"Madame la ministre, nous sommes maltraités" : le cri du cœur de 400 médecins hospitaliers | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

"Madame la ministre, nous sommes maltraités" : le cri du cœur de 400 médecins hospitaliers

que vous vous inscrivez dans la continuité de votre prédécesseur en accélérant les GHT donc les fermetures de structures et en annonçant un taux directeur à 2.1 qui oblige les établissements de santé à supprimer de nouveaux postes de dépense. Avec un taux à 2.6, les établissements sont déjà en difficulté ; un taux à 2.1 annonce donc une aggravation de la situation comme l’expliquent de nombreux directeurs d’hôpitaux.

Même la Fédération Hospitalière de France réclame un moratoire sur ce taux directeur.

L’heure est grave et les conséquences sur la santé publique sont imputables à ces modes d’organisation. C’est pourquoi nous demandons à vous rencontrer dans les plus brefs délais.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de recevoir, Madame la Ministre, l’expression de nos salutations respectueuses.

 

 

Trois questions au Dr Hala Rachidi-Koussa, chef du service endocrinologie-néphrologie au CH de Bourgoin-Jallieu, signataire de la lettre

Egora.fr : Quelle a été l'étincelle à l'origine de cette lettre ouverte de 400 médecins ?

Dr Rachidi-Joussa : Ce sont nos confrères du CH du Vinatier qui sont à l'origine de cette lettre. Dans tous les hôpitaux et établissements spécialisés qui ont signé cette lettre, on rencontrait les mêmes difficultés, dues aux répercussions des lois de santé : "restructurations", "optimisation"… Toutes ont un impact au quotidien sur la prise en charge médicale, sur la pression subie par les professionnels. A cela s'ajoute l'absence de contre-pouvoir à l'administratif depuis la loi HPST de 2009.

La lettre dénonce "un management destructeur". Avez-vous un exemple concret ?

Moi j'ai vécu une expérience très difficile. J'ai été confrontée à la maltraitance de la direction. Dans mon hôpital, un établissement de 360 lits, il y a eu des situations d'intimidation, voire d'humiliations. Plusieurs médecins ont démissionné. D'autres sont en arrêt, comme moi depuis 9 mois. J'ai été agressée verbalement en réunion, devant des témoins. On m'a fait des reproches infondés, voire hors sujet, auxquels je ne pouvais même pas pu répondre. Cette agression a été reconnue comme un accident du travail. J'ai 55 ans et je n'ai jamais été en arrêt de travail de ma vie, je n'ai jamais fait de dépression, j'ai monté un service qui n'existait pas… J'ai découvert cette lettre alors que j'étais en train de me reconstruire. Ça m'a fait rebondir. J'ai trouvé du sens à mon histoire, ce n'est pas une histoire personnelle.

Ce n'est pas propre à ma direction. C'est toutes les directions, qui subissent aussi des pressions des tutelles au-dessus, les ARS et le ministère de la Santé. Le leitmotiv, c'est le redressement du déficit budgétaire. Certains directeurs font cela avec tact, d'autres vont trop loin et mettent les professionnels de santé en état de souffrance. Ce sont des techniques de management qui sont contraires à nos valeurs.

Et ce qui se passe, c'est que les décisions sont prises sans concertation.

Les signataires demandent à ce que la commission médicale d'établissement (CME) retrouve son pouvoir décisionnaire. Les médecins n'ont-ils plus leur mot à dire à l'hôpital ?

Non, ni la CME, ni les chefs de pôle, qui sont nommés par le directeur. Mon chef de pôle me l'a dit texto: il ne peut pas aller contre le directeur, puisqu'il a été nommé par lui. Ce qu'on demande en tout premier, c'est que la CME retrouve ses prérogatives au sein de l'établissement, qu'elle puisse contribuer au projet de l'hôpital et aux décisions prises.

 

Pour signer la lettre:
lettreouverteammebuzyn@gmail.com
En précisant vos noms, prénom, qualité (Dr, Pr), spécialité, établissement d'exercice, rôle dans l'institution (PCME...).

6 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…