Essais cliniques "sauvages" : la justice ouvre une enquête

30/09/2019 Par Marion Jort
Faits divers / Justice

Deux juges d’instruction parisiens ont été nommés pour mener les investigations sur les essais cliniques “sauvages” pratiqués dans une abbaye près de Poitiers sur des malades de Parkinson et Alzheimer.    Ils ont été révélés le 19 septembre par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Ces essais cliniques “sauvages” étaient pratiqués dans une abbaye près de Poitiers sur au moins 350 patients atteints de Parkinson, de la maladie d'Alzheimer, souffrant de dépression ou de troubles du sommeil. Le parquet de Paris, saisi par l’ANSM, a donc annoncé vendredi 27 septembre que son pôle de santé publique avait ouvert une information judiciaire, pour plusieurs chefs : dont “abus frauduleux de l'ignorance ou de la faiblesse d'une personne vulnérable”, “tromperie sur la nature, la qualité substantielle ou l'origine d'une prestation de services” et “ouverture d'un établissement pharmaceutique sans autorisation”.   Des expérimentations à base de patchs Cet essai clinique “sauvage” était mené par une structure baptisée Fonds Josefa dont le vice-président est le controversé Pr Henri Joyeux. Elle consistait à appliquer aux patients des patchs contenant deux molécules, appelées valentonine et 6-méthoxy-harmalan, dans l'espoir de traiter plusieurs maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer, troubles du sommeil...). 

Selon l'ANSM, qui a découvert cet essai illégal grâce à une inspection de contrôle menée début septembre au laboratoire où des prises de sang étaient envoyées pour analyse, ces molécules sont proches de la mélatonine, hormone fréquemment utilisée pour mieux dormir, mais déconseillée à certaines populations en raison d'effets secondaires. Qualifiant l'expérimentation d’“absolument inadmissible” et de “scandale”, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait estimé que “la priorité” était “de connaître l'état de santé de ceux qui y ont participé, de vérifier qu'ils ont repris leur traitement, anti-parkinsonien notamment”. L'instance de lutte contre les dérives sectaires, la Milivudes, avait précisé que certains "patchs" étaient vendus 1.500 euros aux patients dans le cadre de ces essais.   Inquiétudes de l’ANSM Vendredi, l'ANSM s'est inquiétée dans un communiqué ne pas avoir la confirmation de l'arrêt effectif de l'utilisation de ces patchs et a enjoint, par une seconde décision de police sanitaire, le Fonds Josefa de “cesser immédiatement” la distribution, la prescription et l'utilisation desdits patchs. Sur le site internet du Fonds Josefa, son fondateur, le Pr Jean-Bernard Fourtillan, revendique la découverte de la valentonine, supposée “protéger notre organisme et assurer la régulation des vies psychique et végétative”. Après la révélation de l'affaire, le Pr Joyeux avait assuré à l'AFP que cette expérimentation n'avait “rien à voir avec un essai clinique”. L'abbaye du Poitou, où étaient menés en partie ces essais, a, pour sa part, reconnu avoir “probablement manqué de discernement” en accueillant la structure qui les a menés ; mais toutefois dit ne pas “porter la responsabilité” des activités des groupes qu'elle reçoit. Jean-Bernard Fourtillan, ingénieur chimiste et pharmacien, est également visé par une plainte déposée en juin auprès du procureur de la République par l'Ordre des médecins du département de la Vienne pour “exercice illégal de la médecine”. L’Ordre doit aussi examiner l'affaire lors de sa session plénière les 3 et 4 octobre. Il a déjà prévenu qu'il poursuivrait tout médecin qui, ayant participé à ces essais, “contreviendrait à ses obligations déontologiques”. L'ANSM a, en outre, annoncé la mise en place lundi 30 septembre d'un numéro vert (0.800.97.14.03), afin de répondre aux interrogations des patients ayant pris part à cette expérimentation. [Avec AFP]

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