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"Personne n’imagine qu’un tel métier existe" : illustratrice scientifique, elle croque les gestes des médecins au bloc

Lorsqu’Emma Blanc-Tailleur, 23 ans, passe la porte du bloc opératoire, vêtue d’une charlotte, d’une blouse, d’un masque et de gants, tout porte à croire qu’elle est soignante. Pourtant, elle troque les scalpels et autres compresses contre un carnet et quelques crayons. La jeune femme n’est ni médecin, ni infirmière, mais illustratrice scientifique médicale. Elle explique son métier pas comme les autres à Egora lors d’une rencontre à l’hôpital Necker à Paris.  

 

“Ce métier, je l’ai appris sur le tas, reconnaît Emma Blanc-Tailleur. Personne ne s’imagine qu’un tel travail existe.” Depuis juin, cette jeune femme de 23 ans, orginaire de Savoie, est illustratrice scientifique médicale. Un métier exercé, selon elle, par une “petite centaine” de personnes en France.  

Pour Emma Blanc-Tailleur, tout commence à l’âge de 15 ans, lorsqu’elle met un premier pied dans le milieu du soin, en devenant jeune sapeur-pompier. Elle y prend très vite goût et y consacre tous ses week-ends lorsqu’elle est au lycée. Mais pour ses études, la jeune femme choisit de se diriger vers sa deuxième passion : le graphisme. Elle opte pour un baccalauréat professionnel Artisanat et métiers d’art (AMA) avec une option communication visuelle et plurimédia. Une fois son diplôme en poche, la jeune femme rejoint la capitale et entre à l’école Estienne à Paris pour commencer une licence en graphisme. Emma Blanc-Tailleur n’abandonne pas pour autant son activité de pompier, elle gravit les échelons et devient sapeur-pompier volontaire. 

La jeune femme poursuit ses études avec un master en deux ans pour se spécialiser dans l’illustration scientifique. “Je ne connaissais pas cette formation avant d’arriver sur Paris, se souvient-elle, j’étais dans la seule école qui le proposait, c’est comme ça que j’ai appris son existence.” L’accès au master s’obtient en réussissant un concours très sélectif. Pour Emma, il est évident que son parcours de sapeur-pompier l’a aidée à réussir l’examen. “J’avais déjà quelques connaissances médicales grâce à mes formations sur les secours”, confie-t-elle, en précisant que seuls 12 étudiants faisaient partie de sa promotion. 

 

Illustrer les nouvelles techniques de chirurgie 

Si la première année de son master porte principalement sur la science, Emma Blanc-Tailleur choisit de se spécialiser l’année suivante dans l’illustration scientifique médicale, pour pouvoir travailler dans la santé. Au cours de ces deux ans, l'étudiante reçoit à la fois des cours d’anatomie dispensés par des médecins et des cours d’illustrations. Elle effectue également un apprentissage de quatre mois à l’hôpital Necker (AP-HP), qu’elle appelle la “petite ville”. “Comme c’est un hôpital international, il y a des techniques de chirurgie qui sont inventées ou utilisées depuis peu ici, c’est pour ça qu’il faut créer une documentation pour que les futurs médecins puissent les réaliser”, explique-t-elle. Si son activité se concentre principalement à Paris “parce que c’est dans cette ville qu’il se passe beaucoup de choses en termes de médecine…”, elle travaille également pour les CHU, et plus particulièrement sur toute la partie “formation des médecins”. 

 

 

Aujourd'hui diplômée et indépendante, Emma Blanc-Tailleur navigue de projets en projets. “C’est toujours un scientifique qui m’appelle pour me commander une ou plusieurs illustrations”, explique-t-elle. Elle se souvient notamment de la commande d’un chirurgien également professeur à l’université. “Il avait besoin d’expliquer une pratique chirurgicale à ses étudiants à l’aide d’un diaporama sauf qu’il n’avait pas d’image. Il ne trouvait rien sur internet”, explique-t-elle, soulignant qu’il est rare de trouver des illustrations pour des opérations très précises sur le web. “Éventuellement il y a les livres, mais souvent ce sont des illustrations qui ont été réalisées par des médecins, donc pas toujours très bien réalisées parce que ce n’est pas leur métier”, relève-t-elle.  

Partant de ce constat, le médecin et elle se mettent d’accord sur le moyen graphique qui sera remis (illustrations à la main, numériques, affiches, livres…). Elle doit également beaucoup échanger avec le praticien pour bien comprendre sa demande. N’étant pas médecin, Emma Blanc-Tailleur a aussi besoin d’aller au bloc opératoire, “pour que le professionnel de santé puisse m’expliquer pourquoi il fait cette opération-là, ce qu’il fait précisément, comment il fait, qu’est-ce qu’elle va permettre chez le patient…”, précise-t-elle.  

 

Créer le mode d’emploi de l’opération 

Au bloc, Emma Blanc-Tailleur se fond parmi le personnel médical. Avec un carnet et quelques stylos, elle observe le patient et les médecins sous tous les angles. “Mon objectif, c’est de créer le mode d’emploi de cette opération, pour qu’on comprenne du début à la fin ce que le médecin va faire”, explique la jeune femme, en comparant son travail à “la notice d’un meuble à monter”. “Dans mon métier, il y a vraiment une grosse partie où il faut être sur place, pouvoir échanger avec les professionnels, c’est une phase qui dure assez longtemps”, souligne-t-elle. La jeune femme doit parfois assister plusieurs fois à la même opération pour être sure de tout voir et de tout comprendre. La première fois, elle a pour habitude d’observer et de poser des questions. Puis, elle prend des notes, parfois des dessins “de façon schématique” pour se constituer “une base de données”. Mais elle confie que ce n’est pas toujours simple. “C’est super dur de dessiner au bloc, je suis debout, les médecins vont vite, je n'ai pas beaucoup d’outils”, confie-t-elle. 

6 commentaires
30 débatteurs en ligne30 en ligne
Photo de profil de Philippe Leroy
226 points
Débatteur Renommé
Médecins (CNOM)
il y a 2 mois
Le célèbre anatomiste André VÉSALE a publié ce qui fut la bible de l'anatomie : De humani corporis fabrica libri septem (La Structure Du Corps Humain); œuvre monumentale sur l’anatomie humai...Lire plus
Photo de profil de Fabien Bray
4,2 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 2 mois
Un article très positif, et intéressant. Chose rare par les temps actuels. Par ailleurs rééditer de nouveaux schémas avec l'évolution des techniques et l'évolution des connaissances c'est une excelle...Lire plus
Photo de profil de Yves Adenis-Lamarre
2,9 k points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 2 mois
Mon grand-père, chirurgien urologue à Lille (pas fréquent pour l'époque), s'est croqué lui-même plusieurs fois sur des tableaux qu'il peignait lui-même et que j'ai toujours. Amusant de le voir, en 190...Lire plus
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