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Le "syndrome de l’éolienne" existe-t-il ?

La question des nuisances des éoliennes est une fois de plus posée. Une analyse de la littérature effectuée par l’Académie nationale de médecine montre que les nuisances sonores et surtout visuelles qu’elle entraînent affectent la qualité de vie de certains riverains.

Du fait d’une volonté écologique et de développement durable affichée des derniers gouvernements qui se sont succédé ces dernières décennies, la filière éolienne terrestre s’est largement développée sur notre territoire. Elle occupe désormais la deuxième place des énergies renouvelables (25%), derrière la filière hydraulique (57%) mais devant les filières solaire (14%) et bioénergétique (4%). Parallèlement, les plaintes de riverains se sont multipliées. Ces plaintes font état de troubles fonctionnels divers: d’ordre généraux (troubles du sommeil, fatigue, nausées,…), neurologiques (céphalées, acouphènes, troubles de l’équilibre, vertiges,…), psychologiques (stress, dépression, irritabilité, anxiété, difficultés de concentration, troubles de la mémoire,…), endocriniens (perturbation de la sécrétion d’hormones stéroïdes, …), ou même cardio-vasculaires (hypertension artérielle, maladies cardiaques ischémiques, tachycardie,…). Enfin, certains troubles recensés ont plutôt trait aux aspects socio-comportementaux (perte d’intérêt pour autrui, agressivité, baisse des performances professionnelles, accidents et arrêts de travail, déménagement, dépréciation immobilière, etc.). Finalement, ces perturbations sont caractérisées par leur non spécificité, leur subjectivité, et ne concernent qu’une partie des riverains.

Alors qu’en est-il réellement ? Pour faire un point rigoureux des connaissances scientifiques sur ce sujet, l’Académie nationale de médecine a monté un groupe de travail dirigé par le Pr Patrice Tran-Ba-Huy, dont l’objectif était d’analyser l’impact sanitaire réel des éoliennes et de proposer des recommandations susceptibles d’en diminuer la portée éventuelle. Les auteurs du rapport ont analysé la littérature et auditionné de nombreuses personnalités. Ils confirment que si certains symptômes, "rares, peuvent avoir une base organique comme les troubles du sommeil ou les équivalents du mal des transports", "la très grande majorité d’entre eux est plutôt de type subjectif, fonctionnel, ayant pour point commun les notions de stress, de gêne, de contrariété, de fatigue". Pour les académiciens, ils appartiennent à ce qu’ils appellent les "intolérances environnementales idiopathiques".

Pour aller plus loin et savoir à quoi étaient dus ces symptômes, les académiciens ont analysé les données de la soixantaine d’articles publiés à ce jour sur les effets sur la santé des éoliennes. Cela leur a permis de classer les nuisances sanitaires liées aux éoliennes en trois catégories : les nuisances sonores, visuelles, et les facteurs psychologiques.  

 

Un faible impact sonore

Ainsi, c’est le bruit émis par les éoliennes qui est le plus souvent mis en cause. Après analyses de la littérature, les auteurs du rapport considèrent que son intensité est pourtant "relativement faible, restant souvent très en-deçà de celles de la vie courante" - évaluée entre 45 et 72 dB -, et que "les plaintes ne semblent pas directement corrélées à cette intensité". En outre, le son généré par le rotor de l’éolienne et par la rotation de ses pales, notamment lorsque celles-ci passent devant le mât, est essentiellement composé de basses fréquences et d’infrasons. Or, ces infrasons ont souvent été incriminés. Mais pour le Pr Tran-Ba-Huy, leur rôle "peut être raisonnablement mis hors de cause […] sauf peut-être dans la survenue de certaines manifestations vestibulaires, toutefois très mineures en fréquence par rapport aux autres symptômes". En effet, lorsque l’on effectue des mesures aux distances réglementaires minimales d’éloignement des éoliennes (500 mètres), on s’aperçoit que l’intensité des infrasons et des basses fréquences émis par les éoliennes est faible, ne dépassant jamais 60 dB. Ils sont donc généralement inaudibles et peu susceptibles d’occasionner une gêne.

Pour le spécialiste, seul l’aspect intermittent du bruit pourrait être mis en cause : "le caractère intermittent, aléatoire, imprévisible, envahissant du bruit généré par la rotation des pales, survenant lorsque le vent se lève, variant avec son intensité, interdisant toute habituation, peut indubitablement perturber l’état psychologique de ceux qui y sont exposés", affirme-t-il. Avant d’ajouter que globalement, "les nuisances sonores semblent relativement modérées aux distances 'règlementaires', et concerner surtout les éoliennes d’anciennes générations".

 

Pollution visuelle et conséquences psychosomatiques

Sur le plan de la vue, certaines personnes ont évoqué un effet stroboscopique lié à la rotation des pales sous un certain éclairage ou aux feux de signalisation présents sur les éoliennes, et suggéré que cela pouvait entraîner des crises épileptiques.

Mais pour les auteurs du rapport, les conditions nécessaires à la réalisation de cet effet sont exceptionnelles et aucun cas d’épilepsie n’est actuellement avéré dans les études. "Le risque d’épilepsie dit photosensible, lié aux 'ombres mouvantes' (shadow flickers), ne peut être raisonnablement retenu", assurent les académiciens. En revanche, un impact psychologique du à la "défiguration du paysage" est réel. Ainsi, cette "pollution visuelle" de l’environnement qu’occasionnent les fermes éoliennes avec pour corollaire la dépréciation immobilière des habitations proches génère des sentiments de contrariété, d’irritation, de stress, de révolte avec toutes les conséquences psycho-somatiques qui en résultent", affirment les auteurs du rapport. Et ce sentiment est amplifié par les perspectives de développement du parc éolien dans les années à venir. "Curieusement, cette nuisance visuelle ne semble pas ou très peu être prise en considération par les décisionnaires politiques ou les promoteurs et industriels concernés (étant posé qu’aucun d’entre eux n’installerait ou n’acquerrait une propriété à proximité d’un parc éolien !)", dénoncent les académiciens.

Le groupe de travail souligne, par ailleurs, l’existence de facteurs individuels pouvant expliquer que seul une partie des riverains (entre 4 et 20% selon les diverses enquêtes) expriment une gêne. Ces éléments peuvent être liés à l’audition (écarts inter-individuels de sensibilité auditive, hyperaccousie, presbyacousie…), ou liés à la personnalité des sujets. "Certains profils, émotifs, anxieux, fragiles, hypochondriaques voire 'écologiquement engagés' prêteront une attention 'négative' à toute perturbation de leur environnement. D’un point de vue médical, il ne peut être nié que ces facteurs soient responsables de symptômes psychosomatiques (insomnie, dépression, troubles de l’humeur, etc.), lesquels, fragilisant l’individu, peuvent à terme retentir sur sa santé", précise ainsi le rapport.

 

Une atteinte à la qualité de vie

Il ressort de cette analyse de la littérature que si l’éolien terrestre ne semble pas induire directement des pathologies organiques, "il affecte au travers de ses nuisances sonores et surtout visuelles la qualité de vie d’une partie des riverains. Or la définition de la santé représente aujourd’hui 'un état de complet bien-être physique, mental et social, ne consistant pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité'", rappellent les académiciens. Dans cette acception, "force est d’admettre que le syndrome des éoliennes, quelque subjectifs qu’en soient les symptômes, traduit une souffrance existentielle, voire une détresse psychologique, bref une atteinte de la qualité de vie". Et ce même si ce syndrome ne concerne qu’une partie des riverains. Ils considèrent donc qu’une action mérite d’être engagée "pour obtenir une meilleure acceptation du fait éolien imposé par les autorités publiques et limiter la dégradation de la qualité de vie ressentie par les plaignants".

 

Les recommandations de l’Académie

Dans le double souci d’améliorer l’acceptation du fait éolien et d’atténuer son retentissement sanitaire, direct ou indirect, le groupe de travail de l’académie de médecine a recommandé de :

- s’assurer que, lors de la procédure d’autorisation, l’enquête publique soit conduite avec le souci d’informer pleinement les populations riveraines, de faciliter la concertation entre elles et les exploitants, et de faciliter la saisine du préfet par les plaignants ;

- n’autoriser l’implantation de nouvelles éoliennes que dans des zones ayant fait l’objet d’un consensus de la population concernée quant à leur impact visuel, sachant que l’augmentation de leur taille et leur extension programmée risquent d’altérer durablement le paysage du pays et de susciter de la part de la population riveraine – et générale - opposition et ressentiment avec leurs conséquences psychiques et somatiques ;

- systématiser les contrôles de conformité acoustique dont la périodicité doit être précisée dans tous les arrêtés d’autorisation et non au cas par cas ;

- encourager les innovations technologiques susceptibles de restreindre et de "brider" en temps réel le bruit émis par les éoliennes et d’en équiper les éoliennes les plus anciennes ;

- ramener le seuil de déclenchement des mesures d’émergence à 30 dB A à l’extérieur des habitations et à 25 à l’intérieur ;

- entreprendre, comme recommandé dès 2006, mais non entrepris jusqu’à présent, une étude épidémiologique prospective sur les nuisances sanitaires. 

 

Le parc éolien français
Avec un parc de 4 à 5000 éoliennes, la France se situe en 4ème position en Europe en termes de capacité de production, après l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Cela lui permet de générer 11 166 MegaWatts (MG), et d’assurer 5% de la consommation d’électricité en France métropolitaine.
Pour l’avenir, la programmation pluriannuelle des energies (PPE) prévoit d’en couvrir 10%, avec l’installation d’environ 500 nouvelles éoliennes par an. 15 000 MW devraient ainsi être produits en 2018 et entre 21 800 MW et 26 000 en 2023.

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