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Cancer prostatique : remise en cause du rôle de la testostérone

Forts d’une vaste étude, des chercheurs français remettent en cause l’idée établie depuis des décennies, selon laquelle le cancer de la prostate est lié à un excès de testostérone. Au contraire, un déficit en cette hormone pourrait favoriser une forme agressive de la tumeur.

Selon ces spécialistes de l’hôpital Foch (Suresnes, 92), ces nouvelles données sont susceptibles de modifier la prise en charge de nombreux patients dans plusieurs domaines : le cancer prostatique, avec une remise en cause de la castration hormonale dans les formes localisées ; mais aussi l’hypogonadisme, qui est associé à de nombreuses pathologies, avec un élargissement des indications de la supplémentation en testostérone.

Depuis une étude publiée dans les années 1940 par Charles Huggins, on considère que la testostérone est l’hormone du cancer de la prostate. Ce praticien américain, prix Nobel de médecine de 1966, déclarait ainsi en 1941 : "si la production d'hormones sexuelles masculines est empêchée par la castration ou si une hormone sexuelle féminine est ajoutée, le cancer pourrait être combattu". De cette observation est né le traitement par castration chirurgicale ou médicale du cancer prostatique. Mais aussi son corollaire, qui est que la prescription de testostérone doit être interdite à tout homme adulte.

Cependant, cette attitude est depuis quelques années remise en cause. En effet, aucune donnée probante n’a mis en évidence qu’un excès de testostérone, ou la correction d’un hypogonadisme chez les pus de 50 ans, induit un surrique de cancer de la prostate. Au contraire, "il est suspecté depuis quelques années que c’est plutôt un taux insuffisant de testostérone (hypogonadisme) qui serait un facteur associé à une gravité particulière du cancer de la prostate", affirment les chercheurs.

Pour approfondir cette question avec des données plus rigoureuses, ces spécialistes du service d’urologie de l’hôpital Foch ont mis en place le programme Androcan, avec le soutien de la Fondation Foch. Il s’agit d’une étude prospective multicentrique (4 centres urologiques en France) et observationnelle. Elle a recruté au total 1 343 patients porteurs d’un cancer de la prostate localisé qui ont reçu une prostatectomie radicale robot-assistée. Tous les patients ont bénéficié, en pré-opératoire immédiat, d’un bilan hormonal large (incluant les précurseurs et les métabolites de la testostérone).

Les résultats (Hormones et Cancer, 6 octobre 2018), ont mis en évidence "de façon indiscutable" selon les termes des auteurs, que "ce qui fait la gravité du cancer localisé de la prostate c’est l’hypogonadisme et pas un hypothétique excès de testostérone comme invoqué depuis l’article de Huggins de1940". En effet, les analyses ont montré que 50% des hommes présentant un déficit en testostérone présentaient un forme plus aggressive du cancer ; alors que ce n’était le cas que chez 30% des hommes non hypogonadiques. Il en résulte une remise en cause "totale" de la castration en cas de cancer localisé. L’explication tient dans le fait que les travaux d’Huggins ne concernaient que les cancers métastatiques, qui "aujourd’hui représentent moins de 10% des cas" rappellent les chercheurs. En effet, à l’époque les moyens diagnostiques ne permettaient pas de détecter ces cancers précocement. Les auteurs préconisent...

Sources : 

Dossier de presse de l’hôpital Foch sur Androcan. Hormones et cancer, 8 octobre 2018. Avec AFP

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30293206

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