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Certification périodique et DPC : "L’enjeu est de ne pas empiler les obligations"

A quelques mois de l’entrée en vigueur de la certification périodique, fixée au 1er janvier 2023, on en sait encore peu sur le contenu de cette nouvelle obligation et son articulation avec le Développement professionnel continu. Quoi qu’il en soit, l’obligation de DPC, elle, n’est pas vouée à disparaître, prévient Michèle Lenoir-Salfati, directrice générale de l’Agence nationale du DPC, qui détaille pour Egora les chantiers à venir.
 

Egora.fr : Les orientations prioritaires pour la période 2023-2025 viennent enfin de paraître avec un peu de retard. A quoi était-il dû ? Comment se sont déroulées les discussions avec les conseils nationaux professionnels (CNP) ?


Crédit photo : Maya Angelsen

Michèle Lenoir-Salfati : Ce retard n’est pas dû aux travaux avec les CNP. Il est lié au changement de ministre et de cabinet à la suite des élections législatives. Le temps qu’un cabinet se réunisse, regarde puis valide les orientations prioritaires a été un peu plus long que ce que nous avions prévu dans l’agenda – nous souhaitions une parution au mois de juillet. A l’évidence, avec la problématique des urgences, les orientations prioritaires de DPC n’étaient pas en haut de la pile.

Nous avons d’abord travaillé avec l’Etat et les différents ministères pour qu’ils définissent les orientations de politique de santé nationale. Nous avons adressé ces orientations ainsi que les fiches de cadrage aux différents CNP en leur demandant s’ils avaient des enjeux complémentaires à proposer. Ces derniers nous ont fait des propositions, qu’on leur a retournées avec un certain nombre de commentaires. Puis nous les avons accompagnés pour définir le périmètre de leurs orientations et nous les avons guidés dans la rédaction des fiches de cadrage pour qu'elles soient les plus claires possibles.   

La discussion est terminée avec de nombreux CNP, pour lesquels des orientations sont publiées. On est en train de finaliser la discussion avec d’autres professions : les biologistes, les kinésithérapeutes, les aides-soignants, les orthoptistes, etc.

Ça a été un dialogue constructif.

 

Quelles sont les priorités identifiées pour les médecins généralistes ?

Il y a des orientations qu’ils ont souhaité reproduire – les gestes utiles, les spécificités diagnostiques en médecine générale. Et de nouvelles orientations, pour lesquelles le fil conducteur était de tenir compte de la spécificité de la médecine générale. Le généraliste a un regard plutôt englobant sur la situation de santé mais aussi la situation sociale et psychique du patient. C’est ce qui a permis de décliner pas mal d’orientations : le modèle biopsychosocial, la mise en œuvre de psychothérapies de soutien, la prévention intégrée… A ce sujet, il y avait l’idée qu’il ne s’agissait pas de faire une action de prévention contre le cancer, le tabac, etc. mais bien de l’intégrer au fil des consultations en fonction de l’état du patient et de son interrogation.

 

Les orientations comportent des nouveautés. Certaines, arrêtées par l’Etat, ciblent spécifiquement des professions. Pourquoi ?

Jusque-là, toutes les orientations d’Etat s’adressaient à toutes les professions même pour des sujets qui, au fond, n’intéressaient pas tout le monde. L’idée qui est venue dans les discussions avec les administrations était de dire qu’il y avait aussi des enjeux d’amélioration des pratiques ou de maintien de compétences pour les professions en première ligne dans la prise en charge. Cela rejoint une problématique pédagogique sur laquelle nous sommes très vigilants.

C’était aussi une façon d’éviter certains types d’actions de DPC qui sont déposées chez nous, et pour lesquelles des organismes de DPC (ODPC) cochent absolument tous les publics. Cela pose deux problèmes : en fonction du public, de la profession ou de la spécialité, ce n’est pas nécessairement le même contenu qui doit être construit et adressé ; et, surtout, ce sont des gens qui ne sont pas nécessairement amenés à travailler ensemble, donc il n’y a pas d’intérêt à les voir se former ensemble.

L’idée était ainsi d’aboutir à la construction d’actions plus pertinentes, ciblées sur les publics qui doivent prendre en charge et se coordonner. Dans la prise en charge de l’autisme par exemple, les orientations allaient viser les ocularistes ou les audioprothésistes. Au regard des objectifs de repérage précoce et de prise en charge, ce n’était pas du tout leur sujet, même s’il peut bien sûr y avoir de l’appareillage en audioprothèse d’une personne atteinte d’un trouble autistique. Mais ce n’est pas cela l’enjeu.

 

Quel est le bilan de l’ANDPC pour l’année 2022 ?

Le bilan n’est pas encore fait, l’année n’étant pas terminée. On sait par ailleurs que traditionnellement le dernier trimestre est extrêmement dynamique. On a toutefois pu dégager des tendances. Il y a des professions qui restent stables, notamment les médecins. On a du mal à dépasser le tiers de médecins engagés – toutes spécialités confondues. Il y a aussi des professions qui, cette année, ont un peu baissé en termes d’inscriptions et de consommation : les infirmiers, les kinésithérapeutes… En revanche, trois professions sont dans une grande dynamique ; jamais vue pour les chirurgiens-dentistes : ces derniers étaient relativement sceptiques vis-à-vis du DPC au départ, et s’engageaient peu, maintenant ils se sont emparés du dispositif. Deux autres professions ont repris une dynamique : les biologistes et les pharmaciens, qui ont passé une très grande partie des années 2020-2021 - et même début 2022 - à tester la population contre le Covid-19 et n’avaient plus guère le temps d’aller faire de la formation. Depuis cette accalmie – dont on espère qu’elle va durer, les inscriptions sont en hausse.

Par ailleurs, il y a un point qui explique l’engagement moindre global : depuis 2022, les professionnels remplaçants non conventionnés ne sont plus pris en charge par l’Agence. A l’évidence, c’est quelque chose qui a joué. Depuis que nous avons la liste des professionnels conventionnés – qui nous parviennent de la Caisse nationale d’Assurance maladie et de l’Agence du numérique en santé (ANS), cela nous a permis de voir qu’avaient été élus à notre prise en charge, des personnes qui n’auraient pas dû l’être.

 

Moins de la moitié des médecins se sont engagés sur la période triennale 2020-2022 d’après les chiffres parus en juin. Qu’en est-il pour les généralistes ? Comment expliquer ce désintérêt ?

Il est difficile de le savoir. Ce que disent les représentants des organisations syndicales de généralistes, c’est qu’il y a une forme de plafond de verre que nous ne parvenons pas à traverser : depuis 20 ans, nous avons un tiers des médecins qui sont engagés, dont une majorité qui est très active – c’est-à-dire que les praticiens vont bien au-delà des deux actions minimales sur le triennal. Et puis nous avons une série de médecins qui ne s’investissent pas. Est-ce qu’ils se forment ailleurs ? Peut-être ; sans doute. Est-ce que ce sont les thématiques qui ne conviennent pas ? J’ai du mal à le croire. Lorsque l’on regarde l’arrêté, toutes les thématiques principales qui pourraient intéresser un généraliste y sont, je crois.

On essaie de les inciter en communiquant, mais je pense aussi qu’il faut des relais. Les CNP ayant proposé leurs orientations prioritaires doivent les promouvoir auprès de la profession qu’ils représentent...

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