Protéomique urinaire et spironolactone pour assurer une détection précoce de la néphropathie diabétique et retarder sa progression

01/04/2020 Par Pr Philippe Chanson
Diabétologie Endocrinologie-Métabolisme
La microalbuminurie est un signe précoce de la néphropathie chez les diabétiques et est un marqueur de risque de pathologie cardiovasculaire. Le score CKD273, basé sur une analyse protéomique des urines chez les patients ayant une insuffisance rénale de causes diverses est, selon plusieurs études, associé au développement d’une microalbuminurie.

  Ce biomarqueur urinaire, composé de 273 peptides, est robuste et semble prédire avant même l’apparition de la microalbuminurie ou la diminution du taux de filtration glomérulaire, le risque de développer une néphropathie diabétique et de progresser vers l’albuminurie. Toutefois toutes ces données dérivent d’analyses rétrospectives, ce qui a amené une équipe internationale à mettre en place une étude prospective, multicentrique, chez des patients diabétiques de type 2 ayant une excrétion normale d’albumine et une fonction rénale préservée.  Tous les participants ont été testés avec le score CKD273 et classés soit « à haut risque » (score > 0.154), soit « à bas risque » (score < 0.154). Les participants classés « à haut risque » sont ensuite entrés dans un essai randomisé, contrôlé, et ont été assignés de manière randomisée à recevoir soit de la spironolactone 25 mg, 1 fois par jour, soit un placebo.  Entre 2014 et 2018, 1 775 participants ont été enrôlés et suivis dans l’étude observationnelle dont 1 559 (88 %) avaient un score protéomique urinaire « à bas risque » et 216 (12 %) avaient un score « à haut risque ». 209 de ces 216 patients ont été inclus dans l’essai clinique avec la spironolactone et ont reçu pour 102 de la spironolactone et pour 107 du placebo. Le suivi médian était de 2.51 années (intervalle interquartile = 2.0 – 3.0). La progression vers la microalbuminurie a été observée chez 61 (28 %) des 216 participants considérés comme « à haut risque » » et chez 139 (9 %) des 1 559 participants considérés « à bas risque » (hazard ratio = 2.48 ; IC 95 % = 1.8 – 3.42, p < 0.0001), après ajustement pour l’âge, le sexe, l’HbA1c, la pression artérielle systolique, la présence d’une rétinopathie, le rapport albumine/créatinine et le taux de filtration glomérulaire. Le développement d’une altération de la fonction rénale (DFG < 60 ml/min/1.73 m2) a été observé chez 48 (26 %) des 184 participants à haut risque et chez 119 (8 %) des participants classés à bas risque (HR = 3.5 ; 2.5 – 4.9 après ajustement). Une diminution de 30 % du taux de filtration glomérulaire à partir de la valeur basale a été observée chez 42 (19 %) des 216 participants à haut risque et chez 62 (4 %) des 1 559 participants à bas risque (HR = 5.15 ; 3.41 – 7.76, p < 0.0001 après ajustement). Dans l’essai clinique, en intention de traiter, le développement de la microalbuminurie a été observé chez 35 (33 %) des 107 patients du groupe placebo et chez 26 (25 %) des 102 patients du groupe spironolactone (HR = 0.81 ; 0.49 – 1.34, p = 0.41). Dans l’analyse de tolérance, la kaliémie > 5.5 mmol était observée chez 13 (13 %) des 102 participants du groupe spironolactone et chez 4 (4 %) des 107 participants du groupe placebo. Une gynécomastie était observée chez 3 (3 %) des participants du groupe spironolactone et chez aucun des patients du groupe placebo. Un patient est décédé dans le groupe placebo du fait d’un événement cardiovasculaire et un patient dans le groupe spironolactone du fait d’un cancer.  En conclusion, chez les patients diabétiques de type 2 avec une normoalbuminurie, un score à haut risque obtenu à partir du score de protéomique urinaire CKD273 est associé à une augmentation du risque de progression vers la microalbuminurie sur une médiane de 2.5 années, indépendamment des caractéristiques cliniques. Toutefois le traitement par spironolactone ne prévient pas la progression vers la microalbuminurie chez ces patients à haut risque.   

Faut-il diminuer le remboursement par l'Assurance maladie des médicaments à SMR faible ou modéré?

PETIT BOBO

PETIT BOBO

Non

Supprimer le remboursement des spécialités à SMR faible est une fausse bonne idée. D'une part parce que le coût pour la sécu est... Lire plus

3 débatteurs en ligne3 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

"Le père est une personne à part entière dans la grossesse" : une consultation dédiée encore méconnue par les...
29/07/2026
8
Urgences
Urgences en plein vol ou dans le train : pourquoi des médecins hésitent parfois à répondre à l'appel
13/07/2026
55
Enquête Déontologie
ENQUÊTE. "Certains patients veulent se payer un médecin" : ces plaintes abusives qui embolisent la justice...
15/06/2026
26
"Un médecin n'est jamais en retard : l'heure de convocation n'est pas l'heure de début de la consultation"
21/07/2026
0
Internat
"Il y a un suicide tous les 18 jours" : à bout, les internes désertent leurs stages pour défendre leurs droits
28/04/2023
2
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3