La télé-réadaptation cardiaque : une alternative efficace

08/02/2023 Par M. R.-D.
Cardio-vasculaire HTA
Parmi les patients victimes d’un infarctus du myocarde, seuls 25% d’entre eux auraient recours à la réadaptation cardiaque (RC). Une perte de chance très importante quand on sait que suivre une RC complète diminue le risque de décès de 26%, améliore la qualité de vie et réduit le risque de ré-hospitalisation. Dans ce cadre, la téléréadaptation cardiaque (TRC) semble être une alternative particulièrement intéressante. Le point avec la Dre Muriel Bigot, cardiologue à La Rochelle et présidente du Groupe exercice réadaptation sport et prévention de la société française de cardiologie (SFC).

 

Egora : Comment expliquer ce manque d’adhérence si important au traitement de RC ?  

Dr Muriel Bigot : Des barrières ont été identifiées et elles ne sont pas spécifiques à la France. La RC ne peut se faire que sur prescription. Or le cardiologue prescripteur n’a pas toujours le temps de proposer et convaincre le patient de l’intérêt d’une RC dont la prise en charge dure environ 3 semaines en centre. Autre facteur limitant côté prescripteur, la RC est assez systématiquement proposée aux hommes jeunes et beaucoup moins aux femmes et aux personnes âgées. Les patients ne sont donc pas égaux devant la prescription de RC. D’autres barrières proviennent des patients eux-mêmes (manque de temps, de motivation, ne peuvent pas se libérer du travail) mais aussi des centres de réadaptation (CR) qui ont des délais de prise en charge souvent bien trop importants et des programmes pas toujours adaptés aux contraintes des patients.  

 

La TRC semble donc être une bonne alternative, mais tous les patients y sont-ils éligibles ?  

Beaucoup d’études ont été réalisées sur la TRC depuis des années et portent notamment sur la faisabilité, la sécurité et le coût. Sur le plan de la faisabilité, elles ont démontré que la TRC était tout à fait faisable, y compris pour les personnes âgées. On a ainsi observé que plus de 80% des patients âgés de 70 ans et plus, étaient capables de se servir d’un smartphone et de l’application proposée. De manière générale, le patient est d’abord reçu en CR pour quelques séances en présentiel dans le but de se familiariser sur la technique et le matériel mis à disposition. Cela permet aussi de faire des séances d’éducation thérapeutique, car la RC c’est bien sûr l’activité physique mais c’est aussi l’éducation thérapeutique et le suivi des traitements. Par ailleurs, les programmes de TRC sont souvent plus longs (entre 8 et 12 semaines), ce qui permet de pérenniser la pratique dans la vie du patient.  

Sur l’éligibilité des patients, ceux qui présentent les pathologies cardiaques les plus sévères sont préférentiellement pris en charge en CR. Dans tous les cas, l’intégralité des patients font l’objet d’une évaluation préalable à la mise en place d’un programme de TRC. Le niveau de risque est donc ici très faible, et les accidents cardiaques en RC ou TRC sont rarissimes !  

Enfin, c’est "coût efficace" car on économise tous les temps de trajets, et les résultats préliminaires des trois expérimentations françaises semblent montrer qu’on a au moins la même efficacité qu’en CR. C’est donc très pertinent en termes de réduction de dépenses de santé.   

 

La TRC n’est pas encore financée par la Sécurité sociale en France. Trois expérimentations sont en cours dans le cadre de l’article 51. Avez-vous connaissance de résultats préliminaires ?  

Il s’agit d’études pilotes financées par le ministère : Eva Corse, Walk’Hop et Read’Hy qui sont respectivement une délégation de tâches vers des maisons de santé proches de chez les patients, des patients en totale autonomie à domicile qui reçoivent l’appel d’une infirmière une fois par semaine, et un programme hybride qui nécessite la présence du patient une fois par semaine en centre et le reste du temps à domicile pour 3 à 4 séances. Des plateformes sont analysées par des équipes soignantes pour vérifier que les séances ont été bien faites, sur la durée prévue, et gérer les alertes de sécurité le cas échéant, les questions posées par les patients etc… Pour l’instant, les premiers résultats montrent une grande assiduité des patients et un taux de satisfaction de l’ordre de 90%. Sur les premières évaluations, ces derniers gagnent, en termes de capacité d’effort, la même chose qu’avec un programme de RC classique. Des chiffres encourageants qui laissent imaginer qu’on aura une plus grande adhésion au long cours sur les modifications d’hygiène de vie par rapport à ce qu’on a en Centre. Aux Pays-Bas, la TRC fait partie intégrante des recommandations depuis 2018, il n’y a pas de raison que la France n’y parvienne pas. Et ce sera un grand progrès, qui permettrait de recruter un plus grand nombre de patients dans ces programmes et de faire baisser la mortalité de manière très significative.  

 

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