Raphaël Canonne

@Adrien Thibault pour l'institut Open Diplomacy

"Les jeunes ne sont pas assez représentés dans les instances politiques" : cet étudiant en médecine portera la voix de la France lors d'un prestigieux sommet international

À 24 ans, Raphaël Canonne, étudiant en sixième année de médecine, s'apprête à représenter la jeunesse française lors du Y20 (sous-forum officiel du G20 pour les jeunes). Engagement associatif, expérience internationale, enjeux de santé globale : il revient sur son parcours et sur les propositions qu'il défendra à Washington, du 11 au 14 août 2026. 

30/07/2026 Par Alexis Vignais
Politique de santé
Raphaël Canonne

@Adrien Thibault pour l'institut Open Diplomacy

Egora : Pouvez-vous présenter votre parcours, tant sur le plan personnel qu’universitaire ?  

Raphaël Canonne : Je suis étudiant en médecine en sixième année. Je viens de Nouvelle-Calédonie, j'y ai grandi, vécu, et j'ai fait ma première année de médecine là-bas. Suite à un accord qu'il y avait entre l'Université de Nouvelle-Calédonie et Sorbonne Université à Paris, j'ai pu y poursuivre mes études de médecine. 

J'ai suivi une scolarité relativement classique, à la différence que j'ai pris une année de césure volontaire qui m'a permis d'aller faire un Erasmus à l'étranger. C'était un partenariat entre la Sorbonne et une université au Chili. Je me suis rendu à Santiago de Chili où j'ai été étudiant en médecine pendant six mois : j'allais en stage, je passais les partiels, j’assistais aux cours, tout ça en espagnol. 

Vous allez représenter la France au Y20. Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est le Y20 et quel est son rôle ?   

Le Y20, qui est un acronyme pour Youth 20, est un des sous-forums officiels du G20, qui est ce forum géopolitique et économique que tout le monde connaît. 

L’objectif du Y20, c’est de rassembler des jeunes portant la voix de la jeunesse de leur pays, de les faire discuter ensemble pour qu'en ressortent des recommandations à destination des chefs d'État qui, eux, se réuniront un mois après. 

C’est quelque chose de vraiment très concret. Par exemple, en France, on est actuellement en relation avec les ministres. Le président de la République a même reçu des jeunes délégués qui vont se rendre au Y20 et au Y7 cette année.  

Comment en êtes-vous arrivés à représenter la France lors de cet événement ?  

J’ai un peu découvert le monde associatif durant mes études de médecine. Je me suis d'abord engagé à l'Association nationale des étudiants en médecine de France, l'Anemf, où j'étais vice-président des affaires internationales. 

C'est là que j'ai découvert les questions de santé globale, soit les questions de santé publique touchant l'ensemble de la planète et qui sont, pour faire simple, traitées par l'OMS, mais pas seulement. 

Après, je me suis engagé dans la Fédération internationale des étudiants en médecine, qui est un peu comme l'ONU des étudiants en médecine. C’est-à-dire que chaque pays y envoie ses délégations qui discutent des problèmes qu'ils ont en commun afin d’essayer d'y trouver des solutions et de les porter auprès de différents partenaires, comme l’OMS, les ONG, ou parfois les gouvernements.  

C'est à ce moment-là que j'ai pu me former sur toutes ces questions de santé globale que je traite aujourd'hui au Y20.  

Enfin, j'ai découvert l'Institut Open Diplomacy à la suite de rencontres associatives. Ils ont fait une ouverture à candidature pour le prochain sommet du Y20, et j’ai soumis la mienne. 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous engager au-delà de vos études de médecine ?  

Alors, je dirais qu'il y a deux faces d'une même pièce. Il y a déjà forcément une envie d'apprendre, parce que j'ai trouvé, à travers ces engagements, des personnes, des événements, des sujets passionnants. Et que je n’aurais pas trouvé dans les livres de médecine.  

J'ai notamment rencontré un médecin qui m'a dit : "Je pense qu'en France, on ne forme pas des médecins intelligents, on forme des médecins qui sont très bons pour faire de la médecine, qui sont très spécifiques, mais pas forcément intelligents au sens de la curiosité intellectuelle hors du monde médical”. C'est-à-dire qu'on est quand même très vite enfermé dans cette bulle médicale.  

Moi, justement, ce que j'ai voulu aller chercher, c'est sortir un peu de cette bulle. Ma manière de le faire, ça a été justement ce milieu associatif. Et si j'y suis resté, c'est justement parce que j'ai trouvé quelque chose de plus grand, car j'ai remarqué que la voix des jeunes était extrêmement peu présente dans beaucoup d'enceintes de négociations et de décisions internationales. 

Je me suis rendu notamment à l'Assemblée mondiale de la santé et dans l'enceinte de décisions principales, dans le palais des Nations Unies, on pouvait compter les jeunes de moins de 30 ans sur les doigts d'une main.  

Pour autant, quasiment 50% de la population mondiale a moins de 30 ans aujourd'hui. J'ai trouvé que c'était dommageable que les jeunes ne soient pas représentés dans ces instances politiques où sont prises des décisions qui vont impacter finalement notre futur, notre santé. 

Vous allez notamment travailler sur les questions de santé globale. Quels seront les thèmes abordés ?  

Il y a cinq grands sujets qui vont être abordés à ce Y20. Le mien, donc, c’est celui de la santé globale et de la sécurité alimentaire. Ensuite, il y en a un qui est sur les transformations digitales, donc, ça parlera probablement d'IA. Un troisième sera sur l'énergie. Il y aura également un sujet qui sera dédié aux questions géopolitiques et aux conflits. Et enfin, un dernier sera dédié aux questions économiques. 

Sur la santé globale, tout l'enjeu, c'est de faire passer les sujets qui, nous, délégation française, nous parlent le plus, tout en étant en accord avec les autres délégués, parce qu'on a besoin, à la fin, que tout le monde soit en accord total. En effet, il n'y a pas de vote à la majorité, donc on a vraiment besoin d'un consensus pour faire passer une idée dans le communiqué final qui ira aux chefs d'État.  

On a regroupé les sujets de santé globale en six grands groupes. Le premier est sur la couverture de santé universelle, soit comment renforcer les systèmes de santé. Avec cette idée sous-jacente que beaucoup de pays dans le monde vont faire face à des transitions démographiques fortes et que ça va remanier le fonctionnement des systèmes de soins autour de la planète. 

Le deuxième grand groupe, c'est celui sur les maladies infectieuses et notamment l'approche "une seule santé", qui pour le coup est assez chère à la France puisqu'il y a eu le sommet sur le sujet qui s'est tenu à Lyon, il y a quelques mois. C’est une thématique qui, à titre personnel, me passionne et me touche, donc j'essaye de la porter.  

On a un troisième groupe sur les maladies non transmissibles, avec entre autres les questions de santé mentale, puisque c'est un sujet international et les jeunes sont une population à risque, donc on ne se voyait pas ne pas l'adresser dans ce communiqué.  

Le groupe numéro quatre est sur la sécurité alimentaire, avec les nouvelles technologies à la fois au niveau de la santé, mais aussi au niveau du monde fermier. On se demandera comment faire de la recherche pour faire face aux nouveaux défis.  

On a un autre groupe qui se concentre sur les populations vulnérables. La question ici c’est : comment est-ce qu'on arrive à être inclusif, équitable dans les politiques de santé qu'on essaye de promouvoir ? Avec notamment un paragraphe qui sera certainement lié à la résilience en contexte humanitaire, parce qu'on essaie de ne pas oublier non plus qu'actuellement le monde est en polycrise et qu’il y a énormément de territoires sur la planète qui ont un grand besoin d'aide et de soutien humanitaire. Ça passe aussi par un soutien financier qu'on essaiera d'aborder. 

Et le dernier groupe, c'est sur les systèmes alimentaires, afin qu’ils soient plus résilients, notamment au changement climatique.  

Et donc, du coup, vous avez ces six thématiques-là, mais concrètement, comment vont s'organiser vos journées pendant le sommet ? 

90% du travail est fait en amont du sommet. Concrètement, depuis que le mandat a commencé, en janvier de cette année, on a eu une phase de formation avec l'Institut Open Diplomacy sur ce que ça signifie "être un jeune délégué" ou encore sur les enjeux géopolitiques. 

Ensuite, on a contacté différents experts dans nos domaines pour se former sur nos sujets respectifs. On a aussi été mis en contact avec la société civile, avec des jeunes, des universités, des associations, pour justement discuter de ces propositions qu'on souhaitait faire et les développer conjointement. 

Enfin, la dernière étape, c'est celle des pré-négociations avant le sommet. Car les négociations ont commencé depuis déjà plusieurs mois. Tous les dimanches, on se réunit avec les jeunes des 19 autres pays pour commencer à débattre, discuter de la formulation des sujets qu'on a envie de mettre en avant dans le document final. 

Et, si je puis dire, le sommet qui se tiendra à Washington, le Y20, sera l'aboutissement de tout ce travail, même si très certainement, il y aura des négociations de dernière minute. 

@Adrien Thibault pour l'institut Open Diplomacy 

Si vous pouviez me citer une ou deux mesures concrètes que vous espérez voir figurer dans le document final qui sera transmis au chef d'État, quelles seraient-elles ? 

Il y aurait celle sur tout ce qui va être maladies non transmissibles. Ici, on va s'intéresser à des déterminants de santé, donc des choses que les gens vont consommer qui vont finalement les rendre malades sur le long terme. Par ça, j'entends, l’alcool, les produits à base de nicotine, et les produits extrêmement sucrés, salés ou très peu nutritifs.  

Nous, ce qu'on a envie de proposer, c'est d'avoir une forme de taxe pour les consommateurs de ces différents produits.  

La taxe sur le tabac en France, on y est habitué, mais la taxe sur les produits alcooliques est établie de manière tout à fait inégale en fonction des produits. Il y a quand même des lobbies qui essayent de pousser dans le sens contraire. Pour autant, c'est quelque chose qui, au niveau de l'Organisation mondiale de la santé, a été démontré comme efficace sur la consommation et sur la santé des populations. Et d’un autre côté, on detaxerait les produits qui, eux, sont justement plus qualitatifs, plus nutritifs, pour finalement que ça coûte moins cher de bien se nourrir que de mal se nourrir.  

En parallèle, il y a tout ce qui va être prévention, prise en charge… On ne passe pas que par des taxes ! Mais, ça fait partie des sujets qu'on essaye de développer. 

Un autre sujet que je trouve assez parlant, c'est celui des épidémies silencieuses. C’est-à-dire tous ces sujets en santé globale qui font des millions de morts, mais qui ne font pas les gros titres des médias parce que ce n'est pas aussi brutal qu'une pandémie.  

Parmi ceux-là, on peut citer l'antibiorésistance, les questions d'obésité, et celui sur lequel j'aimerais m'attarder, c'est celui de la pollution de l'air. Il faut savoir que l'OMS estime que la pollution de l'air tue aujourd'hui 7 millions de personnes par an dans le monde. C'est, à l'échelle mondiale, plus que l'alcool, que le VIH, que la tuberculose, que la malaria, et c'est à peu près autant que le tabac. Pour autant, on n'en parle absolument pas.  

Là-dessus, il y a des choses qui peuvent être faites. Par exemple, que les États reconnaissent au niveau national les seuils de pollution de l'air définis comme sains ou pas sains par l'OMS. 

Aujourd’hui, chaque État détermine ses propres seuils de ce qui est sain ou non pour la santé en termes de pollution de l'air. Et ils sont tous au-dessus d'ailleurs de ce que recommande l'OMS. Et donc, on a beaucoup d'États qui considèrent avoir un air sain, alors qu’au regard de la recherche, il ne l'est pas. Mais pour eux, il n’y a pas de nécessité d'action puisque leur air est "sain". 

Vous avez effectué des stages en médecine au Japon et au Chili. En quoi ces expériences ont-elles influencé votre vision de la médecine ? Pensez-vous que cette ouverture à l'international constitue un atout dans le cadre du Y20 ?  

On m'avait toujours dit que la France avait les meilleurs soignants et le meilleur système de soins, mais j'ai trouvé énormément de qualités dans les hôpitaux où j'ai pu aller. Je ne tenterai pas de les comparer, mais chacun a ses forces.  

Ceci étant dit, j'ai trouvé beaucoup de choses différentes, par exemple sur le coût de la santé. Quand j'étais au Chili, j'ai vu parfois des médecins dire à des patients : "il y a ce médicament qui existe pour vous, on pourrait vous le prescrire, mais la dose coûte quasiment 1000 dollars et vous allez devoir en prendre toutes les semaines. Donc, je vous propose de vous prescrire ce médicament qui fonctionne un petit peu moins bien, mais qui vous reviendra à peu près 30 dollars par semaine." 

C'est quelque chose que je n'avais jamais vu en France, mais dans la grande majorité des pays dans le monde, le coût de la santé est tout à fait palpable pour le patient. Au Chili, les patients vont devoir payer une partie de leurs soins selon leur couverture de sécurité sociale et d'assurance.  

Et dans l'ensemble, tous les médecins sont formés au coût de la santé. On sait combien ça va coûter de faire un scanner, de faire une radiologie, de prescrire ce médicament… Cette question du coût de la santé, je l'ai trouvée tout à fait intéressante parce que c'est quelque chose sur lequel on n'est absolument pas formé en France.  

Pour autant, c'est absolument central et ça va le devenir de plus en plus avec le débat du coût de la Sécu où les finances publiques deviennent de plus en plus restreintes chaque année. 

Au Japon, j'ai eu une ouverture un peu différente. Je suis allé volontairement dans un service de médecine traditionnelle japonaise parce que c'est quelque chose sur lequel on n'est pas non plus du tout formé en métropole. Même dans le milieu médical, s'il y a une idée, elle est quand même relativement opposée à ce genre de pratique.  

Moi j’avais envie de savoir comment ça se passait dans un grand hôpital, au centre de Tokyo, où il y a de la recherche dans cette spécialité. J’ai pu déconstruire beaucoup d'idées reçues que j'avais sur ce genre de soins, notamment parce que ce sont tous des médecins qui ont été formés à une médecine basée sur la science. 

Ils ont fait onze à douze ans d'études en fonction de leur spécialité. Puis, ils ont choisi de faire une sur-spécialité qui dure trois ans pour faire de la médecine traditionnelle japonaise. Donc, ils ont ce double bagage de compétences.  
 
Quelles sont les prochaines étapes pour le Y20 et pour votre parcours d’étudiant ?  

Pour ce qui est d'abord du Y20, il va avoir lieu à Washington, aux États-Unis, du 11 au 14 août. D'ici là, les grandes dates pour nous, c'est tous les dimanches, où on a plusieurs heures de négociation en ligne avec nos homologues. La remise du communiqué se fera dans les jours qui suivent le sommet.  

Me concernant, j'ai toujours eu deux, trois spécialités en tête : soit la médecine générale, soit la médecine d'urgence ou la santé publique. Pour ma ville de spécialité, je suis quasiment sûr d’aller à Paris.  

Comment avez-vous réussi à concilier vos études avec ce type d'engagement ?  

Je n’ai pas pris de césure. Les premières années ont été un peu dures en termes d'organisation. Lorsque j’ai fait ma césure au Chili, j'en ai profité pour m'engager fortement à l’Anemf. Et c'est là que j'ai pu un petit peu apprendre à m'organiser. Car je dirais que ça se joue sur l'organisation et sur le "sacrifice" car c’est vrai que j'ai passé quasiment toutes mes vacances sur ces dernières années dans des congrès aux quatre coins du monde.  

Mais c'est ce qui me plaît. Mes vacances à moi, c'est de me rendre à l'Assemblée mondiale de la santé pour parler de ces sujets qui me passionnent. 

Et puis, pour les études, évidemment, j'ai toujours fait en sorte de me fixer mes objectifs, d'être clair dessus et de me donner les moyens d'y arriver, en les faisant passer devant quand il y en avait besoin, même si ça a été un gros travail sur mon agenda. 

 
 

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