Des données pour mieux identifier les jeunes adultes les plus à risque de développer une obésité

21/09/2021 Par Pr Philippe Chanson
Endocrinologie-Métabolisme

Les politiques de prévention de l’obésité chez l’adulte ont des succès limités et la prévalence élevée de l’obésité va continuer à augmenter au cours des prochaines années. Il est donc indispensable de mieux cibler les sujets qui sont à risque de développer une obésité afin de développer des politiques de prévention adaptées à ces populations. Pour cela, il faut mieux identifier les groupes de population qui ont les risques les plus élevés de prise de poids. Or on connaît mal l’importance relative de l’âge, du sexe, de l’origine ethnique, de la région géographique et du degré du niveau social sur la prise de poids. Afin d’identifier les groupes à haut risque de prise de poids, une équipe anglaise a donc utilisé les données d’une étude de cohorte de population longitudinale et analysé des données de dossiers électroniques de santé issues de 400 cabinets de médecine générale en Angleterre. Les participants avaient de 18 à 74 ans, étaient enregistrés dans une structure de médecine générale et avaient un IMC ou un poids enregistré entre 1998 et 2016. Les variations longitudinales de l’IMC sur 1, 5 et 10 ans ont été calculées et les risques absolus et relatifs de passage d’une catégorie d’IMC à une autre ont été analysés. 2 092 260 sujets éligibles qui avaient plus de 9 millions de mesures de l’IMC ont été inclus dans l’analyse. Les jeunes adultes avaient le risque le plus élevé de prise de poids à 1, 5 et 10 ans de suivi. En comparaison aux groupes plus âgés (65 – 74 ans), les adultes du groupe d’âge le plus jeune (18 – 24 ans) avaient l’odds ratio le plus élevé (4.22 ; IC 95 % = 3.86 – 4.62) et le risque absolu le plus élevé (37 % vs 24 %) de passer d’un poids normal à un surpoids ou une obésité 10 ans plus tard. De la même façon, les adultes du groupe d’âge le plus jeune, en surpoids ou obèses au début de l’étude, étaient aussi à risque le plus élevé de passer dans une catégorie d’IMC supérieure : l’odds ratio est de 4.6 (4.06 – 5.22) et le risque absolu de 42 % vs 18 % de passer d’un surpoids à une obésité de classe 1 ou de classe 2 et l’odds ratio était de 5.87 (5.23 – 6.59) et le risque absolu (22 % vs 5 %) de passer d’une obésité de classe 1 ou de classe 2 à une obésité de classe 3. Les autres facteurs démographiques étaient, de manière constante, moins fortement associés à ces transitions. Par exemple, l’odds ratio du passage d’un poids normal à un surpoids ou une obésité chez les sujets vivant dans les zones les plus socialement défavorisées en comparaison des zones les moins défavorisées était de 1.23 (1.18 – 1.27) chez les hommes en comparaison des femmes où il était de 1.12 (1.08 – 1.16) et chez les Noirs en comparaison des Blancs où il était de 1.13 (1.04 – 1.24). Les auteurs fournissent un calculateur de risque online en accès ouvert et des tableaux de risque d’obésité sur des périodes de suivi de 1, 5 et 10 ans. Il est donc absolument indispensable, en termes de politique de prévention de l’obésité, de se focaliser sur les sujets qui ont le risque le plus élevé de prise de poids, en particulier les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans, pour proposer une prévention au niveau individuel et au niveau des populations de l’obésité et de ses conséquences pour la santé.

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