Allergies respiratoires : les impacts du changement climatique sont considérables

27/05/2023 Par A.V.
Addictologie
[CFA 2023] - Qu’ils soient directs, indirects ou mixtes, les effets du changement climatique sur les allergies respiratoires alertent les épidémiologistes. 

 

Avec une température de 14,5 °C en moyenne, 2022 a été l’année la plus chaude en France jamais enregistrée. En Europe, avec actuellement 150 millions d’allergiques, l’European academy of allergy and clinical immunology (EAACI) estime qu’en 2025, plus de 50 % de la population européenne deviendra allergique. 

"Le mode de vie à l’occidental génère un environnement plus toxique. Qu’il s’agisse de la pollution intérieure ou extérieure, de l’urbanisation, des nouveaux produits (substances perfluoroalkylées, microplastiques, phtalates,…), de la répercussion sur les biocontaminants (virus, champignons, bactéries), sur la perte de la biodiversité ou l’arrivée d’insectes, sur les événements naturels (incendies, asthme à l’orage), l'exposome de l'asthme et de l'allergie est en partie promu par le changement climatique. Nous avons réalisé une méta-analyse de toutes les données existantes montrant que la chaleur a un effet sur les crises d’asthme. Les mécanismes en jeu sont la médiation inflammatoire mais aussi l’inflammation neurogénique moins étudiée mais très importante", explique la Pre Isabella Annesi-Maesano, co-directeur de l’Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique (Inserm, Université de Montpellier). 

En réponse au changement climatique, les plantes se déplacent, s’adaptent ou s’éteignent ce qui engendre une distribution inattendue de pollens et d’allergènes. Une projection de l’INRA prévoit que le chêne vert aujourd’hui présent dans le sud de la France remontera dans le Nord d’ici 2100. Les saisons polliniques sont plus longues, voire anticipées. La quantité de pollens et d’allergènes est plus importante. Les changements dans les saisons modifient le classement des pollens de secondaires à primaires. "Le 7 avril 2023, le réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) indiquait que plus de la moitié de la France était en alerte rouge avec une concentration élevée de pollens. En Californie, de 2002 à 2019, la période de pollinisation a augmenté de 8 semaines et celle des moisissures, de 9 semaines. C’est considérable. Nos malades sont exposés plus longtemps et à un moment où ils pensent ne pas l’être". 

Autre phénomène : le vent. Une image satellite (Eumetsat 2006) avait observé le transport de pollen de bouleau de Sibérie jusqu’en Islande provoquant un stress pollinique supplémentaire de la population islandaise. 

"Nous venons de publier une étude (Allergy, 2023) montrant que le pollen habituellement lié à la rhinite est également lié aux exacerbations d’asthme avec une réduction, c'est très important, de la fonction pulmonaire qu’il s’agisse de pollens d’arbres (bouleau…) ou d’herbacées", précise la spécialiste. 

Pollution et changement climatique s’associent. Les incendies (en Californie par exemple) augmentent le recours aux soins pour asthme. Les tempêtes de sable provoquent de l’asthme jusqu'à 5 jours après l’événement.  

L’augmentation du CO₂ accroît non seulement la production de grains de pollen mais également le nombre d’allergènes contenus dans le pollen. La Nasa avait déjà identifié ce phénomène en envoyant des plantes dans les navettes. Il en est de même pour les moisissures, Aspergillus fumigatus notamment, dont l’allergénicité est supérieure aujourd’hui avec un CO₂ à 420 ppm vs la période pré-industrielle avec un CO₂ à 280ppm. 

Les pollens et les particules interagissent. D’une part une particule peut porter le pollen et d’autre part un polluant peut modifier la morphologie du pollen et provoquer l’éjection des granules cytoplasmiques (PCG).  

Autre effet mixte : l’asthme à l’orage. Certains ont lieu en France. Des conditions météorologiques soulèvent les pollens qui rencontrent l'humidité et redescendent sous forme d’aérosol. Le recours aux soins est alors très important (Pacheco SE, JACI 2021). En 2016, un orage à Melbourne avait provoqué 9 000 cas d’asthme chez des patients rhinitiques n’en ayant pourtant jamais eu. 

La susceptibilité individuelle s’accroit. Selon Tari Haahtela, la perte de relations symbiotiques avec les bactéries est à l'origine de la dysbiose modifiant le système immunitaire et ouvrant la porte au développement d’allergies.  

Une autre hypothèse (Cezmi Akdis 2020) est celle de la perturbation de la barrière épithéliale. La production trop élevée de nouveaux produits (360 000 depuis 1960) a affaibli les muqueuses (peau, bronches…) ouvrant les jonctions serrées. 

"Nous venons de publier les recommandations environnementales de l’EAACI. En termes de prévention, Il faut agir sur l'exposome modifiable que ce soit au niveau individuel, populationnel et gouvernemental. Nous avons vraiment besoin de sensibiliser tout le monde à cette urgence", conclut la Pre Annesi-Maesano. 

 

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