Allergies alimentaires : une prévention possible chez l’enfant

27/05/2023 Par A.V.
Allergologie
[CFA 2023] - Les antécédents familiaux, le mode d'accouchement, l'alimentation, ou encore la barrière cutanée, jouent un rôle important chez les jeunes enfants. 

Les allergies alimentaires (AA) et les anaphylaxies potentiellement létales qui en résultent sont en augmentation aux États-Unis, en Australie et en Europe. « C'est très inquiétant car c’est une nouvelle pathologie qui n’existait pas il y a une trentaine d’année et sa prise en charge est très complexe. Elle repose sur l'éviction, la mise en place d'une trousse d’urgence, d’un projet d’accueil individualisé et d’une éducation thérapeutique (ETP). Plusieurs études ont montré une efficacité des immunothérapies orales aux aliments (ITO) chez les nourrissons », souligne la Dre Dominique Sabouraud-Leclerc, pédiatre (CHU Reims). 

En France, l’étude Elfe (S. Tamazouzt et coll. Nutrients 2022), incluant 15 543 enfants nés en 2011, montre une prévalence des AA chez les enfants < 5 ans 1/2 de 6 % dont 20% de polyallergies. Les AA sont au lait de vache (3,4%), à l’œuf (0,87%), à l’arachide (0,87%), aux fruits exotiques (0,56%), aux fruits à coque (0,5%), au gluten (0,35%), au poisson (0,27%).  

Près de 30% des nouveaux-nés ont un antécédent atopique parental, 5% ont une double hérédité parentale et 65% n’en ont aucune. « Environ 20% des nouveaux-nés vont développer de l’atopie dont la moitié sans antécédents familiaux. La prévention doit ainsi s'adresser à tous les enfants qu'ils aient des antécédents atopiques ou non », précise la médecin.  

 

Prévenir l’AA depuis la conception à la naissance 

Pour la spécialiste : « Plusieurs études se sont intéressées à question de la nutrition maternelle. Un régime équilibré, sain, riche en fruits et légumes a un effet protecteur. En revanche, le tabac, la pollution, certains médicaments et les aliments ultra transformés ont un rôle délétère. D’autre part, la naissance par voie basse favorise un microbiote intestinal de qualité à la différence de la césarienne. Il convient d’éviter les antibiotiques et les IPP. L’allaitement maternel est conseillé pendant quatre à six mois ».  

 

Limiter les sensibilisations cutanées 

« La barrière cutanée a un rôle fondamental dans les AA. Un eczéma, surtout s'il est modéré à sévère et d'apparition précoce (avant 3 mois), est le principal facteur de risque d’AA (risque de 30% à 50%) chez le jeune enfant », souligne la pédiatre. Des mutations du gène de la filaggrine, de spink5 et de la cornéodesmosine prédisposent à des formes plus sévères de dermatite atopique et d’AA. Les études ne démontrent pas que les émollients, en restaurant la barrière cutanée, réduisent le risque de sensibilisation et d’AA mais l’une d’elles (SEAL, Stopping eczéma and allergy) a révélé qu’une crème trilipidique, a de meilleurs résultats. Elle n’existe cependant pas encore en France.  

Pour la médecin : « il faut traiter activement la dermatite atopique, restaurer la barrière cutanée par un traitement (émollient et dermocorticoïdes). Il convient également de traiter une surinfection à S. Aureus. Les enfants atteints d’une DA sévère et/ou allergiques à l’oeuf et ayant une colonisation cutanée par S. Aureus ont des valeurs IgEs arachide et blanc d’oeuf plus élevées que ceux qui n’ont jamais été colonisés. Les familles doivent veiller à se laver les mains après la consommation de fruits à coque, d’arachide,… et ne pas appliquer de cosmétiques à base de protéines alimentaires (amande douce, huile de coco, aloe vera…) en raison du risque de passage par voie percutanée ».  

 

Induire une tolérance digestive orale 

La diversification alimentaire (dont l'œuf, l’arachide et les fruits à la coque) est importante entre 4 et 6 mois. L’Eat study (1 300 enfants en population générale) a montré que dans le groupe d’enfants ayant une alimentation diversifiée de façon précoce le nombre d’AA était nettement moins élevé que dans le groupe en éviction (AA : 2,4% vs 7,3% ; AA aux arachides : 0 % vs 2,5% ; AA à l’œuf 1,4% vs 5,5%). Avec une introduction de l'œuf en très petites quantités (170 mg / sem. de six à neuf mois puis 840 mg / sem. ensuite), l’étude Petit au Japon a montré une réduction significative de l’AA (9 % vs 38 % dans le groupe sans intervention). L’étude Quake (Nutrients 2022) a testé l’introduction (simple, double et multiple) d’une dizaine d’aliments (lait, œuf, arachide, amande, noix cajou…) avec des doses de protéines +/- petites. Les tests de réintroduction réalisés entre 2 et 4 ans ont montré beaucoup moins de réactions dans le groupe ayant eu le plus grand nombre d’allergènes donnés en plus faibles quantités. 

L'allergie aux protéines du lait de vache (APLV) concerne de 1 à 3% des nouveaux-nés. En France, 59% des anaphylaxies avant 1 an sont dues à une APLV. Le lait est le 2ème aliment responsable d’anaphylaxie alimentaire en Europe après l’arachide avant 18 ans. Pour la Dre Sabouraud-Leclerc : « La prise en charge des formes persistantes sévères sont très difficiles et nécessitent des protocoles d’induction de tolérance orale complexes avec un vrai risque létal ». 

L'étude Spade (Shakihara, T JACI 2021), incluant 400 nouveau-nés en population générale allaités au sein, a testé l’introduction de lait (10 ml / jour). Le groupe « ingestion régulière » a eu beaucoup moins d’allergies que le groupe éviction (0,8% versus 6,8%). 

« En pratique, il convient d’introduire précocément (4 à 6 mois) un large choix d’allergènes. Il est très important de faire comprendre aux parents qu'une fois introduit, l'allergène doit être consommé régulièrement sans rupture. La consommation d’un allergène suivie d’une période d’éviction serait encore plus à risque d’entraîner une allergie », prévient le médecin. Le site allergodiet.com conçu par des diététiciennes du groupe de travail AA de la SFA offre des informations pratiques. Une nouvelle société française « Dalipo » propose des berlingots contenant des allergènes en quantités progressives (jusqu'à 2 g de protéines / allergène / sem.).   

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