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Quand la médecine générale n’est "pas rentable"

En stage au cabinet d’un généraliste, l’interne blogueur Litthérapeute découvre que parfois, le "vrai motif" de la consultation n’est pas celui qu’on croit, et que 15 minutes ne suffisent pas. Alors que la journée file et que les retards s’enchaînent, un constat s’impose : la médecine générale, profondément humaine, ne peut être chronométrée et soumise à des impératifs comptables.

 

"Le bras en écharpe, il s’est levé depuis la salle d’attente avec un léger sourire. Il a traversé la pièce, a attrapé avec son bras droit la main tendue du médecin généraliste, puis la mienne.

-       ‘Je vous présente Litthé, mon interne. C’est lui qui va diriger la consultation : vous êtes d’accord ?’

Il acquiesce en souriant, et entre dans la pièce de consultation. Je le suis. Son regard fait le tour de la salle, il marque un arrêt de quelques secondes avant de se diriger vers le fauteuil qui fait face au bureau. Je m’installe sur l’imposante chaise, de l’autre côté, et le médecin généraliste prend place sur une autre, plus petite, plus en retrait. Pendant quelques secondes, qu’il me semble toujours intéressantes à laisser, un silence s’invite.

Les regards vont et viennent. Les murs, le bureau, l’ordinateur, le médecin, son interne. Le bras drapé, le visage, l’allure, le positionnement, les affaires. Chacun s’évalue silencieusement. On dit souvent que les 20 premières secondes sont assez prédictives de la qualité de la relation qui va opérer. Autant leur laisser le champ libre pour être, sans autre influence que tout ce qu’on ne pourra peut-être pas changer : les âges, les sexes, et tous les indices qui suggèrent les personnalités qui vont se rencontrer.

Parfois, un sourcil interrogateur du patient se lève, et une question du type ‘Que pouvons-nous faire pour vous ?’ ou un plus simple ‘Nous vous écoutons’ est prononcé(e). D’autres fois, comme ce jour-là, c’est le patient lui-même qui prend l’initiative d’expliquer ce qui l’amène à consulter. Ou qui s’inquiète, en disant, par exemple : ‘Vous voulez la carte vitale ?’.

 

Et la consultation devint tout autre...

Monsieur L. a une quarantaine d’années. Il consulte habituellement un autre médecin généraliste, actuellement en vacances. Il y a une dizaine de jours, il est venu nous consulter pour une vilaine blessure à l’occasion de la reprise du sport en musculation. Le diagnostic de déchirure musculaire a été posé, et un arrêt de travail, se terminant bientôt, a été prescrit. Outre un arrêt récent de tabac et la résolution d’un trouble de l’usage de l’alcool, il ne présente pas d’antécédents particuliers. Il nous explique que malgré les antalgiques et l’immobilisation douce, son biceps lui fait encore très mal. Nous savons qu’il travaille comme préparateur de commande dans une société qui expédie des produits lourds, mais il ne parle pas de son arrêt.

Nous discutons un peu. Je reprends l’histoire de la blessure. Je l’examine : le biceps est douloureux en pleine masse musculaire, à l’écart de toute articulation ou tendon, et les mouvements sont encore très douloureux. La consultation se présente simplement. Nous discutons de la gestion de la douleur et de l’introduction d’autres antalgiques. Monsieur L. parle poliment. Il a l’air presque détendu. Et c’est presque l’air de rien qu’après un moment de silence, il ajoute quelque chose.

-       ‘Au fait docteur, je ne sais pas s’il faut que je vous le dise, mais je viens de me séparer de ma femme.’

Et là, la consultation devint tout autre...

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