerie à réaliser, besoin de consulter rapidement un allergologue, un dermatologue ou encore un ophtalmologue. Mais, pour le cardiologue Florian Zorès, "le degré d'urgence n'est pas défini par le patient, mais par le médecin", s'agace-t-il sur Twitter. "A tous vouloir un rendez-vous demain, on engorge le système". L'UFML a annoncé son intention de déposer plainte auprès de l'Ordre. Le Dr Jacques Lucas a indiqué de son côté avoir transmis l'alerte aux services concernés du Cnom "pour une instruction plus approfondie".

En 2015, Yamaplace.fr, une autre plateforme de revente de rendez-vous médicaux avait polémique. Elle n'a plus donné signe de vie depuis.   *La société n'a pas donné suite à notre demande d'interview.

Faut-il restreindre les conditions d'accès au secteur 2?

Herve  Koskas

Herve Koskas

Non

Nous restons dans le gre à grè. L information doit etre claire: pas de surprise ; pas de dessous de table; c'est le but du S2 !. ... Lire plus

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