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"La France ne paie pas ses médecins comme elle le devrait"

Le ministre de la Santé François Braun est attendu de pied ferme à Antibes, ce vendredi 23 septembre, pour l'ouverture des Universités d'été de la CSMF. A quelques semaines du lancement des négociations conventionnelles, le syndicat appelle la Cnam et le Gouvernement à "donner aux médecins libéraux les moyens de répondre aux besoins de soins" des Français, en libérant du temps médical, mais aussi en valorisant l'expertise des praticiens. "On ne réorganisera pas la médecine de ville avec une consultation à 25 euros", insiste le Dr Frank Devulder, président de la CSMF, dans un entretien accordé à Egora.
 

Egora : Les Universités d'été de la CSMF ont pour thématique cette année "Nationaliser la médecine libérale ? Non merci !" Serait-ce une mise en garde adressée à la Cnam, à quelques semaines du lancement des négociations conventionnelles ?



Dr Franck Devulder : C'est une mise en garde envers tout le monde. Envers ce groupe de députés et sénateurs qui s'intitulent "Les transpartisans" qui imaginent que c'est par la suppression de la liberté d'installation et par la coercition que les problèmes seront résolus. Envers ceux qui pensent que la solution, c'est le salariat des médecins. Et envers ceux qui tentent de financiariser la médecine française, en créant des centres de soins de non programmés, ou en investissant dans la télémédecine, comme le groupe Crédit agricole qui explique dans Les Echos qu'ils ont pour objectif d'accompagner le passage de la médecine de ville « d'un modèle libéral à un modèle salarié » et attirer des « médecins des cliniques ». Nous avons alerté dans un communiqué du 19 septembre. Et nous avons interpellé à ce sujet la Cnam, le ministère et la députée Stéphanie Rist, rapporteuse générale de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée. Nationalisation d'un côté, financiarisation de l'autre… avec le même résultat.

 

Quels sont les enjeux principaux de ces négociations pour la CSMF ?

Donner à la médecine libérale les moyens qui vont lui permettre de répondre mieux aux besoins de soins des Français, dans une politique de confiance, de liberté et de responsabilité que j'ai qualifiée de "droits et devoirs".

Valorisons l'expertise médicale, pour libérer du temps aux médecins. A la CSMF, nous défendons la hiérarchisation des consultations à quatre niveaux, pour toutes les spécialités. Lorsque je suis médecin généraliste ou spécialiste et que je reçois un patient pour la première fois, ma consultation, qui sera plus longue, sera valorisée à hauteur de 60 euros : ça va pousser les médecins à voir plus de patients différents. Ce même niveau de tarification doit s'appliquer pour le suivi du patient chronique : mais si ce dernier est stabilisé, je vais le voir moins souvent, peut-être deux fois par an, tandis que d'autres professionnels de santé -notamment les IPA- prendront le relais dans l'intervalle.

Il faut également donner les moyens de mieux s'organiser, de se coordonner : mettre en place les équipes de soins primaires, les équipes de soins spécialisées, des maisons de santé (et non des centres de santé)…

Ce sont les deux piliers. Mais il y beaucoup d'autres mesures. Il faut revaloriser le forfait patientèle médecin traitant. Pour développer les soins non programmés (SNP) et les SAS*, on l'a vu cet été, la majoration de l'acte régulé à 15 euros pour le généraliste, ça marche. Il faut également inciter les autres spécialistes à voir des patients en SNP : la majoration coordination urgence (MCU), aujourd'hui limitée aux actes cliniques effectués sur des patients vus dans les 48 heures après adressage du médecin traitant, doit être élargie. Elle doit passer à 5 jours, toujours sur adressage pour éviter tout effet d'aubaine, mais cela peut venir du médecin traitant, d'un régulateur, d'un urgentiste…

Nous demandons depuis longtemps à pouvoir associer lors d'une même consultation un acte clinique et un acte technique ou plusieurs actes techniques sans réduction du tarif. De toute façon, le patient aura son échographie et son infiltration du genou… mais ça éviterait d'occuper deux plages horaires et de générer deux déplacements, dans le contexte actuel. Tout cela libérerait du temps médecin.

"Il n'y a pas que l'argent dans la vie, mais cela joue sur l'attractivité de nos métiers"

 

 

Cela passe donc par la rémunération…

La Rosp doit être accessible à toutes les spécialités, mais elle doit être simplifiée. Il faut moins d'indicateurs : pas plus de 10 pour la médecine générale, et pas plus de 5 pour les autres spécialités. La Rosp des généralistes c'est 29 indicateurs : est-on vraiment capable de suivre autant d'indicateurs de qualité de sa pratique, à moins d'y passer tout son temps ? Il faut que la Rosp soit suffisamment incitative : l'objectif cible, c'est 5000 euros par an et par médecin. Alors que la Rosp des pédiatres est à moins de 500 euros par an, celles des gastro-entérologues -ma spécialité – aux alentours de 1300 euros, soit dans les 3 euros par jour…

Nous avons le souci que la France paie ses médecins comme elle le devrait. Aujourd'hui ce n'est pas le cas...

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