"Les étudiants vont se détourner de la médecine générale" : pourquoi la 4ème année d'internat ne résoudra pas le problème des déserts | egora.fr
PUB

Vous êtes ici

A+ A-

"Les étudiants vont se détourner de la médecine générale" : pourquoi la 4ème année d'internat ne résoudra pas le problème des déserts

Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon… Les candidats à l’élection présidentielle sont de plus en plus nombreux à se prononcer en faveur d’une quatrième année d’internat de médecine générale dans une zone sous-dotée. Opposée à toute contrainte, l’InterSyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale appelle à ne pas y voir une solution pour résoudre le problème des déserts médicaux. Pour sa présidente, Mathilde Renker, le risque de cette "coercition déguisée" est le détournement de la spécialité par les nouveaux internes et un contenu pédagogique au rabais.  

 

Egora.fr : Les candidats se succèdent pour inclure une quatrième année d’internat de médecine générale obligatoire dans une zone sous-dotée dans leur programme. Votre syndicat tire la sonnette d’alarme. Pourquoi ?  

Mathilde Renker : Ces candidats à la présidentielle présentent la quatrième année d’internat de médecine générale comme la résolution de la problématique de démographie médicale et d’accès aux soins. Cela n'a pas de sens car, selon nous, si une quatrième année doit être mise en place, elle doit se faire au bénéfice des premiers concernés… c'est-à-dire au bénéfice des internes. En aucun cas, elle doit être la solution pour pallier ce problème. A aucun moment, ces candidats évoquent le contenu pédagogique, le contenu de la formation. Or, puisqu’on parle d’étudiants en médecine, c’est la base.  

 

Considérez-vous leurs propositions comme de la coercition déguisée ?  

Complètement. Cela pose, à nos yeux, beaucoup de questions. C’est très problématique.  

 

En quoi est-ce problématique ?  

Avant toute chose, il faut préciser que les internes ne veulent pas se voir imposer quoi que ce soit. Ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas envie d’exercer dans ces territoires, mais parce qu’on ne sait pas quelle sera l’offre de formation dans ces territoires. S’il s’agit d’envoyer des internes seuls dans des endroits sans supervision, ce serait dangereux pour eux et leurs patients. On parle d’une quatrième année d’internat : il faut que ça soit quelque chose de formateur. Par conséquent, il faut que les capacités de formation soient au rendez-vous, surtout dans certaines zones où il n'y a aucun médecin. Ce n’est pas en mettant un interne tout seul dans un cabinet sans supervision, même indirecte, que ça va résoudre quoi que ce soit sur le plan de l’accès aux soins.  

 

Selon vous, l’ajout d’une quatrième année obligatoire dans une zone sous-dotée ne sera pas sans conséquences pour la spécialité de médecine générale. Qu’entendez-vous par là ?  

Ce qu’on craint surtout, c’est que cette obligation d’une année dans une zone sous-dotée crée un déficit d’attractivité de la spécialité de médecine générale. Depuis plusieurs années, l’ensemble des postes - c’est une excellente nouvelle - de médecine générale sont pourvus après les ECNi. Mais que risque-t-il de se passer si on ajoute une quatrième année contraignante ? Les étudiants vont s’en détourner. D’autant que l’obligation n’existerait pas dans les autres spécialités ! Quand un futur interne fait ses choix, n’oublions pas qu’il a entre 27 et 30 ans : c’est normal qu’à cet âge, il ait des envies de territoires, une famille, besoin d’une vision sur les cinq, dix prochaines années… Au moment de faire son choix, il mettra forcément en balance les...

50 commentaires

D'accord, pas d'accord ?
Débattez-en avec vos confrères.

Vous n'avez pas de compte ?

Inscrivez-vous gratuitement

Aujourd'hui dans l'actu

 

Site d’informations médicales et professionnelles,
Egora.fr s’adresse aux médecins, étudiants des facultés de médecine et professionnels de santé (infirmier, kiné, dentiste…). Nous traitons des sujets qui font le quotidien des médecins généralistes (démographie médicale, consultation, rémunération, charges, relations avec la CPAM, FMC, remplacement, annonces) et plus largement de tout ce qui concerne l’actualité santé : pathologies, médicaments, hôpital, recherche, sciences…