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"Il ne restera bientôt plus rien de l'argent économisé durant la crise Covid" : dans le rouge, les pharmaciens lancent un ultimatum

Alors que les défaillances d'officines ont augmenté de 50% depuis le début de l'année et que les études sont en perte d'attractivité, les pharmaciens sont descendus dans la rue le 21 novembre dernier pour réclamer l'ouverture de négociations conventionnelles avec la Cnam et la mise en place d'une réforme du 3e cycle. "Si nous n'obtenons pas très vite une date de reprise des négociations et des avancées structurantes pour l'officine, on repartira en grève", prévient Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine, dans une interview accordée à Egora. 

 

Egora : La semaine dernière, les pharmaciens ont manifesté pour réclamer l'ouverture de négociations conventionnelles pour une revalorisation chiffrée à hauteur d'un milliard d'euros. S'agit-il d'une crise conjoncturelle, liée à l'inflation, ou d'une crise structurelle ? Le modèle économique des officines est-il en péril ? 

Pierre-Olivier Variot : Aujourd'hui, on a une marge brute en baisse de 10.4% et dans le même temps, on est confrontés à une énorme augmentation des charges, principalement liées aux salaires. Sans parler des charges d'électricité qui ont été multipliées par 2, 3, voire 4 ou 5 dans certaines structures. Moins de marge, plus de charges : la situation économique des pharmacies n'est pas bonne. A la fin de cette année 2023, il ne restera rien de l'argent économisé lors de la crise du Covid.  

 

Des pharmacies sont-elles menacées de fermeture?  

Le nombre de défaillances de pharmacies, c'est-à-dire de redressements, de liquidations et de fermetures, a augmenté de 50% entre le 1er janvier et fin octobre 2023. L'an dernier, il y a eu environ 200 fermetures et cette année, on sera à plus de 300… Il n'est pour l'instant pas question de "déserts pharmaceutiques" mais si on ne réagit pas vite, c'est ce qu'on peut redouter. 

En 2022, nous avons signé une nouvelle convention avec l'Assurance maladie qui comportait un volet métier. Mais nous n'avions pas signé le volet économique car il était alors difficile de mesurer l'impact du Covid sur les officines. L'objectif était de rouvrir les négociations en septembre 2023, pour les clore en fin d'année. Or, on est bientôt début décembre et les négociations ne sont pas encore ouvertes. Nous avons manifesté car nous en avons marre des promesses non tenues. 

 

A ces difficultés économiques, s'ajoute la gestion des pénuries de médicaments… 

On a signé une charte de bonne conduite entre les industriels, les grossistes et les pharmaciens pour régler les problèmes de rupture sur certains médicaments pour lesquels il y a des stocks présents sur le territoire. Mais pour beaucoup d'autres produits, il n'y a pas de stock. Ce n'est pas normal que la France soit le parent pauvre de l'Europe. On n'a pas un Gouvernement qui prend ça en main. 

 

"Les jeunes préfèrent aller faire leurs études à l'étranger" 

 

En deux ans, 1500 places sont restées vacantes en deuxième année d'études pharmaceutiques. Il y a aussi des difficultés de recrutement dans les officines, avec 15 000 postes à pourvoir en 2022. Comment expliquez-vous cette perte d'attractivité ? 

Il y a une perte d'attractivité des études, pas du métier. Il y a effectivement eu 1500 places vacantes… mais dans le même temps, les facultés de Belgique, d'Espagne, du Portugal et de Roumanie font le plein ! Au point qu'ils ouvrent de nouveaux établissements… Les jeunes préfèrent aller faire leurs études à l'étranger car les conditions de formation en France ne sont pas attractives. 

La Pass/LAS n'est pas un bon système de recrutement. En fin de cursus, la réforme du troisième cycle, engagée il y a 7 ans, n'a toujours pas abouti. En mars 2022, Olivier Véran avait promis sa mise en place. C'est une réforme structurante pour les étudiants, qui seront mieux rémunérés en 6e année et qui pourront faire des stages dans des territoires plus excentrés. Ça les incitera à aller exercer là où l'on a besoin de plus de main d'œuvre et ne pas rester autour des facs. Cette réforme n'étant toujours pas signée, on voit des étudiants qui préfèrent aller faire un 3e cycle en industrie plutôt qu'en officine… C'est n'importe quoi. 

 

Mais comment expliquez-vous les difficultés de recrutement? 

Depuis le Covid, tous les corps de métiers en ont. Il n'y a pas de difficultés propres à la pharmacie. Si ce n'est que les études ne facilitent pas les choses. 

Comme pour les médecins, ça s'explique aussi par la féminisation des métiers, par une aspiration à mieux équilibrer vie personnelle et vie professionnelle : les jeunes ne veulent plus travailler 70 heures par semaine. Ces évolutions sont à l'origine d'une certaine carence du temps de travail. On sait que pour remplacer un médecin qui part en retraite aujourd'hui, il faut 2.8 médecins qui s'installent. 

On a donc besoin de former des professionnels, et peut être aussi de revoir comment on prend en charge les patients. Si on ne fait rien, en tout état cause, il n'y aura plus personne pour le faire. 

 

"Il faut que les patients les plus stables soient pris en charge par d'autres effecteurs" 

 

Pourtant la profession de pharmacien évolue, avec de nouvelles missions de santé publique qui se sont ajoutées ces dernières années, comme la vaccination et bientôt la délivrance sans ordonnance d'antibiotiques pour l'angine et la cystite… L'Ordre des pharmaciens appelle à aller plus loin dans les transferts de compétences. Quelle est votre position? 

Reprenons la sémantique : pour les antibiotiques, on parle bien de prescription (si besoin). De même, il ne s'agit pas d'un transfert de compétence, mais d'un partage de compétence qui vise à libérer du temps au professionnel qui est surchargé. Aujourd'hui, le temps médical est rare. On ne peut pas demander aux médecins de se couper en deux. Mais il y a des patients qui ont des rendez-vous...

38 commentaires
17 débatteurs en ligne17 en ligne
il y a 3 mois
Tous ces commentaires sont écœurants et prouvent bien la méconnaissance de l'implication des autres professionnels de santé dans la prise en charge au quotidien des manquements grandissants de notre s...Lire plus
Photo de profil de Frederic Groseil
777 points
Débatteur Renommé
Médecins (CNOM)
il y a 3 mois
Pour info, source DREES "25 % des titulaires d'une officine dont le cadre juridique est l'entreprise individuelle perçoivent un revenu annuel inférieur à 64 310 euros, 25 % un revenu annuel supérieur ...Lire plus
Photo de profil de J S
489 points
Débatteur Renommé
Médecine générale
il y a 3 mois
Pharmacien/sage femme/IDE n'ont aucune formation CLINIQUE hors on voudrait leurs transférer des compétences médicales de diagnostique et par quel miracle ? Le diagnostique fondé sur la clinique s'acqu...Lire plus
38 commentaires

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