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Contraventions, saisie sur salaire... La "descente aux enfers" d'un médecin victime d'une usurpation d'identité
Victime d’une usurpation d’identité après un vol de documents, le Dr Wassim Gara vit un calvaire depuis plus d'un an. A bout, ce jeune papa est aujourd'hui en arrêt maladie. "Alors que je devrais être concentré sur ma famille, je dois me battre. Je sais qu’ils peuvent tout me prendre", témoigne-t-il pour Egora.
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La "descente aux enfers" du Dr Wassim Gara, médecin à l’hôpital d’Hazebrouck (Nord), a commencé en juillet 2025. "Je rentrais chez moi, quand une voisine est venue me dire qu’elle avait trouvé ma carte d’étudiant par terre devant chez elle", raconte ce généraliste. Au fond de l’impasse, il découvre plusieurs de ses papiers au sol. Il comprend qu’on lui a volé son porte-documents, resté dans sa voiture. Il porte plainte le jour même. Dans les jours qui suivent, des paiements frauduleux sont réalisés avec sa carte bancaire pour près de 80 euros : il fait opposition. L’histoire aurait pu s’arrêter là et n’être qu’un mauvais souvenir.
Mais quelques mois plus tard, il reçoit un PV à son nom pour stationnement gênant à Roubaix en date du 6 décembre 2025, pour une Seat Cupra appartenant à une société de location. Or, Wassim Gara n’était pas à Roubaix à cette date et n’a jamais loué cette voiture. Il conteste ce PV, mais découvre bientôt qu’une dizaine de contraventions ont été établies à son nom en quelques mois et envoyées à son ancienne adresse. Il comprend alors qu’il est victime d’une usurpation d’identité. La vie du médecin est en train de basculer.
"Je suis devenu enquêteur, raconte, épuisé, Wassim Gara. J’ai trouvé que la société de location était en fait une maison dans un quartier résidentiel de Roubaix. Sans site internet, sans numéro de téléphone, avec un capital de 100 euros… J’ai trouvé ça très louche." Un soir du mois de mars, le praticien décide de se rendre sur les lieux. Devant la maison, il découvre la Seat Cupra qui apparaît sur les contraventions à son nom. "Je me suis alors rendu au commissariat pour demander de l’aide. J’ai expliqué la situation, et demandé à être accompagné pour éviter une confrontation. Ils ne m’ont même pas ouvert la porte. Je me suis senti abandonné", se souvient Wassim Gara. Résolu à récupérer sa carte d’identité, le médecin garde son sang froid et retourne devant la maison. Un homme descend de la Seat. Le ton monte quand le médecin demande des comptes. L’autre se met en colère, crache sur les chaussures du docteur, mais finit par lui dire qu’il sait qui utilise la carte d’identité volée. Il promet d’appeler l’usurpateur pour régler cette histoire.
"A la fin du mois, je reçois mon salaire : il manquait près de 2 000 euros"
Bien sûr, les jours s’écoulent et rien ne se passe. "Je m’étais calmé. Je m’étais imaginé qu’il savait que je le tenais. J’avais son adresse, son numéro de téléphone, son nom… J’ai cru que tout cela allait s’arrêter", témoigne le généraliste, qui se prépare à la naissance de son premier fils. "Pour moi les valeurs essentielles sont la sérénité, l’apaisement… Ce n’est pas l’argent, pas le travail. Je viens d’une famille modeste. Le combat de ma vie, c’est d’avoir une profession qui me permette d’être à l’abri du besoin et de vivre sereinement", confie Wassim Gara.
Fin juillet, la famille s’agrandit et le médecin est en congé paternité. Il prend ensuite un congé supplémentaire de naissance d’un mois. "A la fin du mois, je reçois mon salaire : il manquait près de 2 000 euros, se souvient-il. En tant que référent HAD, je reçois une base salariale fixe et une indemnité différentielle. J’ai supposé que je n’avais pas encore touché l’indemnité." En quête d’explications, il passe par la DRH de l’hôpital, puis contacte le service des impôts d’Hazebrouck et enfin la trésorerie de Lille, qui lui annonce une saisie administrative sur salaire. 3 150 euros de saisie, répartie sur août et septembre pour des infractions au code de la route, impayées et majorées. "Soudain, je ne peux plus respirer. Je ne vois plus que du noir. Tout est noir. C’est un château de cartes qui s’effondre", témoigne le médecin. Les difficultés qu’il pensait derrière lui sont en fait loin d’être terminées. Le calvaire continue.
"Je retourne devant la maison de cette crapule, de cette bactérie. Je ne veux pas le voir, mais je veux parler à sa mère qui vit avec lui. A travers la porte, je lui explique l’enfer que je vis. Je cherche à gagner son empathie. Je lui demande d’intervenir pour que je récupère mes documents", raconte Wassim Gara. Une demi-heure plus tard, il reçoit un message d’insultes et de menaces de l’homme à qui il avait parlé la première fois.
"J’ai perdu 10 kilos. Je suis terrorisé."
"Je réalise que je suis dans un gouffre impensable. Alors que je devrais être concentré sur ma famille, je dois me battre. Je pense à divorcer, à donner toutes mes économies à mon épouse, à mettre la maison à son nom parce que je sais qu’ils peuvent tout me prendre !, lâche le praticien. Sans parler des conséquences sur ma santé. J’ai perdu 10 kilos. Je suis terrorisé. En tant que médecin, je me dope tout seul. Bien sûr, je me fais mes propres prescriptions de benzo, d’anxiolytiques… J’ai du mal à me concentrer, je pense tout le temps à cette affaire."
En arrêt maladie depuis un mois, le médecin ne se sent pas prêt à reprendre le travail. "Je suis censé apporter un soutien psychologique et des solutions médicales à des patients en fin de vie… Je n’en suis pas capable", lâche-t-il.
Le médecin a fini par prendre un avocat. Il a aussi contacté son député, Jean-Pierre Bataille (Liot) qui lui offre son soutien et les premières lueurs d’espoirs depuis plusieurs mois. Ensemble, ils remuent ciel et terre. Jusqu’à l’Elysée. Ce faisant, Wassim Gara a appris qu’une nouvelle dizaine de contraventions à son nom avaient été établies. Le 2 octobre dernier, il a déposé une plainte récapitulative et la brigade financière de Roubaix a finalement ouvert une enquête.
"Nous sommes en 2026, nous sommes en France… Nos chirurgiens sont capables d’opérer à des milliers de kilomètres avec succès et ce même pays n’est pas capable d’empêcher l’utilisation frauduleuse d’une carte d’identité volée ?, se désespère le médecin. L’enquête policière prendra des mois, des années… Je ne sais pas comment tenir. Je touche à l’épuisement."
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