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Ce que l'on sait de Surgisphère, la mystérieuse société au cœur du "Lancet gate" sur l'hydroxychloroquine

Cette petite entreprise américaine affirme avoir collecté les données de près de 96 000 patients atteints de Covid-19, hospitalisés dans 671 hôpitaux dans le monde, qui ont servi de base à la plus grande étude rétrospective sur l'hydroxychloroquine publiée jusqu'ici. Leur fiabilité est aujourd'hui remise en cause. 

"Surgisphere est sorti de nulle part pour mener peut-être l'étude mondiale la plus influente sur cette pandémie en l'espace de quelques semaines", résume dans The Guardian le Dr James Todaro, fondateur du site Medicineuncensored.com, qui recense les études publiées sur l'hydroxychloroquine.  

Fondée en 2007, cette petite société américaine (11 employés) basée à Chicago est aujourd'hui au cœur du "Lancetgate", polémique entourant l'étude sur l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19, publiée par The Lancet le 22 mai dernier. Car c'est elle qui a fourni les données servant de base à cette étude observationnelle, dont les résultats, clairement négatifs, ont conduit l'OMS à suspendre ses essais cliniques sur le médicament et plusieurs pays, dont la France, à modifier leur stratégie thérapeutique. 

Emettant de sérieux doutes sur la fiabilité des données, invérifiables, trois des auteurs de l'étude se sont rétractés. Le quatrième n'est autre que le Dr Sapan Desai, chirurgien vasculaire de 41 ans, fondateur de Surgisphere et auteur de plusieurs dizaines d'études référencées sur PubMed. 

Comment cette petite entreprise inconnue a-t-elle pu collecter en un temps record auprès de 1.200 hôpitaux de 46 pays près de 96.000 dossiers de santé électroniques de patients atteints de Covid, "y compris ceux avec une technologie limitée" en conciliant "différents langages et systèmes de codage, tout en respectant les règles réglementaires, de protection des données et d'éthique de chaque pays", s'interroge The Guardian ? D'autant que plusieurs employés ne semblent pas avoir de bagage scientifique : l'un est...

un auteur de science-fiction, l'autre (directrice des ventes) est hôtesse dans l'événementiel. 

"Nous utilisons beaucoup d'intelligence artificielle et d'apprentissage automatique pour automatiser autant que possible ce processus, ce qui est le seul moyen pour qu'une tâche comme celle-ci soit possible", répond le Dr Desai au Guardian. 

Après une erreur relevée sur les données australiennes, le quotidien a contacté cinq hôpitaux à Melbourne et deux à Sydney, dont la coopération aurait été essentielle pour que le nombre de patients australiens dans la base de données soit atteint : "Tous ont nié tout rôle dans une telle base de données". Même réponse du côté de l'AP-HP, sollicitée par Le ParisienDe quoi jeter le discrédit sur l'ensemble de la base. Et le refus de Surgisphere de communiquer sur sa méthodologie n'est pas de nature à dissiper les doutes. 

CV gonflé, récompenses médicales exagérées, projets avortés, poursuites pour erreur médicale… The Guardian, Le Parisien ou encore The Scientist dressent par ailleurs un portrait peu flatteur du fondateur de Surgisphere, qui se mure aujourd'hui dans le silence.

 

[avec The GuardianThe Scientist et Le Parisien

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