Des expositions accrues chez les travailleurs les plus précaires

31/03/2023 Par Muriel Pulicani
Médecine du travail
[DOSSIER] La pénibilité et la sinistralité restent plus importantes au sein des catégories socio-professionnelles défavorisées et chez les jeunes. Elles se développent avec l’essor de nouvelles organisations du travail : intérim, sous-traitance, auto-entreprenariat…

Tandis que l’espérance de vie à 35 ans a progressé en France depuis les années 70, atteignant 85,5 ans chez les femmes et 79,5 ans pour les hommes, les écarts demeurent entre les catégories socioprofessionnelles. Elle s’élève ainsi à 88 ans chez les femmes cadres contre 84,8 ans chez les ouvrières, et à 84 ans chez les hommes cadres contre 77,6 ans chez les ouvriers (1). Les différences sont encore plus marquées en termes d’espérance de vie sans incapacité, avec un écart de dix ans entre hommes cadres et ouvriers. « Les inégalités entre milieux sociaux résultent d’un ensemble de facteurs. La qualité et l’accessibilité du système de soins jouent un rôle secondaire par rapport aux conditions et à la durée du travail, l’attention portée au corps, l’alimentation ou les modes de vie en général (consommation d’alcool ou de tabac, pratiques à risque) », explique l’Observatoire des inégalités qui cite également « les difficultés à s’arrêter de travailler sans risquer de perdre son emploi » chez les plus modestes. Un salarié sur dix exposé à un produit cancérogène « Les ouvriers (71 %) et les employés (23 %) concentrent la quasi-totalité des maladies professionnelles reconnues en 2016 pour les salariés hors régime agricole. Les maladies les plus graves concernent quasi exclusivement les ouvriers, avec respectivement 92 % et 95 % des affections liées à l’amiante et des surdités reconnues », détaille l’enquête Sumer 2016-2017(2). Au total, l’Assurance maladie a reconnu près de 50 000 nouveaux cas de maladies professionnelles en 2021 et 800 000 accidents du travail dont 900 mortels. Des chiffres largement sous-évalués. « Le nombre de cas de cancers reconnus en maladie professionnelle est nettement inférieur au nombre de cancers attribuables à des expositions professionnelles », pointe l’enquête Sumer qui compte « 2,7 millions de salariés exposés à au moins un produit chimique cancérogène, soit 11 % de l’ensemble des salariés en France ». De nouvelles organisations délétères Les risques s’accroissent également avec la précarisation de l’emploi (intérim, CDD…) et les nouvelles organisations du travail (sous-traitance, plateformes numériques…). Chez les intérimaires, les contractuels du secteur public – majoritairement à temps partiel – et les auto-entrepreneurs, « le caractère délétère de l’exposition à des risques professionnels est relativisé car perçu comme temporaire », indique une enquête (3) publiée par la Dares en août 2022. Dans le secteur de la sous-traitance – plus de 40 % des établissements sont donneurs et/ou preneurs d’ordres – il est observé une plus grande exposition des salariés des sous-traitants aux risques physiques et organisationnels (manque d’autonomie, intensité du travail, insécurité de l’emploi, travail isolé, horaires pénibles), ainsi qu’aux accidents du travail. Et les salariés des donneurs d’ordre sont exposés aux risques psychosociaux (charge mentale, horaires « débordants », « sentiment de réaliser les tâches les moins valorisantes », exigences émotionnelles), selon un autre rapport publié par la Dares (4). Une pénibilité peu prise en compte Or « les progrès en matière de temps de travail » sont « remis en cause » et la pénibilité « faible[ment] prise en compte dans les droits à la retraite », déplore l’Observatoire des inégalités. Le compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P), ouvrant des droits à une retraite anticipée ou au temps partiel pour les salariés exposés à un ou plusieurs facteurs de risque, a été transformé en 2017 en compte professionnel de prévention (C2P), excluant les postures pénibles, les manutentions manuelles de charges, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux. La loi du 2 août 2021, entrée en vigueur le 31 mars 2022, instaure pour ces salariés une visite médicale du travail avant leur départ à la retraite, puis une surveillance post-professionnelle assurée par le médecin généraliste… faisant l’impasse sur la prévention des risques.

 
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