@S. Leitenberger/ Stock.adobe.com
Record d'appels au Samu, urgences saturées, plan blanc en Ile-de-France… La canicule plombe le système de santé
Alors que la sortie de l'épisode de canicule inédit que vit la France depuis plus d'une semaine est désormais imminente, le système de santé, lui, est toujours bel et bien en tension. Record d'appels au Samu d'Ille-et-Vilaine, urgences de l'hôpital Pompidou (AP-HP) saturées, décès à domicile, plan blanc déclenché en Ile-de-France… Egora fait le point.
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Alors que des dizaines de records de chaleur ont été battus ces derniers jours un peu partout en France, la situation devrait bientôt évoluer. Les températures devraient en effet descendre ce samedi ou dimanche dans une bonne partie du pays, après plus d'une semaine d'une canicule d'ampleur inédite qui a mis à mal le système de santé.
Hier, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclenché le niveau 3 du plan Orsan, "niveau le plus élevé de mobilisation sanitaire", pour permettre aux établissements de santé de tenir. Il permet, entre autres, de "renforcer les effectifs hospitaliers, notamment grâce à la mobilisation de la réserve sanitaire", mais aussi "la coordination entre les hôpitaux, la médecine de ville, les cliniques et le secteur médico-social".
Peu après ce déclenchement, les cliniques privées ont déclaré tendre la main à l'hôpital public. "L'hospitalisation privée, avec ses 130 services d'urgence, ses unités de médecine, de soins de suite, est pleinement mobilisée et peut l'être davantage" comme elle l'a fait pendant la pandémie de Covid, a déclaré à l'AFP Lamine Gharbi, le président de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP).
"On est sur le pont, mais on peut encore prendre plus de malades. Il ne faut pas que la régulation du 15 nous oublie. On peut aider. C'est une main tendue à l'hôpital public", a-t-il insisté, demandant toutefois à bénéficier d'une partie de l'aide de 100 millions d’euros débloquée par le Gouvernement "pour faire face aux besoins urgents de rafraîchissement des services hospitaliers". "On estime qu'on doit y être éligibles à hauteur de 35%, parce que nous représentons 35% de l'activité."
Pour le moment, dans les services d'urgences des cliniques privées, "il y a peu de tensions, quelques tensions locales, mais qui sont liées à des difficultés inhérentes à la vie des établissements", pas à un énorme surcroit d'activité, a précisé Lamine Gharbi.
Aux urgences de Pompidou, "le flux de patients ne baisse pas"
A l'hôpital public, la situation est bien plus critique, comme aux urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP). Depuis lundi, "le flux de patients ne baisse pas, il a beaucoup augmenté hier", a indiqué le patron des urgences du HEGP, le Pr Philippe Juvin, ce vendredi, sur BFMTV/RMC. "Les couloirs sont pleins" de patients "plutôt âgés", mais aussi de patients "de 50-60 ans", présentant "des hyperthermies très fortes".
Les capacités d'hospitalisation sont "saturées" voire "dépassées" avec 53 patients hospitalisés pour 20 lits habituellement, a-t-il poursuivi. "On essaie de les caser où on peut [dans les couloirs, sur des brancards…]. C'est une situation extrêmement grave", a-t-il averti, relevant que, si aucun décès n'a été constaté dans la nuit, "des patients sont dans un état très précaire".
Face à cet épisode caniculaire "exceptionnel", qui "confronte le système de soins à de multiples tensions, notamment au sein des Samu et des services d’urgences", l'ARS Ile-de-France a décidé ce vendredi de déclencher le plan blanc "à l'échelle régionale et dans tous les établissements de santé".
"Les Samu rapportent notamment une activité en forte hausse (de +61 % d'appels par rapport à la semaine dernière, +75 % par rapport à la même époque l'année dernière), principalement pour des malaises", indique l'ARS dans un communiqué de presse. Aux urgences, "les passages augmentent fortement chez les moins de 2 ans (+13% par rapport à la semaine dernière) et chez les plus de 75 ans (+47%)".
Une tension que l'on retrouve également en Ille-et-Vilaine, où le Samu a enregistré hier "2908 appels", un "record absolu". "C'est plus d'appels qu'au pic de la crise du Covid", a déclaré Matthieu Revest, infectiologue et directeur médical de crise au CHU de Rennes. "On sait très bien que le nombre d'appels au Samu est un élément précurseur. Ca précède un nombre de patients devant arriver aux urgences et puis un nombre de patients devant être hospitalisés."
"On voit des décès arriver"
Les autorités redoutent, à plus ou moins brève échéance, une surmortalité dans la population, les aggravations brutales de maladies chroniques pouvant mettre cinq à dix jours à survenir. Le Pr Philippe Juvin s'est également inquiété de possibles décès encore non recensés à domicile, estimant "probable" une hausse de la mortalité "pendant 2-3 jours minimum". Une crainte partagée par le cabinet de la ministre de la Santé, très "préoccupé par la survenue de décès à domicile sur l'ensemble du territoire".
"Je n'ai pas de chiffres consolidés du nombre de décès liés à la canicule, puisque vous savez que quand quelqu'un décède, il faut faire une analyse, une enquête pour savoir si c'est du fait de la canicule ou pas", a déclaré à la presse la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, ce vendredi, lors d'une visite d'un centre d'hébergement d'urgence à Paris avec le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou.
"Évidemment, on voit des décès arriver, on voit surtout une augmentation de l'activité aux urgences, une augmentation de l'activité aux Samu, chez les médecins de ville", a poursuivi la rhumatologue de profession.
Pour rappel, la canicule de 2003 avait tué quelque 15 000 personnes en France, principalement des personnes âgées.
[avec AFP et BFMTV/RMC]
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