@Maria Vitkovska/stock.adobe.com
"Il faut recruter massivement pour tous les niveaux" : la hausse du nombre d'étudiants en médecine met les MSU sous pression
Alors que les promotions d’étudiants en médecine continuent de grossir et que de nombreux médecins approchent de la retraite, les facultés doivent recruter toujours plus de maîtres de stage universitaires (MSU) pour accueillir les carabins sur le terrain. Si la mise en place de la quatrième année d'internat de médecine générale a permis d’augmenter significativement leur nombre, plusieurs acteurs alertent sur les tensions à venir.
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"On n’est pas en surchauffe de lieux de stage ! On est en très grande difficulté." Lors d’une table ronde consacrée à la quatrième année d'internat de médecine générale, organisée par Egora durant les Journées nationales de la médecine générale (JNMG), fin septembre, la Dre Julie Chastang, maîtresse de stage universitaire (MSU) installée à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), a lancé l’alerte. En Île-de-France, 100 % des internes ont finalement pu être placés en stage, se félicite-t-elle. Mais cette réussite ne doit pas masquer les difficultés rencontrées pour y parvenir. "Les promos ne font qu'augmenter. On est passés de 90 à 130 internes à la rentrée. Vu la démographie médicale vieillissante, on ne pourra pas continuer éternellement si les DJ ne s'installent pas !", a insisté la généraliste.
Car la quatrième année du diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine générale n’est qu’une partie du problème. Derrière les docteurs juniors (DJ) qui doivent, pour la grande majorité, effectuer leur dernière année d’internat en ambulatoire, se cache une hausse importante du nombre d’étudiants à former. Externes, internes de première et deuxième années : tous auront besoin de terrains de stage et d’un encadrement adapté. Avec un enjeu de taille : disposer d'un nombre suffisant de MSU pour les accueillir.
À ce stade, les chiffres témoignent d’un effort de recrutement important. Le nombre de MSU est passé de 13 908 en 2024 à 15 636 en 2026, soit une hausse d’environ 12 % en deux ans, selon le Collège national de médecine générale (CNGE). Le Pr Olivier Saint-Lary, président de l’institution, rappelle qu’au lancement de la quatrième année, un peu plus de 12 000 MSU étaient recensés. Ils sont désormais plus de 15 000. "La progression a été très significative, souligne-t-il. Les départements universitaires de médecine générale (DUMG) et les collèges se mobilisent pleinement pour poursuivre le recrutement !"
Cette mobilisation répond à des besoins de formation croissants. Selon la Cour des comptes, la médecine générale représentait plus de 40 % des effectifs recrutés à l’internat en 2025, avec 3 550 internes sur une promotion de 8 738. Toutes spécialités confondues, le troisième cycle comptait un peu plus de 39 000 internes.
Il faut rester vigilant et continuer à recruter
Pas question donc de relâcher les efforts. "Il faut recruter massivement pour tous les niveaux, pour les SN1 [stages ambulatoires de niveau 1, NDLR] et les Saspas", insiste le généraliste enseignant. Les étudiants qui arrivent aujourd’hui en première année d’internat passeront bientôt en deuxième, puis en troisième et enfin, en quatrième année. À cela s’ajoutent les externes, qui doivent eux aussi être accueillis en médecine générale, avec un stage obligatoire en quatrième année et un autre en sixième année pour ceux qui souhaitent s’orienter vers cette spécialité.
Au total, la France compterait près de 35 000 externes en quatrième, cinquième et sixième années, dont 11 600 en sixième année, selon l’estimation de Thibault Patey, président de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf). Face à l’augmentation des effectifs, trouver suffisamment d'encadrants représente un véritable défi pour les facultés. L’arrivée des DJ de médecine générale en quatrième année pourrait aussi réduire les places disponibles pour les externes. "C’était l'une de nos craintes déjà l’année dernière", confie Thibault Patey, qui souligne toutefois le manque de chiffres pour mesurer avec certitude ce risque.
Les besoins en terrains de stage vont donc continuer à augmenter. "Il faut rester vigilant et continuer à recruter", abonde la Pre Isabelle Laffont, à la tête de la Conférence des doyennes et des doyens de médecine. Elle pointe la hausse du nombre d’étudiants "mais aussi les nombreux départs à la retraite à venir des médecins nés dans les années 1960, issus de la génération des boomers".
Un calendrier sous tension
À plus court terme, l’enjeu est aussi de trouver des terrains de stage pour les internes de médecine générale de la promotion 2023 qui comptait initialement 3 848 inscrits. Quelque 2 535 docteurs juniors doivent débuter leur stage en novembre, tandis que 500 à 600 autres carabins - issus de cette même promotion - ne le commenceront qu’en mai 2027, après un décalage de six mois de leur parcours, selon les chiffres du CNGE. Le Gouvernement a, lui, annoncé que près de 3 000 DJ devraient faire leur rentrée en novembre, suivis par 591 autres en mai prochain.
"Ce sont tous ces étudiants qui ont choisi de prendre une disponibilité, de manière plus ou moins forcée, en décalant de six mois le début de leur stage de DJ", pointe Caroline Barichon, présidente de l’Isnar-IMG, le syndicat des internes de médecine générale. "Est-ce qu’on aura, dans six mois, suffisamment de maîtres de stage pour leur trouver un lieu d’accueil ?", s’interroge-t-elle. "Est-ce que les MSU resteront mobilisés ? Est-ce que certains ne vont pas préférer arrêter parce que ce n'est pas rentable ? Seront-ils payés à temps ? Comment la procédure d’appariement va se passer ? Là aussi on peut se poser des questions", soulève l’interne.
D’autant plus que dans certains territoires, les difficultés à trouver des MSU sont déjà bien marquées. À La Réunion, où le manque de terrains de stage est criant, Pierre*, interne de médecine générale en disponibilité entre sa troisième et sa quatrième année, a vu son projet de stage libre remis en cause. "J’avais contacté début mai un MSU qui m’avait donné son accord pour m’accueillir début novembre pour mon stage libre. En août, lorsque je l’ai relancé pour confirmer le stage, il m’a répondu que c’était bon, avant de m’envoyer un second mail quelques heures plus tard : il venait de réaliser qu’il s’était également engagé à accueillir un docteur junior et qu’il ne pouvait pas prendre les deux", raconte-t-il.
L’interne, aidé par son responsable de DES, a alors multiplié les démarches pour trouver une solution de dernière minute. "Nous avons passé des journées à appeler d’autres terrains de stage mais il n'y avait plus rien, c’était très stressant." Après plusieurs semaines de recherches et de refus, il obtient finalement un stage fragmenté, réparti entre plusieurs terrains. Une solution qui lui convient mais au prix de nombreuses démarches et d’une période de forte incertitude. "Je me suis senti démuni et seul", confie-t-il, encore un peu désabusé.
Une situation qui illustre aussi le travail d’organisation considérable auquel sont confrontés les DUMG, chargés de placer un nombre toujours plus important d’étudiants en stage. "Il faut appeler les maisons de santé et les cabinets, vérifier leurs conditions d’accueil et la possibilité de recevoir un interne, voire un externe sur la même période", souligne Isabelle Laffont. Elle décrit un véritable "Tetris des stages", un travail particulièrement chronophage qui nécessiterait, selon elle, des moyens supplémentaires. "Les départements font un travail de fourmi pour accompagner la territorialisation de la formation. Toute cette machinerie justifierait le recrutement de personnels administratifs et de scolarité supplémentaires."
Olivier Saint-Lary dresse le même constat. "Certaines facultés sont sur le point d'exploser", alerte-t-il. Si la création de postes d’enseignants titulaires et associés en médecine générale a accompagné la mise en place de la quatrième année, conformément aux engagements du Gouvernement, le renfort administratif promis se fait toujours attendre. "On nous avait promis un soutien administratif dans les facultés avec notamment la création de postes de secrétariat mais pour l’instant ces postes n’ont pas été financés", déplore le président du CNGE.
Donner envie aux jeunes générations
Le manque de MSU est-il pour autant inévitable ? Les responsables interrogés se gardent de tirer des conclusions hâtives. Achille Cassiot, président de l’Insi (Intersyndicale nationale des internes de médecine), estime ne pas disposer de chiffres suffisamment consolidés pour parler d’une pénurie imminente. "Difficile de l’affirmer à 100 %, il faudra voir sur la durée", glisse-t-il.
Mais si la vigilance reste de mise, la dynamique de recrutement offre de bonnes raisons d’espérer. Pour l’interne d'anesthésie-réanimation, la transmission reste une valeur forte chez les médecins. "Dans notre communauté, on est très attachés à transmettre le savoir", souligne-t-il. Encore faut-il que cette mission ne soit pas vécue comme une contrainte supplémentaire. "Il faut réussir à accompagner les médecins en facilitant l’accès à la formation mais je connais de nombreuses personnes autour de moi qui seraient intéressées", insiste-t-il.
D’ailleurs, un signe encourageant se dessine du côté des jeunes praticiens. "Pour novembre, on a recruté pas mal de jeunes médecins généralistes installés, observe la Pre Laffont. Comme on dit, ils rendent à la fac ce qu’on leur a donné en acceptant d’être maîtres de stage et d’accueillir, à leur tour, des internes et des externes." Si la praticienne ne dispose pas de chiffre précis, elle assure que "la dynamique est très bonne", tout en appelant à rester vigilant face à l’augmentation des besoins.
*Son prénom a été modifié
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