Avocat

Affaire Péchier : "On a fabriqué un coupable" avec "acharnement", plaide son avocat

L'avocat du Dr Frédéric Péchier, accusé de 30 empoisonnements de patients dont 12 mortels, a déroulé ce lundi 15 décembre sa plaidoirie devant la cour d'assises du Doubs, à Besançon. 

15/12/2025 Par Angela Schnaebele, AFP
Faits divers / Justice
Avocat

Avec le Dr Frédéric Péchier, "on a fabriqué un coupable" avec "acharnement" : après le rouleau compresseur de l'accusation, qui a requis la perpétuité contre Frédéric Péchier, la défense de l'anesthésiste de Besançon a déroulé ses arguments ce lundi pour instiller le doute et arracher l'acquittement. Pour condamner l'anesthésiste de 53 ans, poursuivi pour l'empoisonnement de 30 patients au bloc opératoire - dont 12 sont morts - "il faut des preuves", a martelé devant la cour d'assises du Doubs, Me Randall Schwerdorffer, qui plaide seul pour tenter de démontrer l'innocence de son client.

Or, dans ce dossier, l'accusation "est venue soutenir qu'il y a des éléments de preuves accablants, alors que c'est le néant de la preuve", a-t-il insisté, évoquant certains cas où l'implication de son client "ne repose que sur sa présence" à proximité des arrêts cardiaques suspects.

Certes, "il y a bien un empoisonneur à la clinique Saint-Vincent" mais ce n'est pas Frédéric Péchier, a soutenu l'avocat. "On n'est pas là pour préjuger quelqu'un, on est là pour le juger", a-t-il insisté, appelant les six jurés populaires et les trois magistrats professionnels à l'"impartialité".

La question qu'ils doivent trancher "n'est pas : 'est-ce que Frédéric Péchier nous plaît, ne nous plaît pas, est-ce qu'il pleure ou ne pleure pas'", a souligné le pénaliste, en référence au manque d'empathie qui a été reproché à son client.

Me Schwerdorffer a établi un parallèle entre Frédéric Péchier et Patrick Dils, qui a passé 15 ans de détention pour les meurtres de deux enfants commis en 1986 près de Metz, avant d'être acquitté en appel. Comme dans l'affaire Dils, à la clinique Saint-Vincent de Besançon, "il fallait que ça aille vite" pour "arrêter l'hécatombe", a-t-il retracé. Dès le début de l'enquête en mars 2017, les enquêteurs ont été "convaincus de la culpabilité de Frédéric Péchier" et se sont efforcés de "démontrer qu'il est coupable". "Jamais on ne cherchera ailleurs", a-t-il fustigé. "Toute la communauté médicale" s'est liguée contre lui, dès lors son sort était "scellé", selon lui.

Après la plaidoirie de Me Schwerdorffer, la parole sera donnée une dernière fois à l'accusé, qui comparaît libre depuis le 8 septembre et n'a cessé de clamer son innocence. Puis la cour d'assises du Doubs se retirera pour délibérer. Elle rendra son verdict d'ici à vendredi.

La réclusion criminelle à perpétuité requise

La semaine dernière, au terme d'un réquisitoire fleuve de plus de dix heures d'une rare intensité, les deux avocates générales Thérèse Brunisso et Christine de Curraize ont requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, à l'encontre de celui qu'elles ont qualifié de "tueur en série" aux crimes "hautement pervers".

Ce soignant s'est mué en "l'un des plus grands criminels de l'histoire" et "a utilisé la médecine pour tuer", ont-elles asséné. Selon elles, il introduisait, sans se faire remarquer, du potassium, des anesthésiques locaux, de l'adrénaline ou encore de l'héparine dans des poches de perfusion. Ces poches empoisonnées étaient ensuite perfusées aux patients, ce qui déclenchait des arrêts cardiaques ou des hémorragies incompréhensibles pour les soignants.

Frédéric Péchier cherchait ainsi à nuire à des médecins avec qui il était en conflit et "nourrir sa soif de puissance", selon le ministère public.

Mais la défense a soutenu que lors de l'empoisonnement de Sandra Simard, qui marque le début de l'enquête en janvier 2017, la poche empoisonnée avait été choisie de manière "aléatoire". L'empoisonneur n'a donc pas pu viser spécifiquement un patient et par ricochet un médecin, selon Me Schwerdorffer.

Malgré les assauts répétés et implacables du ministère public, Frédéric Péchier n'a jamais flanché. "Je maintiendrai toujours que je ne suis pas l'empoisonneur", a-t-il soutenu une ultime fois lors de son dernier interrogatoire sur les faits.

Le montant de la cotisation ordinale vous semble-t-il justifié?

marc debailleul

marc debailleul

Non

pourquoi payer 2,5 cotisations pour un médecin en SELURL et en tant que médecin si c'est la gestion des contrats cela ne devrait ... Lire plus

9 débatteurs en ligne9 en ligne
Photo de profil de Xavier Ledoux
63 points
Anesthésie-réanimation
il y a 2 mois
"Toute la communauté médicale" s'est liguée contre lui, dès lors son sort était "scellé" Tout est dit, et "la communauté médicale", jusqu'à l'ordre des médecins, s'est couverte de honte en hurlant avec les loups, immédiatement et sans nuance. "Opprobre", plutôt, c'est le terme retenu dans la version "moderne" du Serment d'Hippocrate. Où est la "confraternité" (au nom de laquelle on défend des "thérapeutes" adeptes de pratiques dépourvues de tout susbtratum scientifique contre l'intérêt supérieur des patients !...), où est la "présomption d'innocence" ? Revoyons "l'affaire de Poitiers". Tout commence avec la vraie-fausse accusation d'un "professeur" qui a montré qu'il était manifestement plus que limite en anesthésie, qui a arraché les tuyaux d'oxygène et de protoxyde d'azote en criant qu'ils ont été inversés de manière criminelle, avec un tel empressement que personne n'est certain que ces tuyaux avaient bien été inversés : le doute persiste sur une tentative de couvrir l'impensable, une ventilation de la patiente en N2O pur par... un professeur des Universités en anesthésiologie ! La suite, on la connaît, des années de détention provisoire et de calvaire pour deux confrères finalement innocentés, un bloc opératoire trouble avec des jeux de sexe, de pouvoir et d'influence, un "expert" d'Amiens qui fait joujou sans aucun complexe avec des humains en coma dépassé... Cette affaire sordide et pas vraiment élucidée a bouleversé le monde de l'anesthésiologie en France et au-delà, il y eu un avant et un après. Les saloperies dans un bloc opératoire, malheureusement ça arrive... Les phénomènes de meute en milieu professionnel, y compris hospitalier, ça existe... Dans cette affaire de Besançon, un homme é été désigné et écrasé. Où sont les PREUVES ? Comment dorment celui, celle, ceux qui tirent les ficelles, et le vrai dément qui a manipulé des poches de perfusion ?
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Insolite
Pas d'adresse ni de téléphone... A Angers, ce cabinet qui accueille les patients sans médecin traitant est un...
22/01/2026
6
"Les policiers sont venus arme à la ceinture" : médecins spécialistes en clinique, elles dénoncent des...
15/01/2026
31
Enquête
"Ne plus en faire, c'est un deuil" : pourquoi les médecins renoncent aux visites à domicile
14/01/2026
23
Pédiatrie
Moins de médecins, moins de moyens, mais toujours plus de besoins : le cri d'alerte des professionnels de la...
06/11/2025
14
Histoire
"Mort sur table" : retour sur l'affaire des "médecins de Poitiers", qui a divisé le monde hospitalier
15/12/2025
7
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2