Thomas Charabas

Crédit : Thomas Charabas

Arbitre du Top 14 et médecin urgentiste à temps plein : "Mon parcours donne tort à ceux qui m'ont demandé de choisir"

Il a été l'un des plus jeunes arbitres du Top 14. Malgré un parcours arbitral exemplaire, Thomas Charabas n'a jamais lâché sa carrière de médecin. Le sportif organise donc sa vie entre les matchs chaque week-end et les urgences de l'hôpital de Bayonne. Une vie peu reposante mais très épanouissante pour le praticien, qui a accepté de se confier à Egora. 

24/08/2026 Par Sandy Bonin
Thomas Charabas

Crédit : Thomas Charabas

"Être médecin urgentiste, ça permet d'aborder de manière plus sereine les enjeux du rugby. Il n'y a pas mort d'homme", relativise Thomas Charabas. Ce Bayonnais de 37 ans a baigné dans le rugby depuis l'enfance. "A l'adolescence, je jouais en club, mais aussi avec le lycée. De temps en temps on devait arbitrer les autres établissements", retrace Thomas Charabas. Repéré par des responsables de l'arbitrage, l'adolescent s'essaie à la discipline "par curiosité". "Alors qu'au départ, ça ne me disait pas grand-chose, finalement j'ai trouvé ça intéressant", admet-il. L'adolescent se lance donc dans l'arbitrage, en plus de ses matchs en club. "Je jouais le samedi et j'arbitrais le dimanche", se souvient Thomas Charabas. Mais lorsque le jeune homme décide de s'engager dans des études de médecine, il est forcé de ralentir. 

"J'ai arrêté de jouer pour passer la première année de médecine. J'arbitrais une fois par mois environ", rembobine le sportif qui a redoublé sa P1, "un peu comme tout le monde à l'époque". En deuxième année, Thomas Charabas se remet plus régulièrement au sport. "Mais bon, je me suis vite rendu compte que je n'avais plus le temps de tout faire, les études, jouer et arbitrer", réalise alors le jeune étudiant. Il arrête donc de jouer pour se concentrer sur l'arbitrage. "Jouer devenait plus difficile, je faisais mes études à Bordeaux et je jouais à Bayonne, je ne pouvais plus faire les allers-retours", explique-t-il. 

La veille de l'ECN, j'étais 4e arbitre à la finale de Pro D2 

Si les études de médecine lui prennent une grande partie de son temps, Thomas Charabas fait preuve d'une "rigueur" quasi militaire dans son emploi du temps pour concilier ses deux cursus. "Quand on est passionné par les deux facettes de sa vie, ça va plus vite", admet le soignant, qui insiste sur le fait que "oui, c'est possible de faire les deux". "Je suis content de mon évolution parce que ça donne tort à certains de l'arbitrage et certains professeurs de médecine qui m'ont demandé de choisir", se targue-t-il.  

Car Thomas Charabas a toujours refusé de faire un choix entre ses deux passions. "Je tenais à faire les deux en parallèle", explique-t-il. Il passe donc plusieurs examens théoriques d'arbitrage et gravit les échelons, tout en allant en cours ou en stage à l'hôpital. "La veille de l'ECN, j'étais 4e arbitre à la finale de Pro D2", s'amuse-t-il. "Des collègues m'ont vu à la télé, ils m'ont envoyé des photos en me demandant si je ne passais plus le concours. J'ai répondu : 'Si, j'arrive !'" 

En tant que sportif de haut niveau et interne à l'université de Bordeaux, le carabin parvient à négocier un statut, similaire à celui des femmes enceintes. "J'avais des jours de congé en plus, je pouvais partir du stage pour aller faire mon arbitrage tout en gardant le stage validant, ça a dilué un petit peu les gardes. Je n'étais pas obligé de sacrifier des matchs pour faire des gardes", résume-t-il. 

L'étudiant se destine rapidement à la médecine générale. "J'ai tout de suite voulu être généraliste quand j'ai commencé mes études, je trouvais ça passionnant", commente le praticien qui était également attiré par la chirurgie orthopédique. "Si je n'avais pas été arbitre en parallèle, j'aurais peut-être choisi cette spécialité pour faire de la traumatologie", admet-il, conscient d'avoir dû faire des choix pour combiner ses deux passions. "Est-ce que j'aurais été plus heureux en étant chirurgien ? Je n'en suis pas sûr", analyse-t-il.  

"Ma carrière d'arbitre, aussi, aurait peut-être pu être différente si je n'avais pas été médecin. J'aurais peut-être consacré plus de temps à m'entraîner pour pouvoir devenir international", suppose Thomas Charabas, conscient qu'il n'arbitrera "jamais le Tournoi des Six Nations ou la Coupe du monde". "Cela fait partie des plus grands matchs de la planète, c'est sûr que j'aurais aimé. Parfois il m'arrive de m'interroger sur mes choix de carrière faits il y a une dizaine d'années, et je me dis que non, je ne les regrette pas", philosophe-t-il.  

Situations de stress 

Car s'il n'arbitrera jamais de finale du Tournoi des Six Nations, il pourrait arbitrer celle du Top 14, où il était d'ailleurs arbitre de touche lors de la dernière finale au Stade de France. "Je n'étais pas arbitre de champ, mais cela fait partie de mes possibilités", remarque le sportif.  

Qu'il s'agisse de la médecine ou de l'arbitrage, Thomas Charabas est habitué à vivre des situations de stress et des prises de décision rapides. "Mon travail de médecin me permet d'aborder de manière un peu plus sereine l'arbitrage. Même si certaines situations sont stressantes, que les enjeux sportifs ou financiers sont importants, il n'y a rien de dramatique. Ça reste du sport. Et dans un autre sens, quand je suis en SMUR en train de m'occuper d'un patient, je n'ai personne en train de me crier dessus, comme c'est le cas avec le public lors des matchs", relativise-t-il.  

Après avoir fait plusieurs remplacements de médecine générale en libéral, c'est finalement vers la médecine d'urgence que Thomas Charabas a choisi de développer sa carrière. "J'ai adoré la médecine générale, voir mes 'petits vieux', c'était passionnant. Mais c'est aussi une médecine qui peut être très prenante et dans laquelle on peut se faire aspirer", constate le praticien qui exerce à l'hôpital de Bayonne "avec une équipe qui est super, des collègues avec qui je m'entends très bien et un environnement de travail vachement intéressant". 

Comme pour l'arbitrage, c'est finalement un hasard de la vie qui a mené Thomas Charabas vers la médecine d'urgence. "Je n'ai pas du tout fait un internat en ce sens mais lors de mes stages d'interne, à Bayonne notamment, mes collègues ont insisté en me disant que j'avais le profil pour être urgentiste. Finalement, ils m'ont rappelé quelques années plus tard parce qu'il y avait des trous dans les plannings", s'amuse le médecin qui n'a plus jamais quitté le service, et a toujours exercé à temps plein "par choix". 

"En général, j'ai un match le samedi. Il faut quand même que je travaille les week-ends. Je ne peux pas dire à mes collègues : 'Non, moi tous les week-ends je ne fais pas de garde'. Ça n'est pas honnête. Je fais donc mes gardes. Elles sont de 12 h ou 24 h, le jour, la nuit, c'est très variable", décrit Thomas Charabas. Le mardi, l'arbitre s'astreint à ne pas travailler. "C'est le jour où on se consacre à revoir le match du week-end d'avant pour noter ce qu'on a fait de bien et surtout de pas bien afin d'améliorer les choses", explique le sportif qui a également des réunions avec d'autres arbitres pour harmoniser les pratiques.  

Cette nuit j'ai dormi 3 heures 

"L'avantage de la médecine d'urgence par rapport à la médecine libérale, c'est que même si le rythme est fatiguant, c'est plus simple d'organiser mon emploi du temps en vue des matchs", reconnaît le sportif. "Mais je serai peut-être dément avant les autres", ironise-t-il. "Cette nuit j'ai dormi 3 heures et j'ai fait une sieste de 2 heures. Je le paye physiquement, c'est sûr. Je pense que je pourrais être meilleur dans mon physique si j'avais un rythme de vie plus équilibré. Quand on mange à 3h du matin, le corps ne comprend plus rien", constate le sportif qui doit également constamment faire attention à son poids. "C'est vrai que ce rythme n'est pas optimal pour le corps. Je ne suis pas si vieux, mais je vois que je vieillis dans le sens où il faut que je m'entraîne plus fort, plus dur pour maintenir mon niveau physique", complète le sportif. 

S'il n'y a plus d'âge limite pour arbitrer, Thomas Charabas est conscient qu'année après année, c'est de plus en plus compliqué. "L'âge en soi, ça n'est pas un vrai débat, c'est plus la condition physique qui détermine tout, et le mental aussi. Ça fait quasiment 12 ans que je suis au niveau, dont 10 en Top 14. Chaque année, on relance la machine. Les saisons sont longues", analyse le sportif qui a, pour l'instant, du mal à projeter sa carrière au-delà de 40 ans. 

Du côté de sa vie personnelle, Thomas Charabas est en couple avec une ancienne joueuse de rugby de haut niveau. "Elle me comprend. Elle jouait trois-quarts centre en première division pendant des années", confie Thomas Charabas qui n'arbitre jamais à domicile et qui est donc en déplacement chaque week-end. Le couple a décidé de ne pas avoir d'enfant, "ça ne serait pas honnête d'élever des enfants avec autant d'activités", estime l'arbitre.  

Faut-il diminuer le remboursement par l'Assurance maladie des médicaments à SMR faible ou modéré?

Thierry Wattelle

Thierry Wattelle

Non

OUI ou NON ... quelle importance ? Comme souvent, il faut définir précisément ce dont on parle, à savoir "Qu'est ce qu'un médicame... Lire plus

 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

"Le père est une personne à part entière dans la grossesse" : une consultation dédiée encore méconnue par les...
29/07/2026
8
Urgences
Urgences en plein vol ou dans le train : pourquoi des médecins hésitent parfois à répondre à l'appel
13/07/2026
55
Enquête Déontologie
ENQUÊTE. "Certains patients veulent se payer un médecin" : ces plaintes abusives qui embolisent la justice...
15/06/2026
26
"Un médecin n'est jamais en retard : l'heure de convocation n'est pas l'heure de début de la consultation"
21/07/2026
0
Internat
"Il y a un suicide tous les 18 jours" : à bout, les internes désertent leurs stages pour défendre leurs droits
28/04/2023
2
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3