Mammographie

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Cancer du sein : pourquoi certains radiologues se détournent du dépistage organisé

En plein Octobre rose, les radiologues libéraux voient rouge : le Gouvernement veut rendre obligatoire leur participation au dépistage organisé du cancer du sein, jugée insuffisante. Opposée à cette mesure du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, la Fédération nationale des médecins radiologues appelle les pouvoirs publics à prendre en compte "la réalité économique" du dépistage, dont le tarif n'a pas été réévalué depuis plus de 20 ans.

13/10/2026 Par Aveline Marques
Cancer du sein Radiologie Cancérologie PLFSS 2027
Mammographie

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Une femme sur huit développe un cancer du sein au cours de sa vie. Alors que 61 000 nouveaux cas sont diagnostiqués et que plus de 12 000 décès sont déplorés chez les femmes chaque année, le taux de participation au dépistage organisé (DO) du cancer du sein ne cesse de chuter : seules 47.5% des femmes de 50 à 74 ans ont bénéficié d'une mammographie dans le cadre de ce programme en 2025, contre 52.3% en 2011. Bien loin des objectifs européens et nationaux, fixés à 70% de participation.

Pour relancer le DO du cancer du sein, le Gouvernement veut obliger les radiologues à participer au programme. L'article 29 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, en cours d'examen à l'Assemblée nationale, prévoit deux dispositifs alternatifs de sanction en cas de non-respect de cette obligation : le premier dans le cadre conventionnel, le second via les autorisations d'équipement matériel lourd (EML), dont la délivrance et le maintien par l'ARS seraient ainsi conditionnées à une participation suffisante des professionnels au dépistage. "Certains cabinets ou groupes de radiologie se sont un peu désengagés du DO du cancer du cancer du sein", déplore le cabinet de Stéphanie Rist, et ce, "alors qu'il y a plus de radiologues que par le passé". En cause, selon le ministère : l'impossibilité pour les radiologues de facturer des dépassements d'honoraires dans le cadre du DO, conformément au cahier des charges de la convention ad hoc signée par les professionnels participant*.

 

Des délais plus courts moyennant le paiement de dépassements d'honoraires

Un diagnostic posé par la Cnam dès 2024. Dans son rapport Charges et produits, la caisse soulignait la "préférence", dans certains territoires, des médecins radiologues pour la réalisation de dépistages individuels, pour lesquels les dépassements sont possibles. Plusieurs départements (Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Corse-du- Sud, Haute-Garonne, Paris, Var) présentent "à la fois une densité d’offre en radiologie élevée, un recours important aux mammographies de dépistage combinés à un faible taux de prise en charge au titre du DO", relevait ainsi l'Assurance maladie. En 2023, seules 26% des mammographies bilatérales réalisées à Paris ont été prises en charge dans le cadre du DO, contre 64% à l'échelle nationale et 82% dans l'Indre ou la Lozère.

 

Pour la Cnam, "l’augmentation progressive des mammographies en dépistage individuel est à mettre en lien avec les dépassements d’honoraires facturés ; en effet, sont régulièrement signalés des cas où les femmes peuvent accéder dans des délais bien plus courts à une mammographie de dépistage moyennant le paiement de dépassements d’honoraires". Le montant des dépassements augmente d'ailleurs d'année en année, "passant d’un montant équivalent à 9 % du montant des bases de remboursement par l’Assurance Maladie en 2014 à 16 % en 2023 et à 19 % en 2024". "En parallèle, il est constaté l’association de plus en plus fréquente d’une échographie mammaire faisant l’objet de dépassements d’honoraires", signale la caisse, plaidant pour une interdiction des dépassements sur ces actes.

"On est obligés d'arrêter les activités qui ne sont pas économiquement viables"

"L'Assurance maladie créé des problèmes et après s'étonne du résultat !', s'indigne le Dr Eric Chavigny, président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), joint par Egora. Le spécialiste reproche à la caisse de persister à "ignorer la réalité économique de la pratique du dépistage". Le tarif de la mammographie bilatérale, fixé à 66.42 euros, n'a pas évolué depuis 2004, année de lancement du programme de dépistage organisé, rappelle le président de la FNMR. "A l'époque, il n'y avait pas de mammographes numériques, il n'y avait pas de tomosynthèse, d'IA, de mammographes connectés… tout ça, ça coûte plus cher et c'est financé par les radiologues libéraux sur leurs fonds propres, qui viennent de l'activité. Si les montants ne sont pas à la hauteur, ça devient difficile à financer. Au bout d'un certain temps, on est obligés d'arrêter les activités qui ne sont pas économiquement viables", reconnaît-il.

Soucieux de continuer à participer au dépistage, des radiologues en secteur 2 ou Optam ont choisi de poursuivre en faisant des DI, afin de pouvoir facturer ce qu'Eric Chavigny qualifie de "compléments" d'honoraires nécessaires à l'équilibre économique de leur structure, qui "sont là simplement pour pallier le fait que l'Assurance maladie n'a pas pu suivre le rythme de l'inflation et de la pratique", fait-il valoir. Un problème concentré sur certaines régions "où les charges sont importantes", relève-t-il.

Mais les baisses de tarifs imposées au secteur de l'imagerie ne vont pas arranger la situation, pointe le président du syndicat. "Aujourd'hui, on voit des radiologues indépendants fermer les cabinets périphériques qui sont de plus en plus compliqués à maintenir sur le plan économique, pour recentrer l'activité sur les sites principaux qui sont saturés avec des délais d'attente qui augmentent. Au final, ça réduit l'offre de soins", déplore-t-il.

Cette "concurrence" des dépistages individuels** a aussi un impact sur la qualité des soins, alerte la Cour des comptes dans son rapport sur la prévention et la prise en charge du cancer du sein publié en janvier 2026. "Une mammographie réalisée lors d'un dépistage individuel ne prévoit pas de seconde lecture, qui peut repérer des anomalies non signalées initialement", relève-t-elle. Santé Publique France estime ainsi que 1500 cancers seraient détectés à la seconde lecture pour chaque campagne de dépistage. "Dans le cas d'un dépistage positif ou d'examens incomplets, le suivi médical des femmes dans le cadre du programme de dépistage organisé permet de relancer la personne concernée et son médecin", souligne encore le rapport. C'est la mission des centres régionaux de coordination du dépistage des cancers (CRCDC).

 

Considérant qu'il n'est "pas acceptable que des délais plus courts soient accessibles moyennant un dépassement d'honoraires, et donc en dehors du cadre du dépistage organisé", la Cour des comptes propose, à l'instar de la Cnam, l'interdiction des dépassements d'honoraires sur ces actes. Le rapport recommande également de "revoir le système actuel, qui repose sur le volontariat des centres et des radiologues", en rendant obligatoire la participation au dépistage organisé pour les centres d'imagerie souhaitant pratiquer l'imagerie sénologique. Une proposition reprise dans le PLFSS 2027 par le Gouvernement… qui envisage d'ores et déjà d'étendre ce mécanisme aux deux autres programmes nationaux de dépistage organisés des cancers (cancer colorectal et cancer du col de l'utérus) et de prévention, lorsque l'accès effectif de la population n'est pas suffisant.

Pour le DO du cancer du sein, l'exécutif espère parvenir à dépister 163 000 femmes supplémentaires en 2027 et augmenter le taux de participation de trois points pour atteindre 50.5%. La mesure est chiffrée à 10.8 millions d'euros – 12.6 millions d'euros si l'on inclut les échographies post-mammographies.

 

Permettre aux radiologues de coter une consultation en plus de la mammographie

Mais pour le président du syndicat des radiologues, cette obligation aura l'effet inverse : "Ce qui va se passer, c'est qu'on va avoir des radiologues qui arrêteront le dépistage, qui diront qu'ils n'ont plus la compétence", prévient Eric Chavigny. Plutôt que les contraindre, "on donne les moyens aux radiologues de faire ce dépistage comme il doit être fait, en leur permettant de coter une consultation avec la mammographie", appelle-t-il. C'est possible pour d'autres spécialités comme pour les rhumatologues, qui peuvent facturer une consultation avec une ostéodensitométrie", cite-t-il.

Attaché au programme de dépistage organisé du cancer du sein, que la FNMR a soutenu dès les années 90, le syndicat espère convaincre les parlementaires de renoncer à cette obligation de participation. "On portera des amendements en ce sens", promet son président.

 

*Elle impose également aux radiologues participant de suivre une formation spécifique et de réaliser au moins 500 mammographies par an.
**10.6% des femmes entre 50 et 74 ans, dans la tranche d'âge du DO, ont procédé à un dépistage individuel, chiffre une étude parue dans Cancer Epidemiology en décembre 2022, par la Cour des comptes.

Faut-il imposer à tous les généralistes libéraux d'être le médecin traitant d'au moins 500 patients ?

Pascale Debenest

Pascale Debenest

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J'ai choisi médecine libérale justement pour être libre d'organiser mes journées comme je l'entends . Je suis en campagne (bourg d... Lire plus

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