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Réanimer les noyés en soufflant dans leur derrière : une histoire

Au XVIIIe siècle, la France se penche sur une invention médicale hollandaise visant à sauver les noyés à l’aide d’un soufflet et d’un peu de tabac. Insérés dans le rectum du mourant, ils font alors office de « défibrillateurs ».
 

 

 

Article initialement publié le 26 février 2019 sur Retronews.fr, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre de notre partenariat.

 

1) L’exemple d’Amsterdam : la pipe, le fourreau ou le soufflet

Prompte et attentive à contribuer aux progrès de l’humanité, la Gazette du commerce se fit à plusieurs reprises l’écho, dans les années 1770, d’une innovation remarquable qui venait d’être mise en place par une société de particuliers à Amsterdam. Cette société diffusait depuis 1767 les méthodes, encore méconnues, permettant de faire « revivre les noyés ».

Elle avait de plus institué tout un système encourageant et facilitant la mise en pratique de ces réanimations : récompenses offertes aux sauveteurs, et mise à disposition d’instruments propres à sauver les noyés. Cette entreprise philanthropique, particulièrement pertinente au siècle des Lumières, ne pouvait manquer d’attirer l’attention et de susciter l’admiration. En attendant qu’une telle institution soit imitée en France, il s’agissait au moins d’en faire la publicité et de contribuer, par le biais de la presse, à la diffusion de connaissances aussi importantes : il en allait de la vie des concitoyens – et par là même, du fondement de la richesse du royaume.

La Gazette du commerce saisit donc toutes les occasions propres à ce dessein, relayant ainsi, par exemple, les efforts de la Société d’agriculture, du commerce et des arts de Nantes, qui partageait les mêmes préoccupations. Voilà donc retranscrites, pour le bien général, les recommandations amstellodamoises, dans le numéro du 3 mars 1770 :

 

« Premièrement, il faut souffler dans le fondement du noyé, au moyen d’une pipe ordinaire, d’un tuyau, d’une gaine de couteau ou d’un fourreau d’épée, dont on aura coupé le bout, ou d’un souflet [sic].

Plus cette opération sera prompte, forte & continue, plus elle sera avantageuse ; elle deviendra encore plus efficace, si l’on se sert d’une pipe à fumer, ou d’un fumigateur, pour introduire dans le corps du noyé, au lieu d’air simple, la fumée chaude & pénétrante du tabac.

On ne peut mettre trop de célérité dans cette première opération qui peut avoir lieu au moment même où le corps est tiré de l’eau, soit sur un bateau, soit sur le rivage, & en quelque lieu que le noyé soit posé. »

 

 

Il convient d’indiquer, pour réduire, même un peu seulement, l’étrangeté quelque peu violente de la pratique à nos yeux du XXIe siècle, que les épées du XVIIIe siècle étaient fines (quelques centimètres à la garde) et pointues – leur fourreau conséquemment de même.

Après cette insufflation de tabac, il s’agit de réchauffer le noyé, ou par frictions, ou en écorchant un mouton sur-le-champ pour couvrir le noyé de sa peau encore chaude, ou, s’il se trouve « une personne saine qui auroit le courage », en se...

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