Aspirine en prévention primaire chez les diabétiques : des bénéfices absolus largement contrebalancés par le risque hémorragique

30/10/2018 Par Pr Philippe Chanson
Cardio-vasculaire HTA
Le diabète est associé à une augmentation du risque d’événement cardiovasculaire.

L’utilisation de l’aspirine réduit le risque d’événement vasculaire mais augmente le risque de saignement. En 2009, une méta-analyse impliquant 95 000 patients dans 6 essais de prévention primaire a montré que l’utilisation de l’aspirine réduisait de 12 % le risque d’événement vasculaire grave mais qu’elle augmentait de 50 % le risque de saignement. Seuls 44 % des participants de cette grande méta-analyse étaient diabétiques. C’est ce qui a amené à mettre en place une vaste étude, l’étude ASCEND, où des patients diabétiques sans pathologie cardiovasculaire évidente au départ de l’étude ont été assignés à recevoir de manière randomisée soit de l’aspirine à la dose de 100 mg par jour, soit du placebo. Le critère d’évaluation principal était le 1er événement vasculaire grave (par exemple infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral ou accident ischémique transitoire ou décès de cause vasculaire, sauf hémorragie intracrânienne). Le critère d’évaluation principal en termes de tolérance était le 1er événement hémorragique grave, c’est-à-dire hémorragie intracrânienne, saignement oculaire altérant la vision, saignement gastro-intestinal ou autre hémorragie grave. Un total de 15 480 participants a été randomisé. Au cours d’un suivi moyen de 7.4 années, des événements vasculaires graves sont survenus dans un pourcentage significativement inférieur des participants du groupe aspirine (658, soit 8.5 %) en comparaison du groupe placebo (743, soit 9.6 %), donnant un rapport des taux de survenue de 0.88 (IC 95 % = 0.79 à 0.97 ; p = 0.01). En revanche, les événements hémorragiques majeurs sont survenus chez 314 participants (4.1 %) du groupe aspirine et chez 245 (3.2 %) du groupe placebo, donnant un rapport des taux de survenue de 1.29 (1.09 à 1.52 ; p = 0.003), la plupart des saignements supplémentaires étant des saignements gastro-intestinaux ou autres extra-crâniens. Il n’y avait pas de différence significative entre le groupe aspirine et le groupe placebo en termes d’incidence du cancer gastro-intestinal (2 % dans chaque groupe) ou de survenue de tous les cancers (11.6 % dans chaque groupe). Un suivi à long terme de ces critères est prévu. En conclusion, l’utilisation de l’aspirine prévient les événements vasculaires graves chez les diabétiques qui n’avaient pas de pathologie cardiovasculaire évidente au début de l’étude mais elle est aussi à l’origine d’épisodes hémorragiques majeurs. Les bénéfices absolus sont donc largement contre balancés par le risque hémorragique.

Arrêt maladie : la possibilité de solliciter un deuxième avis auprès d'un confrère spécialiste est-elle une bonne idée ?

Marjan Ad

Marjan Ad

Oui

En tant que medecin traitant je suis fatiguee des demandes abusives et de la necessité de convaincre constamment, je suis fatigue... Lire plus

1 débatteur en ligne1 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
14
Psychiatrie
"La caisse me réclame plus de 40.000 euros" : le combat d'un psychiatre pour des prescriptions basées sur les...
08/04/2026
15
Maladies rares
Qu’est-ce que le syndrome de Moersch-Woltman, dont est atteinte Céline Dion ?
01/04/2026
14
Déontologie
"On m'a sali alors que je n'ai fait que rendre service" : un médecin retraité jugé pour avoir continué à...
10/03/2026
0
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2