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"Il fallait conquérir cette légitimité" : comment Maryline Gygax Généro est devenue la première femme à diriger le Service de santé des armées

Maryline Gygax Généro

Ouvrir la voie aux femmes afin qu’elles s’engouffrent dans l’armée. C’est ce qui a guidé le parcours et la carrière de Maryline Gygax Généro, devenue en 2017 la première femme directrice du Service de santé des armées – un poste de commandement à quatre étoiles. Dans un ouvrage intitulé Générale (éd. Fayard), cette acharnée du travail, issue d’une famille modeste, raconte comment elle a gravi les échelons dans ce monde où le sexisme était coutumier et où la femme était trop souvent considérée comme une militaire au rabais. Egora l’a rencontrée.

 

 

"Tu es devenue tout ce que j’espérais, maintenant je peux mourir." Cette phrase, prononcée il y a plus de trente ans par sa mère peu avant de s’éteindre, Maryline Gygax Généro ne l’oubliera jamais. "Il ne faudrait pas penser que réussir, c’est tuer ses parents. A l’époque, cette pensée m’a effleurée, confie-t-elle, la voix tremblante. Ça a été très difficile." Lorsqu'on lui présente le diagnostic de sa mère – un cancer à un stade tellement avancé qu’aucun traitement curatif ne lui est proposé – Maryline Gygax Généro est à un moment charnière de sa carrière de médecin militaire. On lui propose une mutation prestigieuse à l’hôpital militaire de Toulon. Un poste auquel la praticienne renonce pour accompagner sa mère, "son socle", dans les derniers instants de sa vie. Fille unique, elle quitte la région parisienne pour Metz – ses parents habitent en Lorraine – où elle se lance le défi de créer de toute pièce un service de pneumologie à l’hôpital militaire Legouest.

Mère de deux garçons en bas âge, la médecin doit faire face à d’importants obstacles. Son arrivée au sein de l’établissement messin n’a pas été préparée. On ne lui accorde pas de moyens, ni même de lits pour sa patientèle, qu’elle doit constituer. Opiniâtre, elle ne se laisse pas abattre – ce n’est pas dans ses habitudes – et jongle entre sa vie de maman, d’épouse, de fille, et de médecin militaire, "atteinte" d’une forme de "boulimie professionnelle". La praticienne voit peu ses enfants : lorsqu’elle rentre le soir, ils sont déjà couchés "depuis longtemps". Mais son mari, lui aussi médecin des armées, est d’un grand soutien, une épaule solide. Plusieurs mois après son arrivée, l’état de la mère de Maryline Gygax Généro décline. Elle doit l’hospitalier en urgence. La nuit, elle la rejoint souvent dans sa chambre aseptisée et s’endort sur un fauteuil.

Yvette décède à l’âge 60 ans, peu avant l’anniversaire de sa fille, qui garde d’elle le souvenir d’une femme solide comme un roc. Malgré la douleur profonde, Maryline Gygax se rend aux côtés de ses patients en consultation le lendemain de l’enterrement. Il lui est impensable de les laisser tomber.

 

"Des chantres de la méritocratie"

Maryline Gygax Généro naît en 1959 en Algérie où son père, Gérard, sous-officier de l’armée de terre, a été affecté. Une enfance bercée de douceur et de chaleur malgré la guerre. La petite fille a deux ans lorsqu’elle quitte le pays, soit un an avant le cessez-le-feu, son père étant envoyé en mission en Allemagne. Quelques années plus tard, la famille s’installe à Ars-en-Moselle, le village paternel. Maryline est une lectrice assidue et, dès l’école primaire, s’illustre par ses très bons résultats scolaires. Chaque année, elle reçoit un prix récompensant les élèves les plus méritants. Une fierté pour ses parents, et notamment sa mère, institutrice d’origine martiniquaise, qui l’éduque avec rigueur. "Mes parents étaient des chantres de la méritocratie – le mérite serait la réussite scolaire." La moindre note en-deçà des attentes de sa mère provoque sa colère.

L’enfant métisse aux longues nattes est "formatée" par cette éducation stricte, et excelle sans broncher. "Je comprenais mes parents. Le compte en banque était peu garni. Alors quelque part, c’était être une bonne fille que de me couler dans la trajectoire qu’ils souhaitaient pour moi." "D’autant que je ne pouvais pas me reposer sur un frère ou une sœur pour essayer de répondre à leurs objectifs", ajoute-t-elle en riant. Si elle n’a pas élevé ses trois fils de la même façon - "j’étais très peu présente donc je leur ai surtout donné des guides" – Maryline Gygax Généro s’emploie à rentrer dans le moule parental, avec "le travail donne de bons résultats" comme maxime donnant le cap.


DR

La petite fille sait déjà qu’elle veut être médecin. Allergique aux acariens, elle souffre de violentes crises d’asthme depuis son retour d’Algérie. "Je passais des nuits assez difficiles. Pendant les crises, j’avais l’impression de ne pas pouvoir reprendre ma respiration, j’étais comme un poisson hors de l’eau." Elle est suivie par un pédiatre militaire qui exerce dans la même caserne que son père. Son docteur revient d’une mission en Afrique et lui en fait le récit – comment il a soigné des petits Africains, comment il a organisé des campagnes de vaccination contre la mouche tsé-tsé. Et, surtout, il la soigne. "Le fait qu’un médecin soit capable de me redonner l’air, le souffle, m’a attirée. Je me sentais ressuscitée, se souvient-elle, le sourire s’étendant jusqu’aux oreilles. Je me suis dit : ‘C’est le plus beau métier du monde’."

Alors à la fin de la terminale, pas de doute : ce sera la faculté de médecine de Nancy. Quelques semaines avant le baccalauréat, une camarade lui demande de l’accompagner au concours d’entrée de l’Ecole de santé des armées. "Je me suis dit que ce serait un bon entrainement pour le bac."...

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