Une pédiatre condamnée pour le décès d'une fillette

16/12/2020 Par Marion Jort
Faits divers / Justice

Une pédiatre de l'hôpital de Cambrai (Nord) a été condamnée mardi 15 décembre à 18 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire, après la mort en 2016 d'une fillette de trois ans dans son service.  Les faits remontent au mois de mars 2016. Dans la nuit du 8 au 9, une fillette de trois ans est conduite en ambulance à l’hôpital de Cambrai aux alentours de 1h30 pour des vomissements et des douleurs abdominales. Retrouvée en arrêt cardiaque vers 08H30, elle est décédée malgré une heure de réanimation. Cette nuit-là, contrairement au protocole, l'infirmière d'accueil et d'orientation ne mesure pas les constantes à son arrivée, prétextant que la fillette a peur. Elle part donc en pédiatrie, sans voir de médecin urgentiste. A cette époque, deux pédiatres se relaient pour les astreintes de nuit, à leur domicile, contre quatre théoriques. Inquiète de l'état de la petite fille, une interne de médecine générale appelle malgré tout la pédiatre senior d'astreinte, qui la renvoie vers le chirurgien d'astreinte, qui raccroche, considérant que si la pédiatre ne s'est pas déplacée, il n'a pas à intervenir. Rappelée, la pédiatre arrive finalement vers 03H45, ausculte l'enfant et appelle le radiologue d'astreinte, qui ne se déplace pas. A défaut de scanner, des radios sont réalisées. La pédiatre repart chez elle vers 04H30, et demande de poursuivre la surveillance.

Selon les trois expertises médicales ordonnées, la petite fille serait morte d'un état de choc, d'un mégacôlon toxique ou d'un volvulus du grêle. Les hypothèses n'ont pas pu être vérifiées, la famille ayant refusé l'autopsie. "Pour moi, elle n'allait pas mourir. Elle est en soins continus, avec un scop", s'était effondrée la prévenue à l'audience, en larmes. Reconnaissant une "erreur de diagnostic", l'avocate de la défense, Brigitte Karila, avait insisté sur les "conditions défectueuses" et l'absence de travail d'équipe à l'hôpital.  Le ministère public avait lui considéré que la docteure avait "involontairement causé la mort en ne prenant pas les mesures qui auraient pu éviter le décès". Saisi par la famille, le tribunal administratif de Lille a condamné en 2019 le centre hospitalier à des dommages-intérêts. La pédiatre a, elle, été condamnée mardi 15 décembre à 18 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire. Depuis ce drame, les spécialistes font leur astreinte à l'hôpital.   [avec AFP] 

Faut-il réformer l'Ordre des médecins ?

MICHEL BANVILLET

MICHEL BANVILLET

Oui

À notre époque, la notion d'éthique a disparue de notre société. Faire confiance a des pairs, c'est favoriser les petits arrangeme... Lire plus

6 débatteurs en ligne6 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Décryptage Déontologie
Dépassements d’honoraires des médecins : "le tact et la mesure" à l’épreuve des abus
05/02/2026
29
Insolite
Pas d'adresse ni de téléphone... A Angers, ce cabinet qui accueille les patients sans médecin traitant est un...
22/01/2026
7
Concours pluripro
Maisons de santé
Arrêt brutal d'une expérimentation finançant 26 maisons et centres de santé qui luttent contre les inégalités...
04/02/2026
2
Enquête
"Ne plus en faire, c'est un deuil" : pourquoi les médecins renoncent aux visites à domicile
14/01/2026
31
Histoire
"Mort sur table" : retour sur l'affaire des "médecins de Poitiers", qui a divisé le monde hospitalier
15/12/2025
7
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2