Bouffées de chaleur chez l’homme hypogonadique : c’est le déficit en estradiol qui est en cause

17/10/2016 Par Pr Philippe Chanson

Les bouffées de chaleur sont bien connues au cours de la ménopause et rapportées chez 75% des femmes ménopausées. Les bouffées de chaleur surviennent également chez les hommes ayant un hypogonadisme sévère. Ainsi, 70% des hommes qui ont une castration médicamenteuse pour cancer de la prostate rapportent des bouffées de chaleur. Ces bouffées de chaleur peuvent altérer de manière importante la qualité de vie et on connaît mal leurs mécanismes physiopathologiques.  Afin de déterminer les contributions aux bouffées de chaleur du déficit en testostérone et du déficit en estradiol chez les hommes ayant un hypogonadisme, deux essais randomisés ont été conduits de manière séquentielle : les hommes, âgés de 20 à 50 ans et dont le taux de testostérone était normal ont reçu pour la première cohorte un agoniste de GnRH toutes les 4 semaines afin de supprimer totalement les stéroïdes gonadiques puis ont été randomisés à recevoir soit du placebo, soit de la testostérone (à la dose de 1.25, 2.5, 5 ou 10 g de gel de testostérone chaque jour pendant 16 jours) et pour la seconde cohorte, ont reçu le même type de traitement, c’est-à-dire agoniste de GnRH puis testostérone mais auquel était ajouté de l’anastrozole, un inhibiteur de l’aromatase afin de bloquer l’aromatisation de la testostérone en estradiol. Des témoins recevaient du placebo pour l’acétate de goséréline, l’agoniste de GnRH et la testostérone. Les bouffées de chaleur ont été rapportées à 20 % des visites dans la cohorte n°1 et à 35 % des visites dans la cohorte n°2, ce qui confirme donc bien l’effet du déficit en estradiol. Lorsque les niveaux d’estradiol étaient comparés à l’intérieur de la 1ère cohorte qui ne recevait pas l’inhibiteur de l’aromatase, les différences les plus importantes en termes d’incidence des bouffées de chaleur étaient observées entre les groupes ayant une concentration de 5 à 9.9 pg/l et le groupe ayant de 10 à 14.9 pg/l (38 % versus 16 %, p < 0.001). Dans la 2e cohorte, le groupe recevant 10 g de testostérone était significativement différent du placebo (16 % versus 43 %, p = 0.048) après ajustement pour les différences en fonction des concentrations d’estradiol, ce qui indiquait que des concentrations élevées de testostérone étaient capables d’inhiber les bouffées de chaleur. En conclusion, c’est donc bien le déficit en estradiol qui est le médiateur clé des bouffées de chaleur chez les hommes hypogonadiques. A concentration élevée, la testostérone pourrait avoir un effet suppressif sur les bouffées de chaleur. 

 
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