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Hôpital : "Assez de faire pleurer dans les chaumières sur le manque de personnel"

Médecin généraliste, ancienne ministre de la Santé sous le gouvernement Juppé, présidente de la Fédération nationale des établissements d'Hospitalisation à domicile (Fnehad), Elisabeth Hubert critique la politique tout hôpital, conduite depuis des années de France. Elle prône une révolution organisationnelle qui s'enrichirait des progrès de la science, tant en matière diagnostique que thérapeutique, et ferait la part belle à l'organisation ambulatoire.

 

Egora.fr: Vous portez un regard très critique sur la politique hospitalière conduite en France depuis de nombreuses années. Alors que les modes de prise en charge, les pathologies et les populations prises en charge ont changé, on continue de construire, rénover, agrandir des hôpitaux publics comme si rien n'avait évolué. Pour vous, on fait fausse route?

Dr Elisabeth Hubert: Oui. C'est la résultante de deux données très culturelles en France. On ne donne aux médecins en formation que les hôpitaux comme modèle, et nous sommes un pays très étatique, très centralisateur. Ces deux données ont fait que l'on ne s'approprie pas les vérités qui émergent, les progrès.

ll y a un certain nombre d'années, on hospitalisait, on examinait, on faisait les examens complémentaires des patients dans un lit. Or, les nouveaux modes de diagnostic, les nouveaux médicaments, la science tout simplement, ont complètement fait bouger les possibilités diagnostiques et thérapeutiques. Ces progrès ont été rapides, considérables, réalisés dans un temps relativement court et l'organisation n'a pas du tout suivi. Il n'y a qu'un exemple où les choses ont bougé, c'est dans l'univers de la prise en charge du sida. Lorsque cette maladie a émergé au début des années 80, on s'est assez vite rendu compte que les gens mouraient rapidement dans des conditions dramatiques psychologiques et physiques. On a très vite réagi en créant des unités dédiées dans les services de maladies infectieuses pour les malades du sida. Puis les trithérapies sont arrivées quelques années après. Et on s'est rendu compte aussi rapidement qu'on avait réussi à créer ces unités dédiées, qu'il allait falloir les arrêter. Car la chronicisation du sida faisait que les gens n'avaient plus besoin d'être hospitalisés. C'est le seul exemple que je connaisse d'une adaptabilité et d'une réactivité très importante à la fois au début, face à un mal qui émergeait, et à la fin vis-à-vis de thérapeutiques nouvelles qui permettaient d'organiser les choses tout à fait différemment.

En dehors de cela, on n'a jamais réussi à mettre dans la même concordance de temps l'organisation et l'innovation que constituaient ces thérapeutiques.

 

Mais ce constat d'exigence organisationnelle commence à être repris par les décideurs.

C'est vrai que depuis des années, nous sommes de plus en plus nombreux à penser, de tous bords politiques d'ailleurs, que l'innovation n'est pas seulement dans le matériel technique, mais aussi dans les aspects organisationnels. Néanmoins, on voit encore des professionnels du cancer défendre un modèle d'organisation qui n'a plus lieu d'être, pour des raisons financières. Je pense à la mobilisation autour de la circulaire tarifaire frontière, qui requalifie en consultations un certain nombre d'actes qui étaient de l'hospitalisation de jour. L'ambulatoire, un peu mieux organisé, mieux formé, peut permettre de rendre des services aux malades, mais on en est à défendre pour des raisons existentielles des modèles qui ne sont plus liés au progrès technique ni aux aspirations des gens. On a pu se tromper dans le passé, mais continuer aujourd'hui alors qu'on a fait le diagnostic, c'est grave.

 

Il y a une crainte vis-à-vis des personnels qui seront trop nombreux, des bâtiments désertés...

De manière générale, la réflexion s'enferme autour de la question du personnel. Qu'en faire ?

 

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