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Des pistes de prévention des allergies alimentaires

[CONGRES FRANCOPHONE D'ALLERGOLOGIE] - Les essais d’immunothérapie se multiplient pour prévenir les allergies alimentaires infantiles.

"L’allergie alimentaire a une prévalence de 3,6 % avant l’âge de 17 ans en Europe et est en forte augmentation depuis 10 ans", a rappelé le Dr Dominique Sabouraud-Leclerc (Service de pédiatrie, CHU de Reims). Un phénomène, qui pourrait avoir des causes multiples : introduction dans l’alimentation d’aliments à haut potentiel allergénique (arachides, noix de cajou, sésame, kiwi), diversification alimentaire plus tardive depuis les années 2000, alors que la fenêtre de tolérance alimentaire se situe entre 4 et 6 mois de vie, carence en vitamine D, microbiote, mode de vie urbain…

Il serait important d’éviter ces allergies alimentaires, car elles altèrent fortement la qualité de vie de l’enfant et sa famille, qui vit dans la peur des accidents, et peuvent s’accompagner d’anaphylaxies (prévalence de 0,3 %). "En Europe, les principaux aliments responsables d’anaphylaxie sévère chez l’enfant sont : l’œuf et le lait de vache avant 2 ans, la noix de cajou et la noisette avant 6 ans, et l’arachide à tout âge", a mentionné le Dr Sabouraud-Leclerc.

 

Avancer l’âge de la diversification alimentaire

Un premier axe de prévention consiste à restaurer la barrière cutanée des nourrissons atopiques dans l’espoir de réduire les sensibilisations alimentaires par voie cutanée. Il serait également préférable de démarrer la diversification alimentaire à 4 mois. "Mais, la difficulté est que les recommandations actuelles du Programme national nutrition santé (PNNS) rappellent que jusque 6 mois, l’allaitement exclusif au lait maternel ou au lait infantile couvre tous les besoins alimentaires des nourrissons", a souligné le Dr Sabouraud-Leclerc. "Il faudrait les faire évoluer pour revenir à une diversification plus précoce et peut-être même proposer dès la naissance de petites quantités de lait de vache chez les enfants nourris au sein, pour prévenir des allergies à cet aliment". Une étude rétrospective japonaise conduite chez 374 enfants de moins de 6 ans à haut risque (car porteurs d’une allergie à l’œuf) a suggéré que la consommation de lait de vache avant l’âge de 3 mois prévenait cette allergie au lait (1). L’allaitement maternel, s’il doit être privilégié, ne semble malheureusement pas réduire les allergies alimentaires, alors qu’il a des effets protecteurs sur l’apparition d’un eczéma et d’un wheezing (2).

"Au vu des résultats positifs de l’étude Leap, publiée en 2015, les recommandations américaines conseillent d’introduire l’arachide après tests cutanés, chez les enfants de 4 à 11 mois à haut risque de développer cette allergie en raison d’un eczéma sévère et/ou d’une allergie à l’œuf" (3,4). "En cas d’eczéma modéré, on attendra 6 mois". Cette étude, ayant randomisé 640 enfants, avait mis en évidence à 5 ans des taux diminués de plus de 80 % de cette allergie alimentaire en comparaison de l’éviction, après introduction de 6 g de protéines d’arachide par semaine.

 

Des essais d’introduction précoce de l’oeuf, et même de l’arachide, de la noix de cajou et de la noisette

"S’agissant de l’œuf, les études n’ont pas toujours été concluantes", a reconnu le Dr Sabouraud-Leclerc. L’étude Petit, menée en double aveugle chez 147 enfants eczémateux, a cependant mis en évidence une réduction nette de l’allergie à l’œuf à 1 an (9 % contre 38 % sous placebo, p = 0,0012) après consommation d’œuf cuit sous forme de poudre (5).

La Société française d’allergologue espère pouvoir mettre en place rapidement un projet hospitalier de recherche clinique (PHRC) national, qui proposera une immunothérapie préventive pour l’arachide, la noix de cajou, et la noisette à 1 300 nourrissons à risque atopique (au moins un antécédent familial). "Il est prévu d’introduire ces 3 aliments entre 4 et 6 mois et d’analyser la prévalence de l’allergie à 3 ans grâce à des tests de provocation orale", a signalé le Dr Sabouraud-Leclerc.

 

 

  1. Sakihara T, et al. Asia Pac Allergy. 2016 ; 6 : 207-212.
  2. Greer FR, et al. Pediatrics. 2019 Apr ; 143(4). pii: e20190281.
  3. Du Toit G, et al. N Engl J Med. 2015 ; 372 : 803-13.
  4. Chan ES, et al. Allergy Asthma Clin Immunol. 2018 ; 14(Suppl 2) : 57.
  5. Natsume O, et al. Lancet. 2017 ; 389 : 276-286.
Sources : 
D’après la communication de D. Sabouraud-Leclerc (Reims), lors du 14e Congrès francophone d’allergologie (Paris, 10-16 avril 2019).

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