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Suicide chez les jeunes : les outils numériques en cause

A l’occasion de la sortie de son 3ème rapport, l’Observatoire national du suicide a mis l’accent sur les jeunes, chez qui le suicide reste la 2ème cause de mortalité.

Les suicides chez les jeunes, et récemment en particulier parmi les étudiants en médecine, font régulièrement la Une de l’actualité. Ils sont souvent associés à un mal-être sociétal global et à une dégradation relationnelle. C’est pourquoi, à l’occasion de la sortie de son 3ème rapport, l’Observatoire national du suicide (ONS), créé en 2013, a décidé de porter une attention particulière aux comportements suicidaires chez les jeunes, leurs singularités ainsi que les actions efficaces pour les prévenir.

Pour l’année 2014, les taux de suicide chez les 15-24 ans s’établit à 7,5 pour 100 000 hommes, affirme l’ONS. Et même si ce chiffre est inférieur au taux retrouvé pour l’ensemble des classes d’âges, "il n’en constitue pas moins la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans et représente 16 % des décès de cette tranche d’âge en 2014", soulignent les auteurs du rapport. Les tentatives de suicides aussi apparaissent fréquentes chez les jeunes. Des enquêtes nationale et européenne indiquent que 3 % des jeunes de 17 ans ont déjà fait une tentative de suicide ayant débouché sur une hospitalisation. Des chiffres sous-estimés car ils ne tiennent pas compte des suicidants qui ne passent pas par les urgences ou qui ne donnent pas lieu à une hospitalisation, une proportion que les auteurs du rapport évalue à 60%. À cela s’ajoute le fait qu’un jeune sur dix déclare avoir déjà pensé au moins une fois au suicide au cours des douze derniers mois.

Les tentatives de suicide apparaissent deux fois plus fréquentes chez les filles, de même que les pensées suicidaires, avec un pic observé chez les celles de 15 à 19 ans (en moyenne 39 pour 10 000 en 2015). L’âge moyen à la première tentative est de 13,6 ans pour les filles comme pour les garçons.

 

Les technologies numériques à double tranchant

 

Les auteurs de l’ONS se sont ensuite attachés aux facteurs explicatifs de vulnérabilité des jeunes et de leurs comportements suicidaires. Ils constatent ainsi que "les troubles des conduites et l’inadaptabilité sociale apparaissent plus précocement que par le passé, en particulier les violences contre soi ou contre les autres". Parmi les évolutions sociétales, les pratiques numériques ont pris une place prépondérante dans la vie de la plupart des adolescents. Elles peuvent influencer le comportement en réduisant la durée de leur sommeil, diminuant l’activité physique, réduisant la fonction protectrice de la famille, et surexposant les jeunes aux médias, "ce qui les prédispose fortement aux symptômes dépressifs et anxieux ainsi qu’aux idées suicidaires", affirment l’ONS. Ces technologies numériques semblent aussi creuser les inégalités entre les jeunes face au suicide. "Il présente en effet un atout pour les adolescents allant bien et évoluant dans un environnement familial et scolaire sécurisant, mais il constitue un espace exposant les plus vulnérables à la souffrance et au risque suicidaire", précisent les auteurs du texte. En outre, les réseaux sociaux peuvent amplifier le phénomène de contagion, ou être à l’origine d’un cyber-harcèlement.

Dans leurs recommandations sur ce sujet, les auteurs du rapport constatent qu’ "il reste encore d’importantes zones d’ombre que des travaux de recherche pourraient éclairer". Il s’agit en particulier d’améliorer les connaissances sur l’épidémiologie du suicide des jeunes, et "d’analyser l’effet que peut avoir la conjonction de la place plus importante des mondes virtuels, de la diminution du rôle protecteur des familles et de l’exigence de performance individuelle, associée aux changements psychiques et physiques liés à l’adolescence". Parmi les pistes évoquées pour augmenter les facteurs de protection et de résilience, ils citent en particulier le renforcement de l’estime de soi et des compétences psychosociales dès le plus jeun âge ; et éventuellement l’intérêt des outils numériques, qui peuvent constituer une opportunité pour repérer les jeunes les plus fragiles. Enfin ils souhaitent une meilleure évaluation des programmes de prévention.

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