Stratégie vaccinale anti-Covid : la HAS définit 5 phases progressives

30/11/2020 Par Marielle Ammouche
Infectiologie
La stratégie vaccinale recommandée par la HAS repose sur l’identification de 5 phases par ordre de priorité, qui progresseront en fonction des doses de vaccins disponibles et des connaissances scientifiques. Les personnes âgées en établissement de santé, ainsi que les professionnels qui s’en occupent, ayant eux-mêmes des facteurs de risque, sont les cibles de la 1ère phase. Ils représentent moins d’1 million de personnes.
 

Très attendue, la Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu ce matin son avis concernant la priorisation des populations à vacciner contre l’infection Covid-19. Elle a défini 5 phases, les populations prioritaires étant les personnes âgées résidant en Ehpad, - qui constituent près 1/3 es décès totaux liés à l’infection -, ainsi que le personnel à risque qui s’en occupe. Le passage d’une phase à l’autre sera fonction de la disponibilité des doses vaccinales et de l’évolution des connaissances scientifiques. La stratégie tient compte des données de la littérature actuellement disponibles, et qui sont encore marquées par de nombreuses incertitudes. En particulier, si les experts s’accordent pour dire que les vaccins apportent un bénéfice individuel, permettant de réduire le nombre de formes graves de la maladie et les décès, le bénéfice collectif concernant un impact sur la transmission dur Sars-CoV-2 n’est actuellement pas connu. La durée de protection des vaccins reste aussi incertaine. « Pour que la stratégie vaccinale vise le contrôle de l’épidémie, il est nécessaire d’attendre que les études établissent la preuve que les vaccins ont une efficacité possible sur la transmission du virus et que la disponibilité des vaccins soit suffisante » précise la HAS.

Dans ce contexte, la stratégie de la HAS a pour objectif de diminuer les hospitalisations et les décès liés au Covid tout en préservant les activités du pays et en particulier son système de santé. « Ces vaccins représentent un vrai espoir de sortir de cette épidémie aux conséquences sociales et sociétales majeures » affirme ainsi Dominique Le Guludec, présidente de la HAS. Ils représentent « un vrai espoir au bout du tunnel ». Le fil rouge de la vaccination sera donc de « protéger en priorité les personnes les plus vulnérables et celles qui s’en occupent ».     Deux critères principaux Pour définir la stratégie vaccinale, la HAS a pris en compte deux critères principaux : l’existence d’un facteur de vulnérabilité, et l’exposition accrue au virus. Les facteurs de risque de forme grave de Covid retenus sont...

 l’âge (du fait d’une augmentation linéaire du risque à partir de 50 ans), la présence d’une obésité (IMC supérieur à 30), d’une maladie respiratoire (BPCO/ insuffisance respiratoire), d’une HTA compliquée, d’une insuffisance cardiaque, d’un diabète de type 1 ou 2, d’une insuffisance rénale, d’un cancer récent de moins de 3 ans, d’une transplantation d’organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques, d’une trisomie 21. Mais d’autres pathologies ou formes de handicap pourront être intégrées au fur et à mesure de l’acquisition des connaissances. Pour les facteurs d’exposition, les personnes les plus à risque sont : les professionnels de santé médicaux, les paramédicaux et auxiliaires médicaux, les brancardiers ainsi que les travailleurs sociaux et les personnels du secteur des services à la personne.

Par ailleurs, pour la HAS, la vaccination ne doit pas être obligatoire pour le moment pour favoriser l’adhésion et l’acceptation de la population. Dans ce sens, la campagne doit être fondée sur une « transparence totale ». Mais la question de l’obligation pourra être rediscutée à l’avenir, selon l’évolution des connaissances scientifiques et de la situation sanitaire.     Les médecins de ville vaccinés à la phase 2 ou 3 Les trois premières phases de la stratégie vaccinale sont directement axées sur la vaccination de l’ensemble des personnes à risque, alors que les deux suivantes doivent permettre d’ouvrir largement la vaccination à toutes les personnes majeures. La première phase pourrait commencer au début de l’année 2021, en fonction des autorisations de mises sur le marché (AMM) et des arrivées des doses sur le territoire. Cette phase concerne donc les personnes âgées résidant en Ehpad ou tout autre hébergement collectif, ainsi que les professionnels en contact prolongé et régulier avec des personnes susceptibles d’être infectées par le Sars-Cov-, et qui présentent elles-mêmes un risque de forme grave (professionnels de plus de 65 ans et/ou avec comorbidité). Ces populations représentent moins d’un million de personnes : 750 000 personnes âgées en établissements + 90-100 000 personnels. Pour la 2ème phase, la HAS recommande de vacciner les plus de 75 ans, puis les plus de 65 à 74 ans ayant une comorbidité, puis les autres personnes de 65-74 ans. La vaccination des professionnels se poursuit en priorisant les plus de 50 ans ou présentant une comorbidité, quel que soit leur mode/lieu d’exercice. La 3ème phase s’adressera aux...

plus de 50 ans, mais aussi aux sujets de 18 à 49 ans avec risque de forme grave. Et outre la vaccination de l’ensemble des professionnels du secteur de la santé et du médico-social, la vaccination pourra s’adresser aussi aux « professionnels issus des secteurs indispensables au fonctionnement du pays » (sécurité, éducation par exemple, …). Les phase 2 et 3 représentent respectivement environ 15 et 17 millions de personnes. Au terme de ces 3 premières phases, près de la moitié de la population française devrait donc être vaccinée.

Au cours de la 4ème phase, il s’agira de vacciner les personnes de moins de 50 ans fortement exposées au virus. « Cela concerne notamment les professionnels dont l’environnement de travail favorise une infection (contacts réguliers du public, milieu clos...) ou les personnes vulnérables ou précaires ayant un pronostic moins favorable en cas d’infection par la Covid-19 (résident en hôpital psychiatrique, sans domicile fixe, détenus...) » précise la HAS. Enfin, la 5ème phase concernerait toutes les personnes de plus de 18 ans. Les enfants et jeunes de moins de 18 ans ne font pas partie, pour le moment de la stratégie vaccinale, du fait de l’absence d’essais cliniques chez eux (pas d’AMM des vaccins), et du faible risque de l’infection chez eux.    

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Pierre Tabet

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