@Асель Иржанова/stock.adobe.com
Médecine esthétique : le Gouvernement veut plafonner à 30 % l'activité des praticiens
Selon un projet de décret, un médecin ne pourra pas consacrer plus de 30 % de son temps travaillé à l'activité esthétique. Les dermatologues dénoncent une "mesure d'affichage" qui "ne rendra pas une seule consultation aux patients".
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Ramener les médecins vers le soin : tel est l'objectif du Gouvernement qui, selon l'AFP, s'apprête à publier dans les prochains jours un décret régulant la médecine esthétique. Ce texte, transmis lundi 19 octobre aux organisations professionnelles, plafonne à "30 % du temps travaillé" l'activité esthétique de tout médecin, le reste devant être consacré à l'exercice de la spécialité pour laquelle il est qualifié.
Selon l'AFP, les médecins qui pratiquent la médecine esthétique à 100 % depuis plus de cinq ans disposeront d'un délai de trois ans pour ramener cette activité à 50 % de leur temps. Le décret stipule, par ailleurs, que les médecins désireux de se lancer dans une activité de médecine esthétique devront auparavant avoir exercé cinq ans dans leur spécialité d'origine.
Les candidats à la médecine esthétique devront également valider une formation théorique et pratique, dont le contenu sera défini par arrêté pris par le Gouvernement. Les médecins exerçant déjà cette activité pourront bénéficier d'une procédure de validation des acquis.
L'Ordre des médecins jouera un rôle dans la régulation de cette activité : les conseils départementaux devront maintenir une liste à jour des praticiens exerçant la médecine esthétique, et préciser les types d'activité pour lesquels ils se sont formés (esthétique anti-âge, de la pilosité et des cheveux, du regard et de la plastique oculaire, génitale, de la silhouette...).
En instaurant cette régulation de la médecine esthétique, l'exécutif veut éviter que cette pratique n'accapare trop de temps médical. Les représentants des dermatologues, régulièrement accusés de privilégier l'activité esthétique au détriment des autres soins, y voient, eux, une "mesure d'affichage" qui "donne l'image d'un Gouvernement [qui] agit" en désignant un "coupable commode" sans toutefois répondre au "problème de fond", qui réside dans le fait que la France ne forme pas assez de dermatologues.
Pour la Société française de dermatologie (SFD), le Collège des enseignants en dermatologie de France (Cedef), la Fédération française de formation continue en dermatologie-vénérologie (FFFCEDV), les Futurs dermato-vénérologues de France (FDVF) et l'Union nationale des équipes de soins spécialisés en dermatologie et vénérologie (Uness-DV), ce décret "produira même l'effet inverse de celui recherché, en poussant les patients vers les injecteurs illégaux et les plateaux techniques vers des opérateurs financiers".
"En contractant l'offre légale, il exposera les patients à des soins moins sûrs et à davantage de complications, qui coûteront in fine plus cher à la collectivité", assurent les cinq organisations dans un communiqué de presse commun, rappelant que les signalements d'exercice illégal de la médecine sont en hausse (213 en 2025, contre 62 en 2022).
Elles affirment que, contrairement aux idées reçues, les dermatologues consacrent seulement 3 % de leur temps à l'esthétique. 58 % ne pratiquent aucune activité dans ce domaine. Seuls 19 dermatologues libéraux exercent exclusivement en esthétique, ce qui représente "moins de 0,3 % de l'activité [totale] de la spécialité". Ainsi, "plafonner à 30 % une activité qui pèse 3 % ne [libérera] aucun temps médical", estiment les organisations représentatives.
Les dermatologues ne sont en rien "responsables de la pénurie", ajoutent-elles. Celle-ci a été "organisée par des choix publics". Et de dresser un tableau inquiétant : "moins de postes d'internes en 2025 (102) qu'en 2015 (107), −17,8 % de dermatologues en activité régulière en dix ans, la plus forte baisse de toutes les spécialités, cinq départements sans dermatologue".
Les médecins généralistes également visés
Fermement opposés à ce décret, la SFD, le Cedef, la FFFCEDV, la FDVF et l'Uness-DV soulignent qu'il ne vise pas uniquement les dermatologues. "Plus de 9 000 médecins – un chiffre sans doute sous-estimé –, issus pour la plupart de la médecine générale, pratiquent la médecine esthétique, parfois à temps plein, alors que 6,3 millions de Français n'ont pas de médecin traitant et que beaucoup d'autres, qui en ont un, peinent à le consulter."
Ces organisations invitent à s'interroger sur les raisons qui poussent ces généralistes à "quitter le soin pour l'esthétique". C'est "peut-être parce qu'avec une consultation de base autour de 30 euros et des charges en hausse, un cabinet ne tourne plus", avancent-elles.
Pour les représentants des dermatologues, "réguler l'esthétique pour tous les médecins ne règlera pas le problème mais en créera d'autres". C'est pourquoi ils réclament une "concertation réelle et une politique publique à la hauteur des enjeux, non un quota adopté sans évaluation ni examen de proportionnalité". Ils réclament donc le retrait de la mesure, "la reconnaissance de plein droit des dermatologues, au même titre que les chirurgiens plasticiens", mais aussi "une régulation du flux d'autorisations là où il pèse réellement sur l'accès aux soins".
La profession demande également "des moyens effectifs contre l'exercice illégal et pour la traçabilité des produits". Autant de questions qui doivent être intégrées dans la loi-cadre relative à la santé de la peau qu'elle appelle de ses vœux.
[avec AFP]
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