Inquiétude des allergologues sur l’accès aux traitements de désensibilisation

17/04/2018 Par Dr Philippe Massol
Allergologie

Alors que s’ouvre aujourd’hui à Paris le Congrès Francophone d’Allergologie (CFA), l’ensemble de la communauté allergologique se mobilise pour que soit maintenu pour tous un accès aux traitements. En février dernier, la Haute autorité de santé (HAS) a rendu un avis préconisant un abaissement du remboursement des traitements de désensibilisation pour les maladies allergiques. Une décision incompréhensible pour les allergologues.

  Les pathologies allergiques explosent. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) estime que « 25 à 30% de la population est allergique », un chiffre qui ne cesse de croître depuis plusieurs décennies et devrait atteindre, selon l’OMS, 50% d’ici 2050. Les allergies respiratoires sont au premier rang des maladies chroniques de l’enfant et de l’adolescent. Leur prévalence a triplé en trente ans en France et en Europe, et atteint 8 % pour l’asthme chez les enfants, et plus de 15 % pour les rhinites. La France compte ainsi 15 millions d’asthmatiques, dont 50 % d’origine allergique chez l’adulte et 80 % chez l’enfant. Et cette pathologie est à l’origine de 15 000 hospitalisations chaque année et de 1 000 décès annuels chez des personnes de moins de 65 ans, soit près de 3 morts par jour selon le livre blanc intitulé « Pour un plan d’action Allergies respiratoires sévères » et édité en 2017 par la Fédération française d’allergologie (Ffal).  

Le sous-diagnostic est souvent de mise

  Des avancées récentes ont ouvert la voie à une meilleure prise en compte de la prévalence de ces pathologies. Ainsi, en décembre 2016, un arrêté ministériel actait l’intégration de l’allergologie comme spécialité dans le cadre de la réforme des études médicales du 3e cycle. Une décision qui offrait des perspectives favorables à la prise en charge des patients allergiques les plus sévères. Les enjeux sont réels car le sous-diagnostic est souvent de mise : selon une étude réalisée par l’Ifop en février dernier, près de deux tiers des Français interrogés n’ont pas conscience que cette maladie peut survenir à tout âge de la vie et il peut s’écouler sept ans en moyenne entre l’apparition des premiers symptômes et la consultation d’un allergologue. Or, les études montrent que l’absence de prise en charge peut conduire à l’aggravation de la maladie : 30% des rhinites allergiques non traitées évoluent vers l’asthme selon l’association Asthme & Allergies. Face à l’explosion des allergies, seule la désensibilisation constitue un traitement qui agit sur la cause de la maladie et qui empêche l’aggravation de la pathologie. Il n’existe aujourd’hui pas d’alternative, les médicaments tels que les antihistaminiques agissant seulement sur les symptômes. Or, la Haute autorité de santé (HAS) a rendu en février un avis préconisant un abaissement du remboursement des traitements de désensibilisation. « Cette décision constituerait une véritable catastrophe pour les patients et un recul inédit dans l’accès aux soins » souligne la communauté allergologique* pour qui la recommandation de la HAS est aujourd’hui incompréhensible : « À un moment où toutes les études rappellent l’impact de la dégradation de l’environnement sur l’explosion du nombre de personnes souffrant d’allergies, l’État ne peut pas se désengager et restreindre l’accès aux traitements ». « Réduire le remboursement des traitements de désensibilisation, c’est réduire le nombre de patients qui pourront se soigner et prendre le risque de voir s’aggraver la pathologie », alertent les allergologues. C’est également nier le poids que représentent les allergies sur la vie quotidienne : fatigue, absentéisme à l’école, baisse de productivité au travail, etc. Durant leur congrès (CFA, 17-20 avril), les professionnels porteront un ruban vert, symbole de sensibilisation à l’importance de tout mettre en oeuvre pour un traitement optimal des allergies.   * Association française pour la prévention des allergies (AFPRAL), Association Nationale de Formation Continue en Allergologie (ANAFORCAL), Asthme & Allergies, Fédération française d’allergologie (FFAL), Société Française d’Allergologie (SFA), Syndicat français des allergologues (SYFAL).

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